Boulanger, Emile, François

Biographie


Né le 21 août 1801 à Paris. Teneur de livres en 1848. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Le citoyen Boulanger, Emile, François, âgé de quarante-six ans, né à Paris et demeurant faubourg Saint-Martin, passage de l’Industrie n° 13, teneur de livres et aujourd’hui sans emploi, célibataire et ayant à sa charge sa mère malade âgée de soixante-dix ans vient déposer entre vos mains une note qui expose la part qu’il a prise en 1830 et pendant toute la durée du règne qui vient de finir, aux luttes qui ont eu lieu en faveur de la liberté. Il espère que cet exposé, appuyé de certificats qu’il possède vous décidera à l’admettre sur la liste des citoyens dont vous êtes appelés à juger les droits. Le citoyen Boulanger a consacré une partie de son existence aux travaux d’agriculture. Il pourrait être avantageusement employé dans l’administration des biens de l’ancienne liste civile, soit comme régisseur d’un domaine soit comme garde général d’une forêt, soit enfin dans une des fermes modèles qui s’organisent en France ou en Afrique. Il a été, d’un autre côté, en qualité de commis principal, dans une maison considérable de commerce pour les grains et farines, appelé à étudier tout ce qui se rattache à ce commerce. Pendant ce temps, il a préparé un travail signalant les abus que présente l’organisation actuelle de la halle aux farines. Il pense qu’il pourrait utilement remplir un poste de contrôleur dans l’administration des halles et marchés. Il a l’assurance que tous les renseignements que vous pourrez prendre sur lui, en ce qui concerne son patriotisme et sa probité lui seront favorables. » Sa lettre était apostillée par Moll, professeur au conservatoire des Arts et Métiers, cultivateur à Lespinasse (Vienne), qui attestait le connaître depuis longtemps et avoir pu apprécier « ses connaissances agricoles et son caractère honorable ». La note qu’il joignait à sa demande était ainsi rédigée, et dans laquelle il faisait état de sa participation aux combats de juillet 1830 : « Le 27 juillet 1830 à 6 heures du soir, à l’attaque du poste de la Bourse, occupé par la gendarmerie, je reçus dans mes bras le sergent fourrier Achille des sapeurs-pompiers accourus là avec leur pompe, pour préserver le bâtiment de la Bourse des atteintes du feu. Il venait de recevoir une balle dans le bras gauche. Je l’aidais à se transporter rue Vivienne chez un de ses amis. A 7 heures et demie, je me rendis chez ma grand-mère, rue Traversière-Saint-Honoré n° 33. Je trouve mon grand-père baigné dans son sang : il avait été frappé d’une balle qui lui avait traversé la gorge et occasionné une mort subite (voir Rose, François, Joseph). Il était à son balcon lorsqu’il fut atteint par la balle ennemie. Exaspéré par la vue du cadavre de mon vieux père, je m’élance dans la rue. J’appelle les citoyens aux armes et je commence le système de défense appelé les barricades. Le 28 au matin, je vais chercher mon frère, employé chez M. Ruffier, banquier. Nous rassemblons nos amis et le double sentiment de la vengeance et de l’indépendance du pays nous tient toute la journée sous les armes. Le 29, j’avais perdu mes amis de la veille. Les troupes occupaient encore le Louvre, le Palais-Royal, la rue de Rohan, les Tuileries. Je rencontre Fol et Gentil (aujourd’hui banquiers rue du sentier n° 10 (ou 15 ou 16) et quelques amis. Nous construisions la barricade de la rue Traversière quand on vint nous avertir que le poste de la butte des Moulins n’était pas encore désarmé. Je m’y rendis, toujours en compagnie de Fol et Gentil et d’autres patriotes. Nous parlementions avec le chef du poste pour éviter l’effusion de sang, quand un peloton de la garde nous lâche une décharge et nous force à regagner notre barricade. Enfin, il fallait en finir. Nous marchons sur les Tuileries. Nous sommes arrêtés un instant par le feu des Suisses retranchés dans les bâtiments de la liste civile. Chacun de nous brûle de pénétrer dans le château. Une échelle est appliquée à la croisée du pavillon de Marsan sur la rue de Rivoli. Je m’élance aussitôt, pistolet au poing, je casse un carreau, je fais sauter l’espagnolette, je suis dans le château. Nous rejoignons les citoyens entrés par le Carrousel et ceux entrés par le côté de l’eau. Tout était terminé, tout avait disparu devant le peuple vainqueur sur tous les points. Le duc d’Orléans devenu roi apprenant la mort de mon grand-père, envoya chez sa veuve un de ses aides de camp, pour lui faire ses compliments de condoléance et lui offrir de lui être agréable, soit pour elle soit pour un de ses enfants, lui faisant exprimer qu’il serait heureux de pouvoir lui rendre quelques services. Au procès des ministres, dans la compagnie de grenadiers à laquelle j’appartenais, VIe légion, j’avais formé un noyau d’hommes d’action devant agir de concert avec ceux des autres compagnies. Malheureusement celui qui nous avait donné la meilleure des républiques nous traqua, nous divisa tellement que, Cavaignac et Guinard ayant été enfermés dans le Louvre sans pouvoir agir, la conspiration échoua. En 1832, j’étais au convoi du général Lamarque, en uniforme de sergent-major de grenadiers. A la Bastille, nous fûmes chargés par des chasseurs qui tuèrent près de moi un jeune homme. Aidés du citoyen Bernouc, nous le transportons sous le pont d’Austerlitz. Je rentre chez moi pour quitter mon uniforme et rejoindre plusieurs patriotes (Cornu etc.). Nous faisons de puissants mais vains efforts pour faire de ce mouvement une révolution. Enfin, sentant la nécessité de resserrer les rangs des patriotes, Selme-Davenay et moi nous jetons les bases d’une grande et vaste association pour le triomphe des libertés républicaines et des droits de l’homme. Les Eugène Laffitte, Julien de Paris ou de Panis, Cuvillier, Sarrans jeune, Félix Desportes, Douchin nous prêtent leurs concours et plus tard Cornu, Courroux-Desprès (voir Couroux-Desprez, François, Michel), Bourote, Gautière, Fouignit et tant d’autres viennent grossir nos rangs. Ci-joint l’exposé des principes de notre société, l’argent dépensé pour elle et quelques autres circonstances n’ont pas peu contribué à amener la gêne dans nos affaires commerciales car j’étais alors commissionnaire en marchandises à Paris, 9, rue des Fontaines-du-Temple. Je n’en poursuivis pas moins mon prosélytisme tant à Paris qu’en province où j’avais des relations assez étendues. Tant d’efforts devaient m’amener les persécutions de la police. J’étais sur mes gardes, mes papiers bien serrés. Aussi quelques jours après les événements de juin 1832, je reçus la visite de deux commissaires de police, accompagnés de plusieurs agents. Ces messieurs étaient porteurs d’un mandat de perquisition, de saisie et d’amener s’il y avait lieu. Ma maison est fouillée de la cave au grenier ; tout est bouleversé dans mes armoires, secrétaires etc. Les papiers saisis chez moi et mon dossier doivent être à la préfecture, où l’on peut prendre d’amples renseignements et où sans doute je dois être signalé comme réunissant chez moi des patriotes dangereux, comme faisant une rude opposition au gouvernement nouveau, tant pendant les élections que dans toutes autres circonstances. En 1838, je fus forcé de liquider mes affaires. Mon associé m’enleva une somme de trente mille francs environ. Je payai tous mes créanciers et je mis mon industrie au service d’autrui. A cette époque, j’aurais pu profiter de l’offre faite à ma grand-mère par le roi Louis-Philippe, je n’en fis rien, je restai fidèle à mes convictions politiques et je continuai la guerre. De 1838 à 1848, j’ai continué mon opposition comme tous les autres. Le 23 février, j’étais à la prise de la caserne du faubourg Saint-Martin ; le 24, après avoir travaillé aux barricades du quartier Saint-Martin, porte Saint-Martin, je suis allé au National, pour demander de la poudre et des balles ainsi qu’un imprimé proclamant la république et la déchéance de Louis-Philippe d’Orléans, me chargeant de le placarder dans tout mon quartier. Il m’a été répondu qu’une réunion nombreuse avait eu lieu le matin et que la proclamation était à la correction. Je me suis donc retiré, n’ayant rien obtenu. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Moi, chef de bataillon, commandant le corps des sapeurs-pompiers de la Ville de Paris, certifie que le citoyen Emile Boulanger était le 27 juillet 1830 dans la soirée sur la place de la Bourse, au moment où je venais d’être frappé d’une balle au bras gauche, alors que la 2e compagnie casernée rue de la Paix et dans laquelle j’étais sergent fourrier venait d’arriver sur cette place, pour éteindre l’incendie qui dévorait le corps de garde des gendarmes. Je certifie en outre que ce brave citoyen a contribué à me transporter dans une maison de la rue Vivienne où j’ai passé la nuit et que ce n’est pas sans danger qu’il a accompli cet acte de dévouement qui lui fait tant d’honneur. » Signé, le 10 août 1848 : Perchon (illisible). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons qu’il est à notre connaissance que le citoyen Emile Boulanger, ancien négociant, a, depuis 1830, fait partie des principales associations politiques qui avaient pour but l’établissement du gouvernement républicain ; qu’en 1832, il fut le principal fondateur de l’une de ces associations, dite l’Union, dont nous avons fait partie avec lui ainsi que les citoyens Jean-Baptiste Laffitte, Cornu et autres notabilités ; qu’il dépensa une partie de sa fortune à cette œuvre patriotique, qui lui attira la haine des partisans de la monarchie et l’exposa aux persécutions de la police. Les papiers de l’association, saisis chez lui, doivent se trouver encore dans les archives de la préfecture. Nous certifions que le citoyen Emile Boulanger a été, pendant dix-huit ans, un des adversaires les plus actifs et les plus intelligents du système déplorable qui pesait sur la France et qu’il est digne à tous égards des récompenses que la république réserve à ceux qui ont depuis si longtemps combattu pour elle. » Signé, le 21 juillet 1848 : Bernond, négociant, demeurant 42, rue du Temple ; Jullien de Paris, demeurant 23 bis, rue du Rocher ; Despostes illisible, Félix, demeurant 6, rue Laffitte ; …ouvon, décoré de Juillet, demeurant 47, rue des Martyrs ; Couroux-Desprez (voir Couroux-Desprez, François, Michel). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Emile Boulanger était le 23 février à la prise de la caserne du faubourg Saint-Martin et que nous l’avons vu, armé, les 23 et 24 exciter les citoyens à la défense de nos droits, après avoir travaillé aux barricades de la porte Saint-Martin. Signé, le 15 juillet 1848 : Cuny illisible, grenadier à la 5e compagnie du 1er bataillon, demeurant 18, passage Brady ; Libert, J.-F., officier de musique à la VIIIe légion, demeurant 19, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Cassin ou Tassin ou Passin, Victor, chasseur au 4e bataillon de la Ve légion, demeurant 50, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Naude, garde national à la 3e compagnie du 1er bataillon de la Ve légion. Un peu plus tard, comme la Commission des récompenses nationales lui demandait de préciser l’emploi qu’il sollicitait, il répondit à la Commission qu’un poste d’inspecteur de la colonisation en Afrique lui conviendrait tout à fait. Il fut proposé par la Commission pour le signe honorifique qui devait être institué pour commémorer la Révolution de Février et pour un poste d’inspecteur de la colonisation. Il demeurait 13, passage de l’Industrie dans le faubourg Saint-Martin en 1848. Archives de la préfecture de police AA 374.

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