Boutevillain, dit Grandpré, Victor, Jean-François

Biographie


Né le 15 juillet 1793 à Craon (Mayenne), fils « d’une des victimes tombées sous le fer des Vendéens au combat de Craon, le 28 octobre 1793 » (aussi ailleurs « fusillé par les Vendéens »). Elève de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons et de Beaupréau. Il servit comme soldat artilleur durant quatre années, rappelé comme conscrit en 1812, il fut incorporé dans la 9e compagnie d’artillerie le 20 mai 1813 et fait sergent le 1er juillet suivant ; il fit la campagne de 1814 devant Genève et au fort de Barreaux, avant d’entrer dans les douanes. Une copie d’une attestation délivrée en 1830, à en-tête de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, ainsi rédigée, nous donne les indications biographiques suivantes sur ses années d’étude : « Ecole impériale d’arts et métiers, Beaupréau le 5 avril 1813. Le proviseur de l’école, soussigné, certifie que le nommé Boutevilain (dit Grandpré) est entré dans la susdite école en qualité d’élève du gouvernement le 30 avril et qu’il y est resté jusqu’à ce jour 5 avril 1813, époque à laquelle il en est sorti pour entrer dans la 9e compagnie d’ouvriers d’artillerie, où il a été placé par M. le directeur de la Conscription comme étant conscrit rappelé de 1812. Certifie en outre que pendant tout le temps que ce jeune homme est resté à l’école il n’a cessé de s’y conduire parfaitement bien, qu’il a suivi avec assez d’assiduité et quelques soins les classes de grammaire française, d’éléments de mathématiques et de dessin ; qu’il s’est particulièrement distingué dans l’atelier de l’ajustage, où il a successivement mérité et obtenu le grade de caporal et de sergent de cet atelier, qu’en cette qualité il a remplacé pendant cinq mois le chef absent, à la satisfaction du soussigné. En foi de quoi lui délivre le présent pour lui servir et valoir ce que de raison. […]. » Il était porteur d’un autre certificat, ainsi rédigé : « Moi, soussigné, Verchère de la Teffie, lieutenant de vaisseau, second à bord de la frégate la Méduse, certifie que, le 4 septembre 1815, le sieur Boutevillain, dit Grandpré, préposé des douanes, se trouvant de service au chenal de la mâture, s’étant aperçu qu’un caporal faisant partie de la garnison de ladite Méduse, était tombé à la mer et ne reparaissait pas, se jeta dans le chenal et, après plusieurs tentatives, parvint à retirer ce malheureux. Le courage et de dévouement qu’à montrés le sieur Boutevillain méritaient d’être connus de ses chefs et d’attirer sur lui leur bienveillance. Elle fut puissamment sollicitée par M. Pomet, capitaine de la frégate, commandant alors la Méduse, qui non seulement en fit son rapport à M. le préfet maritime mais encore à M. l’inspecteur des douanes. Il m’est agréable de donner à ce jeune homme l’attestation qu’il réclame et je désire ardemment qu’elle puisse lui servir favorablement à son avancement. » Signé, à Rochefort le 13 mai 1816 : Verchère de Reffye, lieutenant de vaisseau, commandant le brick du roi l’Epervier. Une autre copie d’une attestation délivrée, à en-tête de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, est ainsi rédigée : « Ministère de la Marine et des Colonies. Paris le 2 juillet 1818. Je ne puis qu’applaudir, Monsieur, au courage et au dévouement dont vous avez fait preuve en 1815, en sauvant un homme de la frégate la Méduse, qui était tombé à la mer. Ce fait m’est confirmé par un nouveau certificat qui m’a été transmis par M. l’intendant de la marine à Rochefort, et je vous annonce avec plaisir que je viens de vous recommander à la bienveillance et à l’intérêt de M. le directeur général des Douanes. Je vous renvoie, ci-joint le certificat qui accompagnait votre lettre et qu’il vous sera sans doute agréable de conserver. J’ai l’honneur de vous saluer, le pair de France, ministre secrétaire d’Etat de la Marine et des Colonies, comte Molé. » Il fut par la suite lieutenant des douanes à La Rochelle puis employé comme modéliste dans l’arsenal de Rochefort du 21 septembre 1818 au 31 décembre 1822 (et ailleurs jusqu’en 1825). Rentré dans la vie civile, décoré du Lys, il fut d’abord bimbelotier puis marchand de vins (mais fumiste sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il donnait les indications suivantes sur sa participation aux combats de Juillet : « […] Il a pris les armes et a contribué au succès de notre belle cause, le 29 par son courage et sa fermeté il empêcha le pillage de la Chancellerie de France, où il était chef de poste ; […] depuis jusqu’au 31 inclusivement il a fait le service le plus assidu au poste de la Bourse et […] y a été chargé de missions importantes, qu’il a remplies à la satisfaction du commandant des forces réunies, qui lui a donné son attestation [absente du dossier, N.D.A.] […]. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement (sous le nom de Boutevilain, Antoine sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et surtout in Archives nationales F/1dIII/39). Il reçut une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs en 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. Il reçut, en tant que décoré non blessé et nécessiteux, un secours de vingt-cinq francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. En 1832, il demanda au ministre de l’Intérieur le renvoi des pièces qu’il avait déposées à la Société des réclamants de Juillet, sise rue Bourg-Labbé, et qui avaient été saisies par le préfet de police. Il était sergent à la 2e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion. En 1848, il était bimbelotier et participa à la Révolution de février. Il sollicita auprès de la Commission des récompenses nationales un emploi, ayant « épuisé toutes ses économies » et manquant de travail depuis la Révolution de Février ; il demandait soit une place de garde chef dans les forêts de l’Etat ou du domaine privé, soit aussi de gardien ou surveillant dans les halles ou marchés de Paris, soit de brigadier dans les gardiens de Paris, soit de surveillant aux Champs-Elysées. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants de la rue Royale-Saint-Martin, certifions pour vérité à qui il appartiendra connaître parfaitement M. Boutevilain, Jean-François, dit Grandpré, bimbelotier, demeurant à Paris, rue Royale-Saint-Martin, n° 21, et savoir que le 24 février dernier, n’ayant pas de munitions ni chez nous ni chez lui, il partit dès le matin pour se rendre à son pied-à-terre à Aulnay dit Bondy (Seine-et-Oise) pour y en aller chercher et revenir à la défense de nos libertés ; certifions en outre et affirmons qu’il en a rapportées et en a distribuées à divers gardes nationaux et autres citoyens. Il avait déjà combattu la veille le 23. » Signé le 23 mars 1848 : Travault, demeurant 23, Royale-Saint-Martin ; Martin, demeurant 15, Royale-Saint-Martin ; Devove aîné, demeurant 21, Royale-Saint-Martin ; Lemaire, demeurant 21, Royale-Saint-Martin ; Blaize, demeurant 23, Royale-Saint-Martin ; Hourtoulle, demeurant 24, Royale-Saint-Martin ; Sager illisible, demeurant 21, Royale-Saint-Martin ; Lely, demeurant 23, Royale-Saint-Martin ; Charbonnier, demeurant 15, Royale-Saint-Martin ; Lemercier, aîné, demeurant 20, Royale-Saint-Martin ; Dard, demeurant 24, Royale-Saint-Martin ; Roger, demeurant 26, Royale-Saint-Martin ; Lorrain, demeurant 26, Royale-Saint-Martin ; Boudin, demeurant 21, Royale-Saint-Martin. Il faisait état aussi de s’être distingué « notamment à l’affaire des 15 et 16 mai, où il fut blessé en faisant le 16 au matin dans le passage Molière la recherche des insurgés ». Il était, à ce titre, porteur des deux certificats suivant. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Boutevillain, dit Grandpré, a participé à la perquisition qui s’est faite le 16 mai . à 4 heures du matin au passage Molière. Nous sortions de l’état-major, place du Carrousel où nous avions passé la nuit pour le service de vingt-quatre heures. » Signé, le 8 août 1848 : Roche (voir Roche, Maurice, Geoffroy), décoré de la Croix de Juillet, demeurant 38, rue de la République. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Boutevillain, dit Grandpré, le matin du 16 mai sur les 4 heures, s’est présenté chez moi pour perquisitionner d’après les événements survenus dans le passage Molière et qu’en descendant de sa perquisition, s’est blessé avec son pistolet au bas de l’escalier. » Signé : Letant, ferblantier demeurant 60, rue Quincampoix et passage Molière, escalier E, n° 12 ; Milot, demeurant passage Molière ; Fayo… illisible ; Lempereur ; Dutriez, E. ; Lévy, capitaine à la 5e compagnie du 4e bataillon de la VIe légion ; Cabade, pharmacien, rue Saint-Martin, qui lui fit le premier pansement. Il présentait aussi une liste de vingt-neuf personnes qui reçurent un fusil et dix-neuf paquets de cartouches de sa part, pendant la Révolution de Février. A savoir : Caraquin, demeurant 11, rue Martel ; Mayer, demeurant 44, rue de la Fontaine-Molière ; Riberot, demeurant 6, rue Constantine ; Jacob, demeurant 29, rue des Moineaux ; Chevrier, demeurant 6, rue Caumartin ; Augé, demeurant 15, rue Laffitte ; Montagne, demeurant 44 bis, rue Sainte-Anne ; Catel, demeurant 1, rue Florentine ; Caron (voir Caron, Pierre, Nicolas), demeurant 4, impasse Saint-Pierre ; Heraudet, demeurant 62, rue de la Harpe ; Brestely, demeurant 43, rue de Valois ; Carrier (voir Carrier, Hugues), demeurant 29, rue Monsieur-le-Prince ; Dufer, demeurant 39, rue Saint-Jacques ; Laroulandie, demeurant 55, rue de la Tombe-Issoire ; Royer (voir Royer, Pierre, Théodore), demeurant 259, rue Saint-Denis ; Nivet ou Niver, demeurant 40, rue du Four-Saint-Germain ; Cheutin (voir Cheutin, Alexandre, Joseph et dans ce cas reporter…), demeurant 19, rue illisible ; Vidal, demeurant 19, rue Tirechappe ; Guisselian ou Guinelain, demeurant 9, rue Saint-Pierre à Montmartre ; Lesieur, demeurant 30, rue Saint-Sébastien ; Delannoy, demeurant 19, rue des Arcis ; Prout, demeurant 18, rue des Deux-Ecus ; Ozil, demeurant 10, rue Neuve-Saint-Augustin ; Iteprat, demeurant 100, rue Neuve-des-Mathurins ; Brieux, demeurant 3, rue du Château-Lanon ; Couttel, demeurant 7, rue de l’Est ; Garrot, demeurant rue Muller à la barrière Rochechouart ; Perrignon, demeurant 68, rue du Faubourg-Saint-Martin. La liste était certifiée par le capitaine d’artillerie Veyssière. Il participa au maintien de l’ordre, comme sergent de la garde nationale, pendant les troubles de juin 1848. Le cabinet de police précisait qu’il possédait « de nombreux certificats constatant les actes de courage qu’il a accomplis pendant sa carrière militaire ». Il fut proposé par la Commission des récompenses nationales pour recevoir le signer honorifique qui devait perpétuer le souvenir de la révolution, mais qui ne fut jamais institué. En 1852, il demanda à être compris dans les listes de décorés secourus, et, en 1865, un secours qu’il lui permît de subsister, son emploi de concierge – 44, rue des Vieux-Augustins – ne lui rapportant que cinq cents francs par an. Dans une fiche de renseignement à son sujet, le préfet de police indiquait : « Sa position serait donc des plus intéressantes s’il n’avait été condamné à Paris, le 5 août 1858, à un mois de prison pour vol. » Il fut décoré de la médaille de Sainte-Hélène. Il était veuf et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 36, rue Grenetat en 1831 ; 27, rue Grénetat en 1831-1832 ; 21, rue Royale-Saint-Martin (aussi appelée par la suite rue Nationale-Saint-Martin) en 1848 ; 16, rue de Montreuil, barrière de Montreuil en 1852 ; 44, rue des Vieux-Augustins en 1865. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Archives de Paris VD 6 356 n° 6 deux feuilles volantes et Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont pris part aux gratifications accordées à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet en 1831, 1833, 1834, 1835, 1836 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Etat des sommes payées par la Commission des récompenses nationales aux sous-lieutenants et aux décorés non blessés pour l’anniversaire de juillet 1830 du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, idem Souscription nationale, secours accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet aux décorés de la croix ou de la médaille, non blessés et nécessiteux, lettre de M. le préfet du 25 juillet 1831 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives nationales F/9/1155 ; Archives nationales W//571, dossier 30 ; Archives de la préfecture de police AA 374. (Pourquoi n’y a-t-il pas le médaillé sur le Moniteur, qui me manque comme beaucoup dautres ?

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