Bouchaud, Hugues, François
Biographie
Né le 22 mai 1800 à Auxonne (Côte-d’Or). Ancien militaire devenu musicien. On trouve dans la Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs, la relation suivante, qu’il fit des événements qui se passèrent en Côte-d’Or dès le 28 juillet : « Un musicien, M. Bouchaud (Hugues-François), né à Auxonne (Côte-d’Or) et domicilié à Paris, rue de Babylone, n° 6, le même dont nous avons parlé dans notre Histoire complète de la Révolution de Paris, page 209, et qui dans la nuit du 28 juillet mit seul hors de combat huit suisses et gardes royaux, nous a transmis les faits suivants qu’il a recueillis, en se rendant de Paris à Besançon le 14 août, et dont il nous garantit l’authenticité. Nous ne changerons rien à son récit, dont la simplicité n’est pas le moindre mérite. “La duchesse d’Angoulême qui savait fort bien ce qui se passait à Paris et qu’on y massacrait impitoyablement les citoyens, alla le 28 juillet au spectacle à Dijon, sans doute pour donner à la ville le spectacle d’une princesse éhontée qui insulte aux mânes d’illustres défenseurs des droits du peuple. Peu s’en est fallu qu’elle n’ait payé de ses jours cette inconcevable imprudence. A son entrée elle fut saluée par les cris répétés de Vive la Charte ! Vive la liberté de la presse ! Elle se retira après la première pièce. A peine sortie pour se rendre à sa voiture, les mêmes cris auxquels se joignait celui de A bas les Bourbons ! se firent entendre de toutes parts. Dans cette terrible conjoncture, il ne lui restait qu’à chercher son salut dans une prompte fuite. Elle l’essaya, mais en vain. Le peuple était furieux. Les uns arrêtaient les chevaux, d’autres allaient chercher des armes pour combattre la troupe. Enfin le plus grand nombre faisait pleuvoir une grêle de pierres sur la voiture. C’en était fait d’elle sans l’intervention des officiers municipaux, dont la présence réussit, non sans peine, à apaiser la foule. Le calme se rétablit. Elle en profita, et s’esquiva de Dijon, accompagnée du capitaine de gendarmerie de cette ville, le même qui fit arrêter l’honorable Manuel. Les troupes avaient été forcées de battre en retraite, après avoir reçu quelques blessures. Il n’y eut pas de sang versé, du côté du peuple. Mais le nommé Châlons, ouvrier fumiste, fut saisi pour avoir crié Vive la Charte ! Un adjudant d’infanterie et quatre soldats l’arrêtèrent, après l’avoir poursuivi un quart d’heure la baïonnette dans les reins. Je regrette de ne pouvoir vous donner le nom de cet ardent suppôt de despotisme.
»On m’a assuré, à Dijon, qu’au moment où la duchesse sortait du spectacle, elle disait à une personne qui était à côté d’elle : “Maintenant je prendrais avec plaisir un bain, mais je voudrais qu’il fût de sang français.” On dit même dans la ville que ce furent ces paroles atroces qui commencèrent à exciter le soulèvement du peuple. Il n’est pas probable en effet que les habitants de Dijon, naturellement calmes et peu turbulents, se soient portés à ces rigoureuses extrémités sans avoir été blessés dans leur amour-propre, puisqu’ils ne connaissent nullement le résultat des événements de Paris, et qu’ils savaient seulement qu’on s’y battait.
»A Villars-les-Pots, village situé à une lieue d’Auxonne, c’est le brave Boutellier, aubergiste au Coq-Hardi, qui, le premier de tout le canton et même avant la vile, a eu la gloire d’arborer le drapeau tricolore, contre la volonté expresse du maire, qui, comme tous les fonctionnaires du pouvoir déchu, objectait qu’il n’avait pas encore reçu d’ordres.
»Me rendant d’Auxonne à Besançon, en passant par Vitreux, je ne revenais pas de ma surprise en voyant celle que manifestaient les habitants des nombreux villages situés sur cette route à l’aspect de ma cocarde tricolore. Dans l’un de ces villages, à peu de distance de Vitreux, je fis aux habitants le récit de la révolution qui venait de s’opérer à Paris, et je voulus leur faire chanter la Marseillaise. Ils me répondirent qu’ils ne pouvaient pas se permettre de tels chants. Seulement deux jeunes gens se joignirent à moi et nous entonnâmes le bel hymne de Rouget de l’Isle, au grand étonnement de tout l’auditoire. Ces deux jeunes patriotes habitent la première maison du village, à un quart de lieue de Vitreux, en allant à Besançon. Ils sont menuisiers.
»Le courrier de Paris entra à Dijon le 31 juillet, à six heures du soir. Il était suivi d’une foule immense et annonçait l’établissement du gouvernement provisoire Cette annonce fut reçue avec enthousiasme. La population des villages vint pour prêter main forte aux citoyens mais le 3e bataillon du 60e régiment de ligne pas cessé un instant de faire cause commune avec le peuple, et le dévouement des braves habitants des campagnes fut heureusement inutile. Une commission composée du conseil municipal ordinaire de Dijon, auquel s’adjoignirent trente nouveaux membres, siégea en permanence à l’hôtel de ville, et le drapeau tricolore fut arboré avec ivresse. Quelques jours après, une brillante réception fut faite au jeune Garaud (voir ce nom) qui s’était signalé à Paris à l’attaque du Louvre. Une compagnie de pompiers, un détachement de la garde nationale, musique en tête, et une foule immense se portèrent à la rencontre de ce brave jeune homme, blessé au bras droit, et qui tenait de sa main gauche le drapeau percé de balles qu’il portait à l’assaut du Louvre. Une couronne lui fut offerte, tandis qu’on arborait les trois couleurs à la porte de sa maison, Sa mère était baignée de larmes ; et ce spectacle digne de l’Antiquité avait profondément ému tous les habitants.
»A Auxonne le 4 août, le pavillon tricolore flottait sur tous les édifices publics. La garde nationale s’organisait. 400 fusils lui avaient été accordés. Parfait accord entre la garnison et les habitants. Le chef de bataillon du 18e de ligne répondit au colonel du 19e léger, qui lui parlait de violence : “Oui, colonel, vous marcherez contre le peuple, mais ce ne sera qu’après avoir passé sur le corps des 300 hommes que je commande.” Le colonel auquel on répondait ainsi, finit par prendre la cocarde tricolore. La population entière de Beaune courut aux armes, et arbora sur l’hôtel de ville un énorme drapeau national. Dans le village d’Arc-sur-Tille, on en retrouva un de 1790, qui fut apporté en triomphe à Dijon par la garde nationale de la commune. Même patriotisme, à Châtillon-sur-Seine, Sémur, Montbard, Nuits, Arnay-le-Duc, Saulieu, Saint-Jean-de-Losne et Fontaine-Française. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 22 juin 1831 et son brevet le 27 août de la même année. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Beauchand), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En juillet 1836, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut une gratification de cinq francs, à titre de décoré non pensionné. En juillet 1837, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut une gratification de cinq francs et trente centimes, à titre de décoré non pensionné. Atteint du choléra, facteur aux lettres depuis novembre 1830, contraint de démissionner en août 1839. Les renseignements de police indiquaient à son sujet en 1840 : « […] Marié, sans enfant, […] jouit d’une excellente réputation. C’est un ancien facteur de la poste aux lettres qui, s’étant blessé gravement en tombant sur la glace, a été obligé de renoncer à son emploi. Il n’exerce en ce moment aucune profession et se trouve dans la plus grande indigence. Sa position paraît digne d’intérêt. » Il reçut un secours de soixante-cinq francs en 1840, vingt-cinq francs en 1841, vingt-cinq francs chaque année entre 1842 et 1847, quarante francs en 1849. En 1850, la même administration renseignait à son sujet : « […] Facteur à la poste aux lettres. Sa femme n’a pas d’état et s’occupe des soins de son intérieur. […] C’est un homme d’une mauvaise santé et d’une excellente conduite […]. » En 1849, dans une lettre de sollicitation, il se disait « électeur ami de l’ordre ». Il reçut cinquante francs de secours en 1850, la même somme en 1851, à titre de médaillé de Juillet. En 1859, il était « ex-facteur au Corps législatif et au ministère des Affaires étrangères ». Il demeurait 6, rue de Babylone en 1830-1831 ; 8, rue des Quatre-Vents en 1831 ; 114, rue de Sèvres en 1836 ; 8 bis (puis nouvellement 40 en 1851), rue du Montparnasse au coin du boulevard, un loyer de deux cents francs par an, de 1836 à 1859. Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal galerie de Valois, n° 185, 1831, p. 134 à 140 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1836, état de répartition de la somme de trois cent dix-huit francs entre MM. les décorés de Juillet domiciliés sur le (ancien) Xe arrondissement, année 1837 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 78, idem Proposition d’accorder à cent quarante décorés, blessés et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant à la somme de 6.980 francs, minutes 94 à 99, idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184.