Bornat, Claude

Biographie


Né le 3 avril 1809 à Villaine-le-Prévôté (Côte-d’Or). Ouvrier bottier. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), expliquant : « […] A l’honneur de vous exposer que le 27 juillet 1830, sur les 6 heures du soir, il se joignit au rassemblement du peuple sur la place du Palais-Royal, invoquant le maintien de la charte, lorsqu’il fut chargé par la gendarmerie et reçut plusieurs contusions. Le 28, il se porta à l’Arsenal et contribua au désarmement de la garde royale et se rendit de là dans les environs de la Grève, combattit contre les Suisses et les troupes ennemies du peuple. Repoussé vers la rue Saint-Antoine, il reprit l’offensive, s’embusqua à l’entrée de la rue du Monceau-Saint-Gervais, fit feu sur les cuirassiers et les lanciers de la garde jusqu’à l’extinction de ses cartouches. Deux hommes furent tués à ses côtés. Il reçut pour sa part quelques balles dans ses habits, dont une lui causa une forte contusion à la cuisse. Dans la nuit du 28 au 29, il fit des patrouilles dans les (anciens) VIIe, VIIIe et IXe arrondissements, aida à transporter les blessés. Le 29, il combattit dans les rues Saint-Honoré et de Richelieu jusqu’à 7 heures du soir. Appelé pour faire partie d’un détachement formé à la Bourse, sous les ordres d’un élève de l’Ecole polytechnique, à l’effet de se rendre à l’Ecole Militaire chercher des munitions, l’exposant montra autant de zèle que de dévouement. Il arracha des mains d’un individu qui, à la faveur de la nuit, s’était joint au détachement, un pistolet chargé. Après avoir vu ce même individu s’être servi d’un premier pistolet qu’il avait déchargé, proche le caisson rempli de cartouches que nous accompagnions ; il était alors près de 10 heures du soir. Cet homme disparut et ne put être connu. Cependant le caisson fut amené et conduit aux Tuileries, mis à la disposition de M. le maréchal Gerard, qui donna l’ordre de distribuer des cartouches aux hommes armés et sur lesquels on pouvait compter, de déposer ensuite le restant à la Bourse et de le confier à la garde de service du poste. Cette mission ne fut terminée qu’à minuit. Le 30 juillet, le soussigné monta la garde à l’Hôtel de ville, où il demeura quarante-huit heures. Le 31, il se fit inscrire à sa mairie pour faire partie de la colonne mobile. Ses forces étaient épuisées. La fièvre succéda à tant de fatigues, ce qui l’empêcha de marcher sur Rambouillet. Depuis cette époque, sa santé est demeurée chancelante. Le manque d’ouvrage ajoute à ses souffrances. Il trouverait une certaine consolation en voyant que la Commission, rendant justice à son dévouement, voulût bien l’honorer de la décoration qu’elle a décernée aux braves qui ont combattu dans les journées de Juillet. C’est jusqu’à ce moment, la seule récompense qu’il ait sollicitée. Il avait cru qu’il lui suffisait d’avoir fait son devoir, de s’être dévoué à la cause sacrée de la liberté et d’avoir mérité l’estime des bons citoyens pour ne pas en demander davantage. Cependant, messieurs, j’ai dû me rendre aux instances de ma famille, de mes honorables amis, la plupart compagnons d’armes dans les grandes journées. J’ai donc l’honneur d’invoquer votre bienveillance et de réclamer de votre justice d’être compris au nombre de ceux auxquels vous devez accorder la décoration de Juillet. J’ai l’honneur, etc. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens domiciliés à Paris, tous combattants dans les mémorables journées de Juillet, certifions et attestons, comme ayant participé aux faits mentionnés dans l’exposé ci-dessus, que le sieur Bornat, Claude […], que nous connaissons comme camarade et ami, a montré dans les journées de la révolution de juillet 1830 autant d’intrépidité que d’humanité dans toute sa conduite ; que tout ce qui est relaté dans sa lettre à messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales est d’une exacte vérité, qu’il a affronté les plus grands dangers partout où il a combattu. Nous affirmons en outre que sa modestie a pu, seule, l’empêcher de solliciter dans les premiers temps la décoration et les récompenses dont il s’est rendu digne. En foi de quoi, nous lui avons délivré, avec une vive satisfaction, le présent certificat, pour lui servir auprès de messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales et comme un témoignage sincère de notre estime. » Signé, le 5 octobre 1831 : Boyzon, ciseleur sur métaux, demeurant 7, place Saint-Jean ; Nef fils, marchand cordonnier, demeurant 70, quai de la Grève ; Grédard (voir Gretard, Jean-Claude), demeurant 3, rue Neuve-Sainte-Anastase ; Tronville ou Trouville, demeurant 63, rue du Temple ; Berard, Antoine (voir ce nom), caporal de la garde municipale à la caserne Saint-Martin, demeurant 3, rue Neuve-Sainte-Anastase, qui précisait que Bornat s’était « trouvé à la Grève le 28 juillet et qu’il a constamment combattu sous mes ordres ». Il sollicita la Croix de Juillet. Par deux lettres, en mai 1832, et réuni avec d’autres (voir la liste à Lami Hinault) dans une société de réclamants, qui se réunissait au 6, rue Dalayrac, il sollicitait du roi et du ministre de l’Intérieur, l’aboutissement des démarches entreprises par eux pour la prise en compte de leurs droits comme combattants de Juillet ; de la même manière, ils assuraient que, « défenseurs de la liberté », ils le seraient « toujours de leur roi citoyen et du gouvernement qu’il aura choisi ». Il demeurait 35, rue Saint-Antoine en 1831. Archives nationales F/1dIII/82, lettre en date du 28 mai 1832 adressée au roi (sous le seul nom de Bornat) ; Archives de la préfecture de police AA 373.

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