Boulet, Jean-François, Julien

Biographie


Né le 22 janvier 1793 à Paris. Professeur d’escrime. Il sollicita, dès 1827 la décoration de la Légion d’honneur, sous l’identité de Martin dit Boulet, Jean-François, Julien (ou encore Boulay, Jean-François, Julien), professeur d’escrime des écoles royales. Il présentait ainsi les droits qu’il avait à une telle décoration : « […] Elle m’avait été accordée dans les Cent-Jours, dont la mémoire serait funeste s’ils n’eussent affermi la légitimité, mon obéissance à cette époque ne sera point mal interprétée puisque je n’étais que sous-officier au 1er régiment des lanciers du roi et par conséquent contraint de marcher malgré ma répugnance. Sire, pour vous demander le signe des braves, voilà mes titres. Mon grand-père et mon père sont morts au service de votre illustre famille. Je n’avais pas quatorze ans quand l’auteur de mes jours a expiré dans mes bras à Saint-Domingue ; mes cinq frères ont aussi été moissonnés au champ d’honneur, et moi j’ai langui huit années dans les prisons d’Angleterre, d’où je n’ai été tiré que par votre heureux retour en France. Sire, je vous dois la liberté, que je vous doive encore l’illustration ! et par l’enseignement de mon art je tâcherai toujours de contribuer à former de bons sujets à Votre Majesté. » La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « L’un des professeurs d’escrime les plus distingués de la capitale, et grenadier de la VIe légion, a été un des premiers à saisir ses armes pour la défense de la cause commune. Ce brave, père de cinq enfants, s’est trouvé au feu dans plusieurs engagements sur les boulevards, rue Montmartre et place de Grève, où il a combattu aux côtés des élèves de l’Ecole polytechnique. On a entendu plusieurs fois M. Boulet encourager le tambour Chaillard à battre la charge dans les instants où le feu était le plus vif. » Son nom est cité dans le manuscrit de Victor Crochon « parmi les noms qui se sont illustrés dans cette journée [28 juillet] en combattant avec tant d’intrépidité les troupes nombreuses réunies sur la place de Grève » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il signa, le 29 août 1831, avec Schwaertzel, Jérôme (voir ce nom), Bourgeois, Jean-Pierre (voir ce nom) et Jacquin, François, Thérèse, Justin (voir ce nom) le certificat suivant en faveur de Burtin, Louis : « Nous, soussignés, chacun pour ce qui est à sa parfaite connaissance, certifions que le sieur Louis Burtin, bourrelier, a tenu dans les glorieuses journées de Juillet une conduite pleine de courage et de dévouement ; que dès le 27, étant sorti en armes, il s’est rendu porte Saint-Martin, où il a combattu avec résolution et persévérance jusqu’à ce que la nuit et la fatigue aient contraint les soldats de la garnison à se retirer dans leurs quartiers ; que le 28 il s’est porté sur la place de l’Hôtel de ville, où il s’est réuni à tant d’autres braves, avec lesquels il a fait triompher sur ce point important la cause de la liberté ; que le 29 il est encore allé chercher les plus grands dangers dans la rue de Richelieu et au coin de celle de Rohan, où les combats ont été des plus meurtriers ; que le 30 il a, malgré sa lassitude, marché des premiers sur Saint-Cloud, contre la garde royale, qu’il a combattue et qu’il y a fait planter le drapeau tricolore ainsi qu’à Ville-d’Avray et à Versailles ; qu’enfin il a, dans tout le cours de l’immortelle révolution, joint à l’énergie du patriotisme la modération et l’humanité qui distinguent un cœur vraiment français. » Il signa, le 3 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Mennecier, Georges, et qui nous donne sans doute un aperçu de sa propre participation aux combats : « Détails de la journée du 28 juillet 1830 pour s’emparer du poste du Château-d’eau. A 10 heures et demie, le nommé Chaillard, Pierre, Alexis (voir ce nom), ayant servi huit années en qualité de tambour au 58e régiment de ligne, passé au 2e régiment, 2e bataillon, 4e compagnie de la vieille garde impériale et depuis 1816 n’a cessé d’exercer les fonctions de tambour dans la 3e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion de la garde nationale jusqu’à son licenciement par l’ex-roi Charles X. Lors des troubles du 28 juillet, qui s’effectuaient rue Saint-Martin, ledit Chaillard, de son plein gré et dévouement à la patrie, sans aucun commandement, se présenta à la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Aussitôt, il se saisit d’une caisse, que le hasard lui fait trouver et qu’il s’attache au col avec une corde. Il bat le rappel. Les dignes gardes nationaux dudit quartier, entendant le son du tambour, se sont empressés, tant en uniforme qu’en bourgeois, en armes de se réunir et se trouvèrent au nombre de dix. Peu à peu la compagnie se grossit. L’état-major arrive et donne l’ordre à ces braves de se rendre cour Batave et de se mettre sous les armes ; là, une centaine d’hommes, en uniformes, était appuyée de deux cent cinquante environ, armés de sabres, de pistolets, et là l’on attendait des ordres supérieurs ; quand tout à coup il s’est présenté plusieurs inconnus, qui ont délivré des cartouches, dont on fit le partage. A l’instant arrive un officier supérieur, qui donne l’ordre de se rendre rue Saint-Martin pour se saisir du poste du (ancien) VIe arrondissement, où montaient les pompiers, ainsi que celui du Château d’eau, poste très important. De suite, ces braves se rendirent à la mairie pour s’emparer dudit poste, qui fut rendu sur-le-champ par les pompiers qui y faisaient le service et accueillirent parfaitement ces gardes nationaux, en leur serrant la main, en criant Vive la garde nationale ! Après y avoir laissé les hommes nécessaires pour le garder, le tambour Chaillard conduisit le reste de sa compagnie, tambour battant, sur le boulevard en face le théâtre de la porte Saint-Martin et l’on se mit en ordre de bataille. Le capitaine dit à ses soldats qu’il y avait une centaine d’hommes du 53e régiment de ligne appuyée par un fort piquet du 1er régiment de cuirassiers et qu’il fallait aviser du moyen d’épargner le sang des braves, tant pour la garde nationale que pour ces militaires. Aussitôt il demande un homme de bonne volonté pour marcher à eux en parlementaire. Bientôt une voix sort des rangs et dit que c’est au caporal Mennecier à y aller comme le plus ancien de la compagnie. Ledit caporal se présente à l’instant même à son chef, qui lui enjoint de remettre son fusil à son camarade et lui demande s’il n’a pas un mouchoir blanc. Le brave caporal répond que oui. Eh bien ! dit le capitaine, allez trouver le commandant du poste et dites-lui que nous avons lordre supérieur de nous en emparer pour le repos et la tranquillité publique et que comme nous désirons autant que possible épargner le sang français, quil veuille bien acquiescer à notre demande. Après avoir reçu ces instructions, le caporal Mennecier partit en faisant flotter son mouchoir, en signe parlementaire, et parvint à la gauche du peloton de ligne. Le capitaine lui demanda ce qu’il désirait ? Il répondit qu’il avait ordre de parler au colonel. Ce premier le fit passer à droite et il parvint jusqu’à lui. Il lui dit qu’il était envoyé par ses chefs pour le prier de céder le poste qu’ils occupaient, pour le bien et la sûreté publiques. Le colonel répondit au parlementaire Si nous avions la faiblesse de nous rendre, quand vous serez maîtres du poste qui me répondra que vous ne ferez pas comme vous avez fait aux gendarmes ? Vous les avez désarmés et vous leur avez foutu des coups ! (propres expressions du colonel du 1er régiment de cuirassiers). Le parlementaire dit et jura sur l’honneur de la garde nationale que l’on ne les désarmerait pas et que ce noble garant devait lui suffire. Lorsque le colonel répliqua qu’il ne connaissait plus la garde nationale, qu’elle était licenciée, le brave caporal [répondit] Oui, Colonel, elle a été licenciée injustement mais jamais elle na été déshonorée... A ces mots énergiques, le colonel parla à ses officiers et se tournant vers le parlementaire, lui dit Jy consens, allez chercher deux de vos officiers supérieurs et de suite nous vous rendons le poste (il devait être 1 heure et demie). Aussitôt le parlementaire se retira en faisant flotter son mouchoir et longeant vers la gauche du boulevard pour retourner vers les siens. A peine avait-il fait cinquante ou soixante pas qu’ils firent un feu de peloton sur lui et sur sa compagnie, dont ils eurent quatre hommes tués au premier rang et six de blessés, y compris le caporal Simon (voir ce nom), ancien militaire, qui reçut un coup de feu au bras gauche. Sitôt et sans attendre la réponse de son parlementaire, le capitaine fit battre en retraite toute sa compagnie jusqu’à la porte Saint-Denis. Là, on se mit en bataille et l’on chargea en avant sur ledit post du Château d’eau. Les cuirassiers s’apercevant d’une marche aussi précipitée firent une charge sur eux, le pistolet au poing. Voyant qu’ils pourraient enfoncer les rangs, les gardes nationaux se débandèrent et s’emparèrent chacun d’un arbre, pour se battre en tirailleurs, ce qu’ils exécutèrent avec beaucoup de succès car les cuirassiers, voyant qu’il n’y avait plus moyen de leur résister, firent volte-face et se sauvèrent par la rue du Temple, en laissant une dizaine des leurs hors de combat. Dès lors, l’on se réunit de nouveau pour marcher en avant sur le peloton du 53e, qui était encore maître du poste. Mais, se voyant abandonner par les cuirassiers, ils firent signe de cesser la fusillade et qu’ils allaient se rendre à discrétion. Ce que nous avons fait sur-le-champ. Ces militaires nous ont remis leurs armes et nous sommes restés maîtres du poste et du champ de bataille. Nous pouvons évaluer notre perte à une vingtaine de tués et autant de blessés. » Il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs en 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. Il reçut, en tant que décoré non blessé et nécessiteux, un secours de vingt-cinq francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1850 et en 1851 (mais cinquante francs en 1851 in Archives de la préfecture de police AA 369, minutes 194-199) et en 1852à titre de décoré de la Croix de Juillet. Le 4 septembre 1870, alors âgé de quatre-vingt-un an, « sans ressources et incapable de travailler », il renouvelait la demande qu’il avait faite le 25 août précédent, afin d’obtenir un secours, que, précisait-il, « j’ai touché tous les ans à pareille époque ». Le 26 février 1871, il renouvelait sa demande de secours. Il demeurait 39, rue Traversière-Saint-Honoré en 1827-1829 ; 12, rue Favard en 1829 ; 255, rue Saint-Martin (mais 253, rue Saint-Martin in Archives nationales F/1dIII/35 B et deux fois in Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI etc.) en 1831 ; 66, rue de Romainville à Belleville en 1850-1851 ; 50, bd des Couronnes à Belleville en 1851-1852 ; 72, rue Haxo en 1870-1871. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 355 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 101-102 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 84 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIe arrondissement ; Archives de Paris AP VD6 356 n° 5 ; Archives de Paris VD 6 356 n° 6, Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont pris part aux gratifications accordées à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet en 1831, 1833, 1834, 1835, 1836 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Etat des sommes payées par la Commission des récompenses nationales aux sous-lieutenants et aux décorés non blessés pour l’anniversaire de juillet 1830 du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, idem Souscription nationale, secours accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet aux décorés de la croix ou de la médaille, non blessés et nécessiteux, lettre de M. le préfet du 25 juillet 1831 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/M/5 Récompenses honorifiques ; Archives nationales F/15/3782 ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104, idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116, idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à 139 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.125 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 238-242, en date du 23 septembre 1852 ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Burtin, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 402 in dossier Mennecier, Georges.

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