Boutteville, Marc, Lucien

Biographie


Né le 8 novembre 1808 à Paris. Homme de lettres. Le 27 août 1830, il adressait la lettre suivante au général Lafayette (quil signait bien Boutteville) : « C’est après bien des hésitations que je me décide à vous écrire. Il est toujours pénible, à un jeune homme surtout, d’avouer qu’il se trouve dans une position voisine du désespoir et d’implorer les secours de la générosité. J’ai vingt-deux ans ; j’ai fait de bonnes études, j’ai de la conduite et de l’intelligence, et cependant je me trouve en ce moment sans emploi, du moins sans un emploi convenable à ma situation. Depuis six mois, je suis attaché à l’entreprise de la Bibliothèque latine française, de M. Pankouke, mais, avant que de toucher un sou, il me faut avoir terminé la traduction d’un auteur dont je suis chargé. Les derniers événements ont encore de beaucoup retardé mon travail. Entraîné par un élan de patriotisme, que vous ne blâmeriez pas sans doute, j’ai combattu aussi dans les trois glorieuses journées de Juillet ; en même temps, j’ai maintenu le bon ordre partout où je me suis trouvé, notamment au dépôt central d’artillerie, où j’ai eu le bonheur de faire respecter plusieurs objets précieux, tels que les armures de François Ier, de Henri IV. Aujourd’hui, monsieur le général, M. Benjamin Constant s’occupe avec bonté de me trouver une place honorable ; malheureusement je suis dans une situation pécuniaire à ne pouvoir attendre sans secours. Je suis l’unique soutien de ma mère et d’une sœur âgée de neuf ans, toutes deux d’une santé débile. Mon père, ancien militaire invalide, chargé d’années et de blessures, ne peut aucunement subvenir aux besoins de sa famille. J’ai eu l’honneur de vous voir plusieurs fois chez M. le général Bardin, dont j’ai été quelque temps le secrétaire ; cette circonstance et votre bonté si connue m’ont encouragé à vous supplier de mettre ma demande sous les yeux du roi, de ce roi que la France voit avec orgueil siéger sur un trône qu’il embellit de toutes les vertus civiques. A votre recommandation, monsieur le général, Sa Majesté jettera sans doute sur moi un regard de bienveillance, et je devrai au premier citoyen du monde, de sauver de la misère ma mère et ma sœur. P.S. Je joins, à l’appui de ma demande, un certificat qui constate que j’ai montré quelque courage dans la journée du 29 juillet ; le 28, j’étais avec un fusil rue Saint-Pierre-aux-Bœufs, et cette arme n’est pas restée inutile dans mes mains ; le 27, j’étais rue Saint-Honoré et j’ai sauvé d’un affreux pillage quelques armuriers, dont plusieurs ne se contentaient pas de prendre seulement les armes. J’ose assurer que, s’il est nécessaire, les directeurs du dépôt central d’artillerie me rendraient le témoignage le plus flatteur. » Il précisait, dans une autre lettre, être « l’aîné de deux autres frères, qui ont combattu avec moi ; que, le 28 juillet, je suis allé avec l’un d’eux, à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, où nous avons distribué trois à quatre cents fusils, bien qu’on nous en refusât ». Il accompagnait sa lettre du certificat suivant : « Je, soussigné, conservateur du Musée d’artillerie, certifie que le sieur Boutteville, Marc, Lucien, homme de lettres, s’est trouvé dans la journée du 29 juillet au dépôt central d’artillerie, qu’il a fait tous ses efforts pour maintenir l’ordre dans la distribution des armes ; qu’il s’est montré ami des arts, en protégeant de toutes ses forces la conservation des objets précieux que renferme cet établissement ; qu’étant revenu ensuite, pour y passer la nuit, il a contribué au recouvrement de plusieurs armes d’un grand prix et qu’il a monté au poste une garde de soixante-douze heures. » Ainsi que d’un autre certificat, qui attestait qu’il avait été présent à l’attaque de la caserne de Babylone et s’y était « battu courageusement ». Ce dernier certificat était signé de Delattre, Louis, Charles (voir ce nom), « blessé le 29 juillet à Babylone, actuellement à l’hospice Necker » où il devait mourir des suites de sa blessure ; Morin, Léon (voir ce nom), « blessé le 29 juillet à Babylone » ; Baltard, Victor (voir ce nom), architecte, « présent à la prise de la caserne de Babylone » ; Jouffroy, statuaire, « présent à la prise de la caserne de Babylone ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (par erreur sous le nom de Bouteville, Marc, Lucien sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 1er de ligne. Sa médaille et son brevet lui furent délivrés le 16 octobre 1834. En 1830, il était garde national à la 4e compagnie du 1er bataillon de la XIe légion de la garde nationale. On peut lire dans le Livre du bicentenaire la notice biographique suivante rédigée par Jean-Louis Liters : « Né à Paris le 8 novembre 1808, dans une famille très pauvre, bachelier ès lettres, agrégé d’allemand (1842), il a traduit le poète latin Stace. Bien qu’élevé au séminaire, il se tourne vers la libre pensée et dès 1830 il écrit De la nécessité d’un nouveau culte en France. Après avoir enseigné à l’Université de Berlin, il est nommé à Nantes où, à partir d’avril 1843, il est notamment chargé d’un cours d’allemand et de rhétorique supplémentaire au collège royal, à l’école préparatoire. A la Société académique de Nantes, où il est reçu le 2 juin 1847 – sans doute par Dugast-Matifeux – en même temps que son collègue Eugène Talbot, il fait le compte-rendu de Histoire critique de la vie de Jésus du Dr David-Frédéric Strauss. En mai 1848, il fait publier à Nantes son Premier sermon d’un laïque – Du royaume de Dieu sur la terre, qui lui vaut d’être mis en disponibilité le 31 mai 1848. Dès le mois d’août 1849 il reprend son enseignement, mais à Paris, aux lycées Descartes, Louis-le-Grand et Bonaparte. En 1852 il refuse de prêter serment au nouveau régime et quitte l’Université. A la publication de son livre La Morale de l’Eglise et la morale naturelle, il est renvoyé du Collège Saint-Barbe. Dans les dernières années de sa vie, Boutteville a eu l’intention de créer un établissement d’enseignement libre d’esprit laïque. Proudhon, dont il a été le collaborateur dans Le Peuple et dans La Voix du peuple, le désigne comme son exécuteur testamentaire et le charge de la publication de ses œuvres. » Il fut l’auteur de La Morale de l’Eglise et la morale naturelle, Etudes critiques, chez Michel Lévy frères, 1866, In-8 de 576 pages. Il demeurait 149, rue Saint-Honoré (mais 249, rue Saint-Honoré in Archives nationales F/1dIII/33) en 1830-1831 ; 25, rue Neuve-Guillemain, chez sa mère en 1834. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Bouteville, Marc, Lucien) ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.

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