Bousquet de Rouveix, Elie
Biographie
Né le 6 vendémiaire an VIII à Nadaillac (Dordogne), fils de Bousquet, François, Léonard, homme de loi (lui-même né aussi à Nadaillac fils de Bousquet, Pierre et de Camon, Marguerite), et de Navet, Marie, Charlotte (elle-même fille de Navet, Charles, François et de Brant, Marie, Hélène ou Brault, Marie, Hélène), son épouse. Ancien brigadier au régiment des dragons de la garde royale. Commis-voyageur en vins. Il sortit de son domicile, armé de pistolets et d’un poignard, pour aller combattre. Le 28 juillet, rue des Vieilles-Etuves, il reçut un coup de feu dans les reins, qui lui brisa la colonne vertébrale et un autre dans la tête. Transporté à l’ambulance, installée dans la pharmacie de M. Cadet-Caussicourt, 108, rue Saint-Honoré, il ne survécut que deux heures. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. On trouve dans son dossier le certificat médical suivant : « Je, soussigné, certifie que le sieur Elie Bousquet, commis voyageur en vins, a été reçu dans l’ambulance établie rue Saint-Honoré chez M. Cadet de Gassicourt (voir Cadet de Gassicourt, Charles, Louis, Félix) et qu’il y est décédé à la suite d’une blessure reçue à la tête dans la journée du 28 juillet 1830. » Signé, le 19 avril 1831 : Capelle, pharmacien, demeurant 108, rue Saint-Honoré ; Coutard (voir Coutard, Jacques, Nicolas), médecin, qui ajoutait : « Je, soussigné, médecin, atteste ce que dessus et de plus que ce blessé avait reçu un coup de feu dans le milieu des reins avec brisement de la colonne vertébrale et qu’il ne survécut qu’environ deux heures à l’ambulance de la rue Saint-Honoré n° 108. » Le 20 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Tassin, Charles, Etienne, bijoutier, demeurant 52, passage Brady ; Fortin, Louis, Dominique, Ferdinand, commis, demeurant 30 bis, rue Saint-Sauveur ; Detot, François, marchand de vin, demeurant 52, passage Brady. Ils attestèrent « pour vérité et notoriété publique avoir parfaitement connu le sieur Elie Bousquet de Rouveix […] et savoir que le 28 juillet dernier il est sorti de son domicile armé de pistolets et d’un poignard pour combattre pour la liberté ; et que dans la rue des Vieilles-Etuves, il reçut, ledit jour, un coup de feu dans les reins, qui lui brisa la colonne vertébrale ; que transporté à l’ambulance il y mourut deux heures après de cette blessure ». De la même manière, le 20 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Demange, Emmanuel, domestique, demeurant 13, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice ; Kielman, Gérard, restaurateur, demeurant 13, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice ; Detot, François, courtier en vins, demeurant 52, passage Brady. Ils attestèrent que Bousquet de Rouveix « a été blessé le 27 juillet 1830 (sic), en combattant rue Saint-Honoré et est mort deux heures après d’un coup de feu reçu dans la tête (sic) ». Sa mère, Navet, Marie, Augustine, veuve Bousquet, née le 2 novembre 1770 dans son acte de baptême (et aussi le 2 novembre 1770 in Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet ; parfois le 2 décembre 1770) à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), fut pensionnée de deux cents francs et reçut de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Elle était porteuse d’un certificat médical qui attestait qu’elle souffrait d’une ankylose complète du poignet droit et d’un autre certificat attestant qu’elle n’était point imposée au rôle général de la commune de Brive. Son mari était mort le 6 août 1822 à Brive (Corrèze) ; il était alors avocat. La mère donna, en 1831, procuration à son fils Louis, demeurant 66, rue de Seine, pour toucher en son nom toute somme lui revenant de la part de la Commission des récompenses nationales ou de la Commission de la souscription nationale. L’enfant de Bousquet est inscrit comme ayant reçu un secours de quatre-vingts francs, en août et de la même somme en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le versement d’une pension d’orpheline à sa fille, Elisa Angélique, née le 25 juin 1830 à Paris (par exemple dans son acte de naissance ; parfois le 10 juin 1830), fut l’objet en tout cas d’un grave différent entre la famille de Bousquet et son ex-concubine Etienne, Angélique, Palmire. Angélique Etienne prétendait vivre avec Bousquet depuis six ans : « Mariée de trop bonne heure pour avoir pu choisir moi-même, j’eus bientôt le malheur de voir mon ménage divisé ; abandonnée de mon mari, je me liais alors avec le sieur Elie Bousquet de Rouveix, qui m’aida à supporter la misère dont cet abandon m’environnait ; dès lors aussi je lui consacrais mon existence. » Au retour d’un voyage qu’ils firent tous deux en Afrique et au Brésil, naissait une fille, que Bousquet reconnut à la mairie. Les renseignements de police indiquaient qu’Etienne, Palmire était mariée légitimement depuis 1819 avec Gramet, concierge des caveaux du Panthéon et qui remplaçait à ce poste Etienne, le père de Palmire, mort vers 1822 « par suite des chagrins que lui a occasionnés la conduite de sa fille ». Elle avait eu deux enfants avec Gramet, dont le plus jeune était né vers 1821, et qui furent élevés par le père depuis le départ de la mère. Gramet demeurait rue de l’Estrapade, au coin de la rue d’Ulm, et voyait de temps en temps Palmire, ce qui selon ces renseignements « ne peut donner qu’une mince opinion de sa conduite à lui-même ». « Tous les moyens possibles ont été employés pour la faire renoncer au libertinage auquel elle s’était livrée depuis son mariage, pour se venger, dit-elle, des infidélités de son mari ; à la vérité celui-ci vit encore avec une femme qui fait son ménage et qui a été sa première inclination. Les parents de la femme Gramet lui avaient, lorsqu’elle eut quitté son mari, pour tâcher de la retirer du vice où elle était plongée, fourni les moyens d’ouvrir et garnir une boutique rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, mais le fonds fut bientôt dissipé. » Vers 1831, elle alla demeurer 52, passage Brady, 2e étage, avec le sieur, Détot, François (né vers 1806, témoin sur l’acte de naissance d’Elisa, et sur celui du décès de Bousquet et demeurant 27, rue Neuve-Saint-Laurent en 1830), commis marchand de vins, cousin de Bousquet et « bien mauvais sujet ». Là, « elle s’occupait à faire des faux cols, ou pour parler plus juste elle ne s’occupait à rien ». Les deux partirent sans payer leur loyer et la propriétaire les fit rechercher inutilement à la nouvelle adresse qu’ils avaient donnée. La préfecture de police recueillit sur Etienne, Palmyre, Angélique (sic), les renseignements suivants : « La demoiselle a depuis huit mois abandonné l’appartement qu’elle occupait rue Cardinal, n° 4 ; elle demeure depuis et maintenant encore passage Brady n° 52, faubourg Saint-Denis. Cette demoiselle a logé trop peu de temps rue Cardinal pour qu’on ait eu le temps de la bien connaître ; elle y demeurait seulement depuis quatre mois et n’avait pas eu des domiciles antérieurs à Paris puisqu’elle prétendait alors arriver avec Bouquet de Rouveix, ex-garde royal, et venir du Brésil. Il est exact qu’elle est restée chargée d’un enfant du sexe féminin, âgé aujourd’hui d’un an. Bouquet de Rouveix s’occupait à faire le courtage sur les vins ; cette industrie lui procurait des ressources suffisantes pour sa compagne et lui-même. Cette dernière se trouve réduite depuis au faible gain que lui procure son travail sur des cols. Il paraît toutefois que son sort va s’améliorer, on dit qu’elle a donné depuis peu un successeur à Bouquet. On n’a pas à se plaindre jusqu’à présent de sa moralité. On dit qu’elle vivait depuis trois ans avec le défunt. » La mère et les frères de Bousquet engagèrent une procédure pour contester la paternité ; le jugement trancha que la jeune Elisa ne pouvait être considérée comme issue du mariage de Gramet et d’Etienne, ne modifia pas son état civil mais la procédure réussit à entraver la demande de pension d’orpheline. La fille ne reçut qu’une somme de mille francs une fois donnés ; elle est inscrite (sous le nom de Bousquet, Elisa, Angélique) comme ayant reçu de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes, comme cas exceptionnel d’orphelins ; Angélique Bousquet apparaît aussi pour une somme de six cent soixante-douze francs et quatre-vingts centimes donnés par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; une autre fois pour quarante et un francs et soixante-six centimes. L’ex-concubine de Bousquet ne fut pas pensionnée comme veuve et sollicita, sans succès (et pourtant in Archives de Paris VD6 559 il est dit qu’il fut accordé à sa concubine un secours de mille francs auprès de la mairie du [ancien] Xe arrondissement), une indemnité exceptionnelle de la part de la Commission de souscription nationale ; elle apparaît dans les fiches de la mairie du (ancien) Xe arrondissement comme domestique chez M. Detaud, chaussée du Maine, maison du télégraphe. La mère, la veuve Bousquet fut pensionnée comme ascendante d’une victime de Juillet. En 1848, la mère et la fille tentèrent un nouveau recours devant la nouvelle Commission des récompenses nationales. Elisa était ouvrière lingère et demeurait avec sa mère 358, rue Saint-Jacques. Cette commission jugea que la mère avait droit à une pension de trois cents francs, et la fille, jugée très honnête, à un petit emploi dans une lingerie nationale. En 1849, les renseignements de police indiquaient : « Mlle Bousquet, Elisa, ouvrière, âgée de dix-huit ans, demeure avec sa mère chez M. Détot, son tuteur, rue du Port-Royal-Saint-Jacques, n° 16. La position de fortune de ces trois personnes est fort précaire, et de plus M. Détot est madame Bousquet sont malades. C’est la demoiselle Bousquet qui leur donne des soins à tous deux ; elle ne peut par conséquent travailler. […] Bons renseignements sur ces trois personnes. » L’acte de décès de Bousquet ayant été établi le 28 octobre 1830, pour constater le décès du 28 juillet 1830, une information du ministère de l’Intérieur indiqua, avec une navrante incompétence, vers 1850 : « La demoiselle Bousquet Elisa se dit orpheline de juillet 1830. La commission des récompenses nationales de cette époque a rejeté ses demandes de secours. En effet, son père est décédé le 28 octobre et non pas le 28 juillet 1830 comme elle l’annonce. Rien n’indique si c’était par suite de blessures. Sa fille ose affirmer qu’il a succombé le 28 juillet deux heures après avoir été frappé d’une balle. Cette femme a trompé la commission des condamnés politiques qui a fait accorder en 1849 un secours mensuel de vingt francs du 1er janvier 1849 au 1er mai 1850. La demoiselle Bousquet ne peut être considérée ni comme fille d’un condamné politique ni comme orpheline de Juillet. » Le résultat de cette incompétence fut que le secours de vingt francs que recevait Elisa tous les mois fut aussitôt et irrémédiablement supprimé. Le décès de Bousquet comme combattant de Juillet n’était pourtant contesté par personne, ni par sa famille, ni par le tribunal qui jugea sur la paternité (ni par l’inscription sur la colonne de Juillet). Le nom de Bousquet (E. Bousquet) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille et sur les tables du Panthéon. Bousquet de Rouveix demeurait 4, rue du Cardinal quartier Saint-Germain en 1830 ; sa mère, à Brive (Corrèze) en 1831. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 9 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 9 ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 105 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants (sous le nom de veuve Bousquet, née Navet, Marie, Marguerite) auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement, p. 108, liste nominative des cas exceptionnels d’orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement, p. 109 ; Archives de Paris VD6 559 (où il est dit qu’il fut accordé à sa concubine un secours de mille francs auprès de la mairie du Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des ascendants dont les bulletins individuels ont été remis le 30 décembre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, idem dossiers individuels, idem instructions préfectorales, cas exceptionnels, idem Citoyens dont les noms sont inscrits au Panthéon ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/33, demandes soumises à la décision de la Commission des récompenses nationales, non encore justifiées à l’époque du 20 octobre 1831 (où l’enfant est dit adultérin) et aussi relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement (l’orpheline Angélique est citée deux fois) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (35 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives nationales F/1dIII/57 in dossier Gramet ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Bousquet, Elie) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, ascendants (sous le nom de veuve Bousquet, née Navet, Marie, Marguerite), et cas exceptionnels d’orphelins ; Archives nationales F/9/1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80 (sous le nom de Bousquet, Elie), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841. Bousquet avait deux frères : Louis et Alphonse, Victor, étudiant en droit, demeurant tous deux 66, rue de Seine en 1831.