Boudet, Charles, Louis

Biographie


Né le 30 juillet 1793 à Paris. Treillageur. Il adressa, le 1er mars 1848, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dans laquelle il faisait aussi état de sa participation aux combats de juillet 1830 : « J’ai participé aux glorieuses journées de 1830 et joué un rôle actif dans les affaires de juin 1832. Comme membre de la société des Amis du peuple (alors sous la direction des citoyens A. Caunes [voir ce nom] et Laponneraye, je me vis traqué, poursuivi par la police du gouvernement déchu puis forcé d’abandonner mon établissement, rue Saint-illisible et d’aller me réfugier à Rouen. Là, on a voulu que je fisse partie de la garde civique mais, connaissant les intentions peu bienveillantes des chefs à l’égard des vrais patriotes, je refusai de répondre aux appels de service et un jugement prononcé contre moi m’obligea, pour éviter la prison, à quitter une ville où je n’avais rien de bon à espérer (c’était en 1834). Au sortir de Rouen, je me rendis à Orléans, où je restais jusqu’à ce que la haine qu’on portait aux patriotes fût apaisée. Enfin, je rejoignis mon pays natal. Depuis, comme avant, mes sentiments envers la patrie n’ont pas changé. De nouveaux faits l’attestent. Je viens de prendre part à la révolution de 1848, révolution qui, tranchant le nœud gordien a conduit tous les citoyens au but tant désiré ! J’ai coopéré au mouvement qui s’est manifesté aux Champs-Elysées. Les mardi et mercredi, je faisais partie du groupe qui parcourut la capitale, groupe qui finit par grossir et devenir une masse imposante. Le soir de la dernière journée, à 11 heures, nous nous sommes retranchés derrière la barricade de la rue Rambuteau. La nuit suivante, nous avons assisté au choc du Palais-Royal et contribué ensuite à la prise du château des Tuileries. Me trouvant, ainsi que plusieurs autres patriotes, de garde dans les cuisines donnant sur le Pont-Royal, un employé du château nous aborde et nous demande s’il pouvait compter sur nous. – De quoi est-il question ? – Il s’agit de sauver des valeurs importantes, ajoute cet employé. Devant ces mots et plein de confiance en nous, il indique du doigt le dessous d’un escalier où se trouvait renfermée une certaine quantité d’argenterie. – Je confie, nous dit-il, ces valeurs à votre patriotisme, votre probité. Nous fîmes pendant plusieurs heures bonne garde devant ce trésor. Après quoi, nous l’enveloppâmes dans six serviettes et le portâmes à la mairie du quartier des Tuileries. Nous étions une dizaine. Ce dépôt effectué, nous retournâmes au château pour prendre possession du poste de la garde nationale à cheval, proche du guichet du Louvre. Notre service a continué les jeudi, vendredi et samedi. Durant ce temps, nous avons, ainsi que tous les autres patriotes, maintenu le bon ordre et empêché, par notre active surveillance, le pillage et la dévastation. Si, au milieu de mes excursions, aucune balle meurtrière ne m’a atteint, je ne suis pas sorti de là sain et sauf. J’ai été renversé sur la barricade placée rue Saint-Honoré et le contrecoup que je reçus au bras et notamment à la tête a réagi sur les yeux, au point que ma vue se trouve considérablement affaiblie. Ayant en main les preuves qui viennent à l’appui de tous les faits par moi cités et vu la position malheureuse dans laquelle je me trouve, je sollicite près de vous, citoyens, un emploi qui puisse assurer mon existence et j’ose espérer que reconnaissant la légitimité de ma demande, vous voudrez bien y faire droit. Je suis, etc. » Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier certificat, signé en date du 25 juillet 1848, par la mairie du (ancien) Xe arrondissement : « Nous, maire du (ancien) Xe arrondissement, certifions que le citoyen Boudet, Charles, Louis, demeurant route de Chatillon, petit Vanves n° 10, était au nombre des gardes nationaux et citoyens armés qui, le 24 février, ont apporté à la mairie quatre paquets d’argenterie provenant du château des Tuileries. » Le deuxième certificat ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions sur l’honneur que le citoyen Boudet, Charles, Louis, demeurant route de Chatillon, au petit Vanves n° 10, est demeuré absent de chez lui depuis le 23 février jusqu’au 27 inclusivement, que tout ce temps il est resté aux barricades et principalement aux Tuileries et que le 24 il était un de ceux qui, ayant saisi quatre paquets d’argenterie, en vinrent faire le dépôt à la mairie du (ancien) Xe arrondissement. » Signé, le 26 juillet 1848 : Perrot, Bertrand ; Darchon ; Philarey, délégué de la commune de Vanves. Il fut proposé par la Commission pour la mention honorifique à paraître au journal le Moniteur et une petite gratification. Il était marié et père de quatre enfants en 1848. Il demeurait 10 bis, route de Châtillon (dans la lettre qu’il signe) ou 10, route de Châtillon (dans son dossier) à Vanves en 1848. Archives de la préfecture de police AA 374.

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