Bougeard, Laurent, Charles, Jean

Biographie


Né vers 1808 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Garçon tailleur. Il fut tué le 29 juillet 1830, vers la rue Saint-Honoré. Des certificats de notoriété établirent son décès. Le 7 janvier 1831 devant le commissaire de police du quartier du Palais-Royal, comparut le patron pour lequel il travaillait, Malherbe, Jacques, Noël, né vers 1799, demeurant 102, rue Montmartre. Il donna le témoignage suivant : « Il y a six mois que je connaissais le sieur Charles Bougeard, lorsqu’il est venu travailler chez moi à l’époque des journées de Juillet. Les 27 et 28 dudit mois, il a pris part aux affaires qui ont eu lieu lesdits jours, et a même rapporté à la maison un sabre qu’il avait pris dans une attaque contre les Suisses, rue Mandar. Le lendemain, 29, le matin sur les huit heures, Charles Bougeard est sorti de la maison en m’annonçant qu’il allait à la Bourse pour se procurer un fusil et continuer à se battre. Vainement je l’ai attendu le soir, mais il n’est pas rentré et depuis ce temps je ne l’ai point revu. J’ai appris de M. Jouet, tailleur chez lequel il avait travaillé pendant deux mois, qu’il avait vu le même jour, 29, ledit Bougeard à la Bourse vers l’heure de midi et qu’ils en étaient partis ensemble pour aller attaquer l’ex-garde royale. Le jour où le sieur Bougeard a disparu il était vêtu d’une redingote bleue, d’un pantalon de la même couleur et coiffé d’un mauvais chapeau rond de feutre noir. » Sa déposition fut suivie de celle de Prévost, Charles, Henri, Théophile, né vers 1805, garçon tailleur, demeurant chez Malherbe, 102, rue Montmartre, et ainsi rédigée : « Je connaissais le sieur Bougeard pour avoir travaillé avec lui chez M. Malherbe. La déposition que ce dernier vient de vous faire est parfaitement exacte puisque les détails qu’elle contient sont à ma connaissance. Le 29 juillet au matin, j’ai prêté au sieur Bougeard une chemise de toile marquée à mon nom d’un T. et d’un P. Il voulait m’emmener avec lui pour combattre les troupes royales mais j’ai refusé. Il a quitté la maison pour aller à la Bourse chercher un fusil, ainsi que vous l’a dit M. Malherbe et je ne l’ai pas revu depuis. » Geret, François, Nicolas, né vers 1781, bottier, demeurant 19, rue de Viarmes, témoigna à son tour : « Le sieur Charles Bougeard faisait blanchir son linge par ma femme depuis trois ans et c’est ainsi que je le connaissais. Le 27 juillet dernier, il est venu chercher son linge, en annonçant l’intention de combattre les troupes royales. Le 28, sur les dix heures du matin, passant rue d’Orléans-Saint-Honoré, j’ai rencontré ledit Bougeard armé de deux pistolets, d’un sabre et d’un fusil. Il était accompagné d’un grand nombre de citoyens armés comme lui et qui ont pris diverses directions pour se battre. Ayant causé avec lui, il m’a répété le même propos qu’il m’avait tenu le 27 : c’est-à-dire qu’il allait tuer les ennemis de la Charte. L’ayant suivi rue Saint-Honoré, nous avons ensemble soutenu une charge de la garde royale qui débouchait par la rue des Poulies et celle du Coq. Mais ils ont été obligés de se replier sur le Louvre où nous les avons poursuivis. Il y a tout lieu de croire que Bougeard a été tué dans le trajet de la rue des Poulies à la rue du Coq par la rue Saint-Honoré car de cinquante à soixante que nous étions il ne nous restait que vingt-cinq hommes, les autres ayant péri dans cette fusillade. J’ai vu leurs cadavres étendus à terre le long de la rue Saint-Honoré. Etant repassé du même côté de midi à 1 heure, la plupart de ces cadavres avaient été enlevés pour être enterrés soit à Montmartre soit dans le caveau de l’église Saint-Eustache ; mais trop occupé de notre défense contre les troupes royales je n’ai pu vérifier si ledit Bougeard était parmi les morts. Cependant je puis affirmer qu’il n’a pas reparu depuis cette époque et que ses amis ni ses parents n’en ont plus entendu parler. » Un jugement en date du 1er juillet 1831 constata son décès. Autre éclaircissement sur les circonstances de son décès, la requête suivante auprès du juge de paix du (ancien) IIIe arrondissement par Jouet, Alphonse, Auguste, au sujet d’un différend qui l’opposa à un de ses clients au sujet d’une redingote que portait au moment d’être tué Bougeard. Cette requête était ainsi rédigée : « Alphonse, Auguste Jouet, ouvrier tailleur, demeurant à Paris, rue Joquelet n° 8, (ancien) IIIe arrondissement, a l’honneur de vous exposer que Charles Bougeard, ouvrier tailleur, demeurant alors dans un hôtel garni, rue des Vieilles-Etuves en face celle d’Orléans, travaillait chez l’exposant et l’aidait à confectionner des ouvrages qui lui étaient confiés par des maîtres tailleurs ; que le samedi 24 juillet dernier, le sieur Bougeard fut travailler de son état chez M. Malherbe, maître tailleur, rue Montmartre n° 102, qui l’avait demandé pour trois à quatre jours. Effectivement il y continua son ouvrage jusqu’au mardi 27 juillet dernier jusque vers midi. Ce fut à cette époque que ledit Bougeard envoya l’un des ouvriers de M. Malherbe demander chez moi une redingote ; il lui en fut envoyé une dont je ne suis pas le propriétaire. Il fut ensuite se joindre aux défenseurs de la liberté contre la tyrannie et le même jour (mardi 27 juillet), je le vis, sous les armes, au marché des Innocents près la rue Montmartre et il n’a pas reparu depuis. Cette redingote est de drap bleu, boutons de soie, collet de velours bleu. Le sieur Birot, loueur de voitures, demeurant rue Notre-Dame-des-Victoires près le boulanger, est propriétaire de cette redingote et en réclame le prix, qu’il fixe à quarante francs. Il serait malheureux pour moi d’être obligé de payer cet objet dont l’existence n’a cessé sûrement qu’avec la vie d’un citoyen mort pour la défense de son pays et comme moi-même j’ai été des volontaires qui ont porté les armes dans les journées de 27, 28 et 29 juillet dernier, je réclame d’être déchargé du paiement du prix de cette redingote réclamé par le sieur Birot. » La demande de Jouet était certifiée contenant de faits véritables par : Malherbe, Noël, tailleur ; Prévost, Théophile, ouvrier tailleur ; Gauteron, Pierre, perruquier-coiffeur ; Degand, Louis père (voir Degand, Louis), demeurant 8, rue Joquelet ; Degand, Jean fils aîné, demeurant 8, rue Joquelet ; Cabiro, Jean-Baptiste, principal locataire, demeurant 8, rue Joquelet. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il était le fils naturel de Bougeard, Julienne, née le 26 avril 1786 (par exemple dans son acte de baptême) (mais le 26 août 1786 in Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet) à Brutz (Ille-et-Vilaine), (elle-même fille de Bougeard, Sébastien, et de Boulliet, Anne, son épouse), blanchisseuse, qui l’avait reconnu à Rennes (Ille-et-Vilaine) et fut reconnu par son beau-père, Dutaut, Barthélemy, maître tailleur, né vers 1798, demeurant 93, rue des Petits-Champs en 1831, qui sera médaillé de Juillet (voir ce nom). Sa mère, Bougeard, Julienne, femme Dutaut, née le 26 avril 1786 à Brutz (Ille-et-Vilaine), fut pensionnée de deux cents francs et il lui fut accordé (sous le nom de Bougeard, Julienne, veuve Dutaud) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Le 7 février 1831, devant le maire du (ancien) IIIe arrondissement, avaient comparu : Ternus, Jacques, entrepreneur de peintures en bâtiment, demeurant 338, rue Saint-Honoré ; Bonny, Jean, limonadier, demeurant 9, rue du 29-Juillet. Ils avaient attesté que « madame Julie Boujard (sic), femme Dutaut, demeurant rue Neuve-des-Petits-Champs n° 93, est dans une position de fortune peu aisée ». Elle avait présenté le certificat médical suivant, signé le 2 février 1831 par le docteur Peudefer : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie avoir donné plusieurs fois des soins à la dame Julie Bougeard femme Dutaut, pour des rhumatismes articulaires qui l’empêchent de vaquer à aucune occupation. » Les époux Dutaut s’étaient mariés le 22 novembre 1825 à la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le nom de Bougeard (L.-C.-J. Bougeard) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille et sur les tables du Panthéon. Bougeard logeait chez son patron 102, rue Montmartre (mais dans un hôtel garni, rue des Vieilles-Etuves en face celle dOrléans in Archives de la préfecture de police AA 395) ; sa mère demeurait 93, rue Neuve-des-Petits-Champs en 1831. Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 94 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 17 ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Dutaut, Barthélemy ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IIIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (35 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives nationales F/1dIII/53 in dossier Desportes, Léon, Sever ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Thibault ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, ascendants (sous le nom de Bougeard, Julienne, veuve Dutaud) ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80 (sous le nom de Bougeart, Laurent, Charles, Jean), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Jouet, Alphonse, Auguste ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.

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