Bouchet, Achille
Biographie
Né le 25 mars 1797 à Paris. Propriétaire. Le National, en date du 5 août 1830, relatait ainsi sa participation aux combats de Juillet : « M. Achille Bouchet, rue Taitbout, est arrivé un des premiers, en habit d’officier de la garde nationale, à la porte Saint-Denis. Il s’est battu avec la plus grande intrépidité ; il a essuyé le feu de la garde royale et de plusieurs pièces de canon chargées à mitraille. » Le Constitutionnel, en date du 12 août 1830, rapportait : « M. Achille Bouchet, officier de la garde nationale, qui s’était distingué par son intrépidité à l’attaque de la porte Saint-Denis, s’est mis le premier à la tête de la population de Meudon pour inquiéter les troupes royales qui gardaient Saint-Cloud, et a contribué à accélérer leur retraite. » Le rapport de Sensier relate à son sujet : « Est un de ceux qui ont paru les premiers en costume d’officier. Il a pris le commandement des gardes nationales et d’ouvriers, et les a conduits au feu sur les boulevards Saint-Denis et Saint-Martin, pour repousser la garde royale. Il a signalé au commissaire soussigné, le sieur Michelet, rue d’Artois, le sieur Fabry, bijoutier, passage du Panorama, et le confiseur à gauche dans le même passage en venant pour le boulevard, comme les premiers gardes nationaux qui ont paru en uniforme pour prendre part au combat. Il a également signalé au commissaire soussigné le sieur La Fontaine, auteur dramatique, comme s’étant distingué à la tête d’un peloton d’hommes dont il avait pris le commandement. Le sieur Bouchet a également contribué à soustraire de la fureur populaire le sieur Roux, chef d’escadron parlementaire royal, en le conduisant d’abord chez M. Simon, marchand de papier, et delà chez M. Laffitte. » Il participa, le 28 juillet au matin, au rassemblement armé de la place Cadet, où de nombreux gardes nationaux en uniforme furent présents et où une organisation régulière des combattants fut décidée. Alexandre Delaborde prit la tête du mouvement général ; Bro, le colonel Servatius, Tierce sous-inspecteur aux revues en retraite, Bouchet ancien officier d’état-major formèrent des compagnies, tant à la place Cadet qu’au manège du même nom. Des détachements participèrent au désarmement de postes isolés, puis à la prise des casernes de Clichy et de la Nouvelle-France. » Il fut décoré (sous le nom de Boucher, Achille) de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa le certificat suivant en faveur d’Icard, Xavier : « Je certifie, officier de la garde nationale, déclare que le sieur Icard s’est présenté à moi dans la journée du 29 juillet pour se mettre sous mes ordres, et a coopéré de tout son pouvoir à faire triompher la cause nationale. » D’Alton-Shée, dans ses Mémoires, dressa le portrait suivant de Bouchet, qu’il avait bien connu : « J’habitais alors un petit hôtel de la rue Saint-Lazare, avec Achille Bouchet, dont M. Amédée Jaubert, l’orientaliste, avait épousé la sœur, et qui, trente ans plus tard, devint mon beau-frère. Beau, bien fait, quoique disposé à l’embonpoint, sa force herculéenne, la supériorité de son âge, son courage, son aplomb, sa gaieté bruyante, en avaient fait, dès mon enfance, l’objet de mes sympathies et de mon admiration. Il mérite une place à part à cause de l’influence qu’il a exercée sur la première partie de ma vie, et aussi parce qu’il fut un de ces types parisiens capables de faire comprendre le libéralisme napoléonien d’une partie de la jeunesse sous la Restauration. Né en l798, par son père, honnête et riche banquier, Achille appartenait à la bourgeoisie. Sa turbulence, son ignorance du danger, avaient forcé de bonne heure à le mettre en pension. Il s’en échappait souvent : un passage de troupe, une revue, un exercice à feu, l’attiraient invinciblement : en musique, il n’était sensible qu’au roulement du tambour ; ses professeurs étant de simples pékins, il se battait avec eux sans scrupule, mais il aurait plié devant les galons d’un simple caporal. A treize ans, il avait des aventures galantes. Après avoir roué de coups son chef d’institution, il fut renvoyé ; on parvint à lui faire achever ses classes comme externe au lycée. Malgré ses supplications, en l8l4 et 18l5, sur le refus absolu de ses parents, il avait dû renoncer à la carrière militaire ; il s’en était consolé en se faisant assommer, un an plus tard, par les gardes du corps, aux représentations du Germanicus de M. Arnault, un des académiciens proscrits par Louis XVIII. Entré commis chez M. Ternaux, il n’avait pas tardé à confondre dans un même culte Napoléon, l’indépendance nationale, deux fois mise en danger par l’incurable ambition du grand capitaine, et les libertés retrouvées avec la Charte. Sans doute, Manuel, Benjamin Constant lui semblaient de fameux orateurs, mais l’homme sur qui se concentrait l’enthousiasme de sa génération, parce qu’il réunissait les caractères contradictoires de sa religion politique, c’était le général de l’Empire, le défenseur de la patrie et de la Charte, l’illustre général Foy. Pourtant, en 1830, il n’avait pu s’empêcher d’aller à Toulon assister à l’embarquement de notre armée pour Alger ; la conquête l’avait ému d’admiration, et il surveillait, à sa manufacture d’Aubusson, l’exécution de deux magnifiques tapis commandés par la duchesse de Berri, quand éclata la révolution de Juillet. Indigné à la nouvelle des ordonnances, il ne put néanmoins croire à la résistance, encore moins à la victoire d’un peuple sans armes et sans discipline contre les régiments de la garde royale, commandés par un maréchal de France. Le 28, entendant le canon de sa campagne de Meudon, il vint à cheval à Paris, poussé par la curiosité ; à peine entré dans la ville insurgée, un de ses amis, libéral ardent, le rencontre, l’adjure de prendre part à la lutte ; il se moque, s’impatiente, se querelle avec lui ; mais il n’avait pas passé deux heures dans la fournaise qu’on le retrouvait en uniforme de garde national, à la tête d’une bande nombreuse, faisant le coup de feu contre la troupe, et ne s’arrêtant que vainqueur de Juillet. La Restauration et la volonté de son père avaient fait de lui un industriel ; à trente-deux ans, il ne pouvait plus songer à entrer dans l’armée ; doublement décoré pour sa bravoure de la croix des combattants et de celle de la Légion d’honneur, il se résigna à ne servir que dans l’état-major de la garde nationale, et se voua au maintien de l’ordre sous le commandement d’un vétéran de l’Empire, le maréchal comte de Lobau. Tel était l’homme qui, lorsque j’étais encore aux pages, m’avait lancé dans le monde brillant du plaisir et de l’oisiveté ; m’avait fait admettre bien jeune à la salle d’armes de lord Seymour et parmi les habitués du Café de Paris. La part qu’il avait prise à la lutte héroïque de notre révolution avait porté à son apogée mon admiration pour lui. Depuis elle commença à décroître : le contraste entre l’évaporation graduelle de son libéralisme, son goût de l’autorité, sa passion violente de l’ordre et mes aspirations républicaines produisit un premier désenchantement. Rien de plus triste que de voir s’évanouir le fantôme du héros qu’on a rêvé : je le trouvais sec, égoïste, amoindri. Il me traitait de niais et de dupe : tandis que je m’attelais à la propagande et désirais la guerre, que je souscrivais aux bureaux du National pour la défense du territoire, et qu’un des rédacteurs, Raulin, me présentait à Armand Carrel, lui s’attachait de plus en plus au roi. Certainement ce n’était pas l’Empereur, mais, après tout, Louis-Philippe était le prince de la bourgeoisie ; doué du bon sens pratique, habile, courageux, il comprimait avec résolution la guerre à l’intérieur, et assurait au dehors, en cédant à propos, la paix, mère féconde du commerce et de l’industrie. L’insurrection polonaise, si chère à nos cœurs, si utile à nos intérêts, en me passionnant comme la plupart des Français, vint aigrir nos dissentiments. Les qualités d’Achille, son courage, sa générosité, son esprit même, étaient physiques, indépendantes de sa réflexion et de sa volonté, elles tenaient à son tempérament ; il était bon, mais bon par les yeux : il soulageait, à tout prix, la souffrance dont il était témoin ; par contre, le mal qu’il ne voyait pas n’existait pas pour lui : pour exciter sa pitié en faveur des victimes, son indignation contre les oppresseurs, la Pologne était trop loin. Aussi, quand Louis-Philippe, sauvé de la coalition des souverains absolus par le soulèvement des Polonais, leur refusa tout secours armé, il applaudit à sa prudence ; il fut frappé, comme de la vérité d’un axiome, des paroles si fausses de M. Dupin : “Chacun chez soi, chacun pour soi” ; il trouva des circonstances atténuantes à l’odieuse phrase du maréchal Sébastiani : “L’ordre règne à Varsovie.” » Bouchet demeurait 20, rue Saint-Lazare en 1830-1831. Le National, 5 août 1830 ; Le Constitutionnel, 12 août 1830 ; Rapport de M. Sensier, ancien notaire, commissaire du IIe arrondissement chargé de constater le nombre des victimes et les faits mémorables des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Paris, imprimerie de Ambr. Firmin Didot, 24, rue Jacob, 1830, p. 8, 42-43 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Boucher, Achille) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 (sous le nom de Boucher, Achille) ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Icard, Xavier ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Boucher, Achille) ; La Vie parisienne sous Louis-Philippe, Alméras, p. 265-266, Cercle du bibliophile, Albin Michel ; Mes Mémoires (1826-1848), d’Alton-Shée, Paris, chez Lacroix, Verboeckhoven et cie, chapitre X, p. 69 et suivantes.