Bouchard, Jean
Biographie
Né le 5 septembre 1798 à Lanquais (Dordogne), fils de Bouchard, Pierre. Ses parents étaient partis volontaires en 1792 dans les bataillons auxiliaires de l’armée du Rhin ; le père sergent, la mère cantinière avec deux enfants ; à la formation de la garde de Paris, la mère fut affectée au 1er régiment, Jean fut reconnu enfant de troupe et reçut une demi-solde jusqu’en 1807, date à laquelle son père reçut son congé et partit comme infirmier à Bayonne ; Jean fut alors élève chirurgien et resta à Bayonne jusqu’à la fin du blocus. Il fit ensuite son tour de France de serrurier et arriva à Paris, où il s’installa en 1821. Il combattit durant les trois journées. Il ne fit aucune demande auprès de la Commission des récompenses nationales. Le 25 septembre 1831, il fit une demande de secours à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), sise 10, rue Neuve-Bourg-Labbé. Il expliquait qu’il s’était battu durant quatre jours, avait affronté les plus grands dangers, avait reçu une blessure très légère mais n’avait fait aucune demande à cette époque parce qu’il travaillait et n’avait pas participé aux combats pour de l’argent mais pour la défense de la liberté et de la patrie. Depuis, sans travail depuis un an, « dans la plus grande misère qu’il puisse exister ». Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare que le sieur Bouchard, serrurier, est sorti pendant les trois journées de Juillet, puisque je lui ai prêté une pique pour se porter partout où le danger se présentait et qu’il me l’a rendue aussitôt l’ordre rétabli. » Signé, le 5 décembre 1831 : Deflandre, serrurier, demeurant 113, rue du Faubourg-du-Temple. Ce certificat était apostillé par Legent, ébéniste, demeurant 95, rue du Faubourg-du-Temple et Barreault, débitant d’eau-de-vie, demeurant 86, rue du Faubourg-du-Temple. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, principal locataire de la maison rue du Chaume n° 19-21, déclare que le nommé Bouchard, ouvrier serrurier, demeurant dans ladite maison avec sa belle-mère, est sans occupation depuis huit mois, père de trois enfants et sa femme sur le point d’accoucher. » Signé, le 9 juin 1831 : Dalouzy. Il avait, en août 1831, fait, en vain, une demande d’emploi auprès du général Lafayette. Devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février et alors qu’il sollicitait un emploi qui le sortît de la misère, il reprenait ainsi le récit de sa participation aux trois journées de Juillet, donnant les indications suivantes sur la prise des Invalides, à laquelle il avait participé, et sur les sentiments que lui avait inspirés la nomination du duc d’Orléans pour prendre la tête du royaume : « […] On dit que le gouverneur des Invalides ne veut pas se rendre. J’accours encore là. On n’ose avancer des grilles. Nous partons à quinze ou vingt. On monte par-dessus les grilles. Nous trouvons tous ces braves invalides qui nous tendent la main et qui nous prient de délivrer trois des leurs qui étaient au cachot. Je suis entré un des premiers chez le gouverneur, dont les invalides m’ont désigné sa résidence. Je n’ai trouvé que deux vieillards qui m’ont dit être l’un colonel l’autre commandant. Je leur demandai le gouverneur, ils m’ont dit que c’était un vieillard que s’il me voyait il tomberait mort. Enfin, j’ai demandé pourquoi on ne mettait pas le drapeau, ils m’ont conduit au magasin et on l’a fait devant moi. Enfin, deux roulements de tambour se sont fait entendre, le drapeau flottait, je suis redescendu prendre ma place dans les rangs. Nous sommes sortis des Invalides au moment où le général Lefebre est venu prendre la place du gouverneur. Nous avons campé deux ou trois heures dans l’esplanade devant les Invalides ou après nous avons pris la route de la barrière des Bonhommes. Tambour battant, nous sommes arrivés au pont de Grenelle. Nous avons fait halte mais sur dix-huit cents que nous étions partis nous n’étions plus que trois ou quatre cents, mais tous décidés à aller à Saint-Cloud. Nous voulions en terminer avec cette famille lorsque à 8 heures et demie du soir un des jeunes gens de l’Ecole polytechnique, qui était venu à notre tête à pied, il était à cheval au moment où il lisait un ordre venu de Saint-Cloud qui disait que le duc d’Orléans allait rentrer pour arranger les affaires, que l’attaque était manquée, que c’était fini. Sur le mot de duc d’Orléans, je cours auprès du jeune homme, je lui dis Comment c’est cette canaille à qui l’on va confier l’ordre ! Messieurs nous sommes venus en force. Enfin le jeune homme, me voyant emporté, me dit que ce qu’il promettait s’il ne le tenait pas il serait bientôt démoli. Enfin j’ai eu beau leur faire comprendre que c’était la même famille, qu’il était plus voleur que Charles X vu qu’il avait toujours trafiqué à l’usure et qu’il avait une nombreuse famille et qu’il faudrait les enrichir, enfin inutile, il me prenait pour un fou. Il me disait qu’il était gaulois. Enfin je leur dis Puisque c’est fini, je me retire. Le jeune homme me dit Attendez, la voiture des vivres va arriver. J’ai bien l’honneur de vous saluer, je ne mangerai ni boirai à la santé de ce scélérat. Enfin, je suis rentré chez moi comme fou. Je bousculais tous ceux qui parlaient de cette canaille, ce qui m’a fait perdre mon travail mais je leur disais Il ne restera pas six mois. Je ne l’aurais pas cru vu toutes les sociétés qu’il s’était formé, dont j’ai fait partie. Tout ça m’a valu deux ans de misère, chargé toujours de famille, ainsi j’en eus seize, il m’en reste encore trois, celle de vingt ans sans ouvrage depuis six mois, une de trois ans bien gentille, ma foi qu’il serait malheureux que je ne puisse lui procurer son existence et une autre, née le 17 janvier 1848. Ainsi, messieurs, voyez si mon opinion a été heureuse. Enfin je viens de donner un bon coup de main aux trois jours de février, j’ai donc retrouvé mon berceau vive la république ! […] » Il donnait comme précision qu’il y avait six mois il occupait douze personnes et que désormais, faute de commerce, il était réduit à ne pouvoir suffire à l’existence de sa famille. Le 11 mars 1848, il sollicitait un emploi auprès du ministère de la Guerre, soit dans l’administration des fourrages, soit dans l’administration des vivres, soit sans les ambulances ou hôpitaux militaires, soit comme garde-magasin ou infirmier major. Bouchard était porteur du certificat, signé, le 20 mars 1848, de Labiey, constructeur-mécanicien, demeurant 31, rue de Crussol, attestant qu’il n’avait « pas quitté le poste que nous avions formé dans notre rue, qu’il s’est conduit comme un brave citoyen » et qu’il était en ce moment « dans une grande misère vu qu’il est chargé de famille » ; Domont et Lemaire, lieutenant à la VIe légion apportèrent leurs signatures à ce dernier certificat. La Commission d’enquête des récompenses nationales certifia « que le citoyen Bouchard s’est conduit en vaillant combattant dans les journées de Février et qu’il jouit dans son quartier d’une excellente réputation » et la Commission des récompenses nationales le recommanda pour une place d’homme de peine dans un ministère. Bouchard était marié, et père de quatre enfants, dont l’aîné avait quatre ans et le dernier venait de naître en 1831, de deux enfants en 1848. Il savait lire et écrire. Il demeurait 99, rue du Faubourg-du-Temple en juillet 1830 ; 21, rue du Chaume dans le Marais en 1831 ; 29, rue de Crussol en 1848. Archives de la préfecture de police AA 374.