Bosset, Charles, Auguste
Biographie
Né le 13 février 1791 à Nantes. Propriétaire. Sa participation aux événements qui eurent lieu dans la ville de Nantes, à la suite des événements de Paris, est ainsi rapportée dans la Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs : « La nouvelle des fatales ordonnance se répandit à Nantes le 27 juillet, au sortir du spectacle. Aussitôt de grands rassemblements d’ouvriers se formèrent aux cris répétés d’à bas la calotte ! à bas les jésuites ! mort à Polignac, à Peyronnet, à tous les traîtres ! Des piquets de gendarmes occupèrent toutes les issues ; on ne laissa sortir les citoyens du théâtre qu’un à un : la gendarmerie à cheval fit des charges dans la rue Crébillon, mais les boutiques s’ouvrirent pour recueillir les habitants poursuivis. Le lendemain on organisa la résistance ; on alla chercher des armes au dépôt de la marine, partout où l’on espérait en trouver, et en moins de vingt-quatre heures la troupe de ligne avait évacué les postes. Le maire, M. Lévesque, le préfet, M. de Vanssay et le général Despinois se retranchèrent dans l’hôtel de la préfecture comme dans un camp ennemi. Deux bouches à feu chargées furent braquées sur la place ; les canonniers étaient aux pièces, mèche allumée. Toute la garnison et la gendarmerie se tenaient sous les armes, les fusils en faisceaux : on n’apercevait partout que des figures sinistres. Le 29, de nouveaux attroupements se formèrent sur la place Groslin, aux cris de Vive la charte ! vive la liberté ! Toutes les voix demandaient la fermeture du spectacle. A dix heures du soir, un piquet de gendarmerie et une compagnie de grenadiers du dixième de ligne vinrent pour dissiper ce qu’ils appelaient des séditieux, Le commandant de gendarmerie Pelecier ayant ordonné de charger cette canaille, la canaille se précipita par la rue Crébillon, tourna par la rue de la Poste et la rue Jean-Jacques-Rousseau, et plaça ainsi les gendarmes entre deux grêles de pierres qui en blessèrent quelques-uns et en démontèrent cinq ou six. Après cette escarmouche, la nuit se passa dans le plus grand calme ; mais le lendemain 30, on se groupe, on s’agite, on s’échauffe. La Bourse devient une place d’armes. On y conduit tous les dépôts d’argent, et les suspects, tels plusieurs nobles et le vendéen Cadoudal ; mais ce dernier est bientôt relâché par un peuple trop magnanime. Tous les courriers passent avec la cocarde tricolore, et pourtant l’autorité résiste à la clameur populaire ; elle ne veut pas consentir à ce que le drapeau national soit arboré sur la Bourse. Dès lors, son influence est méconnue, et il n’y a plus d’autorité respectée que celle du président et des membres de la Chambre du commerce. Cependant l’hôtel de la préfecture est toujours en révolte contre les citoyens. Plusieurs parlementaires y sont admis sans succès ; on coupe le pont, on dépave les rues, on forme des barricades. Huit à dix jeunes gens font retentir les rues des sons de la trompette, et engagent les citoyens à se réunir à eux. La gendarmerie de Nantes, celle des communes environnantes et toute la garnison se forment en bataillon sacré sur la place Bacours. Les douaniers, sommés de s’y rendre, déchargent leurs fusils en l’air, au cri de Vive la Charte ! A cette nouvelle, les citoyens tiennent conseil ; les uns veulent aller attaquer les troupes, les autres sont d’avis de les attendre. Ils étaient à peu près six cents, mais sans chefs et mal armés. A quatre heures, au milieu du désordre et des conversations, une voix s’écrie Allons délivrer nos prisonniers ! et aussitôt quatre cents voix y répondent. Ils partent pêle-mêle, sans discipline, mais animés d’un ardent courage. Arrivés sur le Cours, deux d’entre eux, Vicet et Bosset, sont députés au générai Despinois pour lui demander la délivrance des prisonniers : mais celui-ci est inflexible. Les parlementaires reviennent parmi les leurs annoncer la mauvaise issue de leur mission. Les soldats étaient rangés en bataille près de l’hôtel d’O. Quelques-uns déjà mettaient leurs schakos au bout des baïonnettes, en signe de paix. Mais un signal de massacre avait été convenu entre le général et les principaux officiers de la ligne. De la fenêtre de maison Martel part un coup de fusil qui couvre de poudre la figure du nommé Petit, commis négociant. La troupe croit qu’elle est attaquée par le peuple ; elle fait feu sur les jeunes gens rangés en bataille auprès des colonnes. Ceux-ci, voyant tomber plusieurs des leurs, ripostent avec courage. Les soldats font pendant quelques minutes des feux de peloton nourris, qui tuent ou blessent une foule de Nantais. Camin, jeune médecin, dit en expirant : Vengez-moi, mes amis ; voilà mes cartouches ! Durand, élève en médecine, armé de deux pistolets, essuie seul tout le feu d’un peloton. Se voyant manqué, il court aux soldats, tue deux hommes, et se retire sans blessure. Enfin la victoire se déclare pour la bonne cause, et les troupes sont forcées d’entrer pêle-mêle dans leurs casernes. Dans ce combat qui fera à jamais la honte des autorités nantaises, la cause nationale eut à déplorer dix jeunes gens morts sur le terrain ou des suites de leurs blessures. Outre le nom de Camin, nous avons eu le bonheur de retenir ceux de Chauvet, Rigaud, Vorux. Leurs convois ont été suivis d’une foule immense. La garde nationale à pied et à cheval a été neuf à dix jours sur pied pour leur rendre les honneurs militaires dus aux grades supérieurs, et des discours pleins de verve et de patriotisme ont été prononcés sur leurs tombes. Si les ouvriers de Paris ont droit à d’unanimes éloges, ceux de Nantes n’en méritent pas moins pour leur admirable conduite. Pendant deux jours et deux nuits que la ville a été entre leurs mains, il ne s’est pas commis le moindre excès. Aussi réclame-t-on pour leur chef (un brave tailleur de pierres) la décoration de la Légion d’honneur. Pendant ces jours de trouble, ils ont constamment refusé de recevoir de l’argent, et ont eux-mêmes placé des sentinelles à la porte des cabarets pour empêcher leurs camarades d’entrer, précaution que, du reste, leur sagesse et leur sobriété avaient rendu pleinement inutile. Le drapeau tricolore flottait sur tous les édifices de la ville, lorsque le 3 août, dans la nuit, le général Despinois et le préfet, M. de Vanssay, la quittèrent, accompagnés de presque tout l’état-major du 10e, de quatre cents hommes de ce régiment et de deux cent vingt-cinq cuirassiers qu’ils avaient fait venir de Nirot, et qui n’étaient pas entrés en ville. Ils emmenaient quelques-unes des autorités, et emportaient 3017 francs de la caisse du receveur particulier. Leur but était de transférer le chef-lieu de la division dans la Vendée et d’y organiser un noyau de guerre civile. Un certain nombre de nobles leur avait promis de se réunir à eux. Aussitôt leur départ de Nantes, la garde nationale et la troupe de ligne fraternisèrent, et firent ensemble le service de tous les postes. La sécurité fut parfaite, et l’ivresse générale. Le drapeau tricolore flottait déjà à Paimbœuf, Ancenis, Savenay et Châteaubriant. » Le 30 août 1830, il fit la lettre suivante : « Charles, Auguste Bosset expose qu’il a été employé à la préfecture du département de la Loire-Inférieure sous le règne de Napoléon, que pendant les Cent-Jours il avait obtenu la perception des contributions de Romillé et qu’au retour de Louis XVIII il fut destitué par suite de la manifestation de ses opinions. Que depuis il s’était livré à l’agriculture, à l’éducation des chevaux et à des travaux de défrichement qui ont été entravés par diverses circonstances et qu’en résultat il s’est donné beaucoup de soucis et de peines sans aucun fruit. Que lors des derniers événements provoqués par les déplorables ordonnances, n’écoutant que son patriotisme il arriva le premier armé à la bourse de Nantes et mit tout en œuvre pour exciter ses concitoyens à la défense commune ; que, le lendemain des premiers engagements, il entreprit de délivrer ceux de ses compagnons d’armes qui avaient été arrêtés et conduits au château ; à cet effet il se détacha de la réunion qui était en présence des troupes et se rendit avec M. Vic (voir Kitchen-Vic, Félix) au quartier général de la division ou, étant arrivé, il trouva les autorités civiles et militaires et réclama les prisonniers. Que M. le lieutenant-général Despinois, surpris de tant d’audace, le menaça d’abord de le faire arrêter, et que renouvelant d’un ton ferme sa réclamation et déclarant que ses camarades en armes attendaient sa réponse, il décida M. le lieutenant général à lui délivrer l’autorisation nécessaire pour la mise en liberté de tous ses camarades. Qu’en sortant de l’hôtel de l’état-major il essuya le feu de peloton et vit tomber à ses côtés plusieurs de ses amis et que pendant qu’ils relevaient l’un d’eux, M. Voruz (voir ce nom), son chapeau fut percé d’une balle et ses habits furent atteints de deux autres. Qu’enfin, muni de l’autorisation qu’il venait d’obtenir, Il courut au château, en s’exposant à de nouveaux dangers et se fit remettre les seize prisonniers qui étaient détenus. […] L’exposant est sans fortune et, père de trois enfants, il sollicite un emploi qui lui offre des moyens d’existence pour lui et sa famille. Il connaît l’éducation des chevaux et s’y est livré pendant plusieurs années et à même obtenu plusieurs primes du gouvernement pour des élèves qu’il a été dans le cas de présenter au concours. Ces considérations lui font désirer d’obtenir une place dans les haras, où son expérience et ses connaissances dans la partie des chevaux pourraient être utilisées. Il ose espérer que les preuves de dévouement et de patriotisme qu’il a données dans ces dernières circonstances, et qui l’eussent placé dans une bien fausse position en cas de non-succès seront des titres près du gouvernement pour l’obtention de la place qu’il sollicite, réclamant à cet effet votre justice et votre protection. J’ai l’honneur etc. » Sa lettre était ainsi apostillée par le préfet du département de la Loire-Inférieure : « Le dévouement connu de M. Auguste Bosset, le courage qu’il a montré dans ces dernières circonstances et le patriotisme qui l’anime le rendent digne de la place qu’il sollicite et le préfet de Loire-Inférieure le recommande à ce titre à M. le ministre de l’Intérieur. » Signé, le 30 août 1830 : Louis de Saint-Aignan. Le comte Dumoustier, lieutenant-général, commandant la 12e division militaire, ajoutait : « J’ai la conviction de toute la conduite de M. Auguste Bosset et me plais à rendre justice à son témoignage. En me réunissant à notre respectable préfet, pour appuyer près de M. le ministre, j’ajouterai que la famille de M. Bosset, une des plus estimables de cette ville, s’est empressée d’ouvrier des magasins commerciaux pour armer la garde nationale au commandement de laquelle j’avais été appelé par la ville ; et que c’est à cette conduite patriotique que trois mille citoyens furent armés en vingt-quatre heures et qui a forcé le général Despinoy à quitter la ville et l’arrondissement. » Signé, le 31 août 1830 : comte Dumoustier, lieutenant-général, commandant la 12e division militaire, investi des pouvoirs supérieurs du roi. Auguste de Saint-Aignan, député de la Vendée, ajoutait : « J’ai l’honneur de prier M. le ministre d’accueillir avec bienveillance la demande de M. Auguste Bosset qui a rendu les plus grands services à la cause nationale lors des derniers événements à Nantes. » Suivait cette dernière apostille : « Je joins avec empressement mon témoignage aux honorables recommandations que présente M. Bosset ; il est digne de toute la bienveillance de M. le ministre de l’Intérieur. » Signé : Barante. Plusieurs pièces étaient jointes à son dossier. La première une lettre du préfet de la Loire-Inférieure, relative à sa nomination de percepteur des contributions (absente du dossier). La deuxième, une lettre du maréchal de camp commandant en juillet 1830 la 1re subdivision de la 18e division militaire, le vicomte de Cheffontaine : « Je déclare qu’il est à ma connaissance que M. Auguste Bosset s’est présenté chez M. le lieutenant-général Despinoy, le 30 juillet 1830, pour obtenir de lui la liberté des prisonniers qui avaient été faits la veille (le 29 au soir) sur la place de la Comédie. » La troisième, du colonel Maillard, gouverneur du château de Nantes : « Le colonel d’artillerie soussigné certifie qu’il a remis entre les mains de M. Auguste Bosset, le 30 juillet dernier, les vingt prisonniers qui avaient été transférés des prisons du Bouffay au château de Nantes par ordre de M. le général Despinoy et qui ont été élargis par l’ordre du même officier général. » La quatrième, une lettre du commandant Du Pouey, chef d’état-major de la 12e division, ainsi rédigée : « Le soussigné, chef d’état-major de la 12e division militaire, certifie que le 30 juillet dernier se trouvant qur la place Louis XVI à Nantes, il fut entouré tout à coup par une troupe d’hommes armés, qui réclamaient la mise en liberté d’une vingtaine d’individus qui avaient été arrêtés la veille et qui se trouvaient détenus au château. Sur la réponse du soussigné qu’il n’était point compétent pour satisfaire à la demande présente qui lui était adressée, il fut convenu que MM. Bosset et Vic (voir Kitchen-Vic, Félix) se détacheraient de la troupe armée et accompagnés du soussigné, ils porteraient au nom de tous la réclamation tant auprès du lieutenant-général Despinoy qu’auprès des autorités civiles et judiciaires qui étaient réunies dans ce moment à l’hôtel du général. Leur mission fut suivie d’un plein succès. Le soussigné, qui a dû sa conservation dans cette circonstance à la fermeté et à la loyauté de M. Bosset, s’empresse de rendre ici hommage à sa conduite honorable. » Signé, le 25 août 1830 : Du Pouey. La cinquième, une lettre du préfet de la Loire-Inférieure constatant les primes obtenues pour l’éducation des chevaux en 1821, 1822, 1823 et 1824 (absente du dossier). La sixième, une lettre de la Société académique du département de la Loire-Inférieure (absente du dossier). La septième, deux lettres de vétérinaires (absentes du dossier). La huitième, une lettre délivrée par l’écuyer du département (absente du dossier). Après s’être rendu à Paris, afin de solliciter une place dans les haras, sans succès, il écrivit, le 10 septembre 1830, la lettre suivante au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, pour obtenir la décoration de la Légion d’honneur, après les échecs qu’il avait essuyés sur sa demande de place, « n’ayant pu y réussir puisque M. Guizot m’a dit qu’il ne pouvait rien m’accorder, il paraît donc d’après cette réponse que les bons patriotes qui ont payé de leur personne aux derniers événements ne sont pas les gens qu’il faut à ce bon ministre. Espérons que son successeur, qui j’espère ne tardera pas, nous rendra justice. En attendant, je viens donc m’adresser à vous, mon général, pour vous prier de vouloir bien me faire accorder la décoration de la Légion d’honneur. » Il s’était présenté au domicile de ce dernier, avait été reçu par ses aides de camp et terminait : « J’ose compter sur votre bonne obligeance pour vouloir bien examiner avec soin les recommandations honorables jointes à l’appui de ma demande, et que les preuves de dévouement et de patriotisme que j’ai données dans ces dernières circonstances et qui m’eussent placé dans une bien fausse position en cas de non-succès, seront des titres près de vous pour m’accorder la décoration de la Légion d’honneur, car réellement si les choses n’avaient pas bien tourné j’aurais été fusillé de suite pour m’être présenté à main armée chez M. le lieutenant-général Despinoy. » La Commission des récompenses nationales de la ville de Nantes donna le récapitulatif suivant de sa conduite : « A protégé la retraite du chef d’état-major Dupouiex, qui l’avait accompagné au château pour donner la liberté aux prisonniers du 29. » Il ne se présenta pas devant la Commission afin de faire valoir ses droits à une récompense nationale et fut proposé pour recevoir la médaille de Juillet. Le 1er août 1831, il fit parvenir la lettre suivante à Moreau, maître des requêtes et chargé de remettre les décorations de Juillet aux habitants de Nantes : « Bosset, Charles, Auguste a l’honneur de vous exposer qu’il est un des combattants de la dernière révolution à l’affaire qui a eu lieu à Nantes le 30 juillet 1830 et que s’étant trouvé absent de Nantes à l’époque où la commission a été chargée de faire le travail des récompenses nationales il n’a pu se faire porter pour la croix. Il vient donc vous prier, Monsieur, d’avoir la bonté de le faire porter sur le nouveau supplément afin d’obtenir du roi la décoration de la Croix de Juillet lorsque M. le duc d’Orléans passera à Nantes. Que l’exposant, lors des derniers événements provoqués par les déplorables ordonnances, n’écoutant que son patriotisme il arriva le premier armé à la bourse de Nantes et mit tout en œuvre pour exciter ses concitoyens à la défense commune ; que le lendemain des premiers engagements il entreprit de délivrer ceux de ses compagnons d’arme qui avaient été arrêtés et conduits au château ; qu’à cet effet il se détacha de la réunion qui était en présence des troupes et se rendit au quartier général de la division, le fusil à la main, où, étant arrivé, il trouva les autorités civiles et militaires et réclama les prisonniers ; que M. le lieutenant-général Despinoy, surpris de tant d’audace, le menaça d’abord de le faire arrêter et que, renouvelant d’un ton ferme sa réclamation et déclarant que ses camarades en armes attendaient sa réponse, il décida M. le lieutenant-général Despinoy à lui délivrer l’autorisation nécessaire pour la mise en liberté de tous ses camarades ; qu’en sortant de l’hôtel de l’état-major il essuya le feu du peloton et vit tomber à ses côtés plusieurs de ses amis et que pendant qu’il relevait l’un d’eux, M. Voruz, son chapeau fut percé d’une balle et ses habits furent atteints de deux autres ; Qu’enfin, muni de l’autorisation qu’il venait d’obtenir, Il courut au château, en s’exposant à de nouveaux dangers et se fit remettre les seize prisonniers qui étaient détenus. […] il ose espérer que les preuves de dévouement et de patriotisme qu’il a données dans ces dernières circonstance et qui l’eussent placé dans une bien fausse position en cas de non-succès seront des titres près du gouvernement pour l’obtention de la Croix de Juillet qu’il demande, réclamant à cet effet votre justice et votre protection. » Il ajoutait en post-scriptum : « Mon ami, M. Favre de Coursel, secrétaire général de la préfecture, vient de me dire à l’instant que vous lui aviez dit en partant que si quelqu’un avait été oublié de s’adresser à vous et que vous auriez la bonté d’y faire droit. Veuillez, etc. » Le 23 août 1831, le maire de Nantes fit parvenir au préfet de Loire-Inférieure la lettre suivante : « Il est de notoriété publique ici que M. Auguste Bosset, dont vous me faites l’honneur de m’entretenir par votre lettre du 22, s’est distingué de la manière la plus remarquable par son patriotisme et son courage dans la journée du 30 juillet. Un des premiers, il s’est armé pour la cause de la liberté dans cette journée ; il faisait partie du détachement de citoyens qui se porta, dans l l’après dîner, sur la place Louis XVI ; lui et le sieur Vic se présentèrent seuls de ce détachement, en armes, devant le général Despinoy pour le sommer de rendre les prisonniers faits dans leur rassemblement qui eut lieu la veille à l’occasion des ordonnances du 29. Il y avait alors plus que de la bravoure, il y avait de la témérité dans une telle démarche vis-à-vis d’un tel général ; car les événements de Paris n’étaient point encore résolus, pour notre ville, à l’époque de cette agression des citoyens contre le pouvoir. Il est constant aussi qu’il a contribué officieusement à protéger les jours de M. le commandant de place Du Pouey contre les menaces d’un rassemblement formé contre cet officier supérieur. Ainsi, monsieur le préfet, on peut prendre pour exactes toutes les attestations jointes à l’appui de la pétition de M. Bosset, et certes il est incontestable que personne plus que lui, dans cette journée, n’a mérité par sa conduite politique la décoration de la Croix de Juillet. Il a pu paraître surprenant qu’il n’ait pas été compris dans les propositions qui paraissent avoir été faites par la commission d’enquête ; mais le travail de cette commission constate qu’il était absent et personne n’a réclamé pour lui […]. » Les édiles de Nantes réclamèrent pour lui la rectification de l’oubli, précisant sur la conduite de Bosset : « S’est distingué de la manière la plus remarquable par son patriotisme et son courage dans la journée du 30 juillet 1830. Un des premiers, il s’est armé pour la cause nationale et ses concitoyens sont unanime pour attester les services qu’il a rendus à cette cause et la part qu’il a prise aux glorieux événements de la révolution. […] Cet oubli s’explique par l’absence de M. Bosset, qui n’a pu faire valoir ses droits. Depuis ce courageux citoyen a réclamé la décoration. Les magistrats de Nantes ont pensé que personne plus que lui ne l’ayant méritée par sa conduite politique, c’était un devoir pour eux de la lui faire obtenir. Ils se sont donc empressés d’en former la demande. » Il fut décoré de la Croix de Juillet, sur la proposition de la ville de Nantes par l’ordonnance du 17 juillet 1832. Auguste Bosset demeurait à Beautour en 1830-1831 ; place de Bretagne à Nantes, à la fin de 1830 et en 1831 ; 52, rue Contrescarpe à Nantes en 1831 ; à Trentemoult (Loire-Atlantique) en 1832. Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal galerie de Valois, n° 185, 1831, p. 186 à 192 (sous le seul nom de Bosset) ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 463 ; Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 1, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part (aussi sous le nom de Bosset, Auguste) et Etat des citoyens auxquels la décoration de Juillet a été décernée par l’ordonnance du 17 juillet 1832.