Bouvier, Benoist, Marie

Biographie


Né le 29 mai 1796 à Paris. Ancien militaire au 6e régiment de cuirassiers. Maçon. Il fut gravement blessé, le 28 juillet au coin du faubourg Poissonnière, par la garde royale d’une balle qui lui traversa le bras gauche. Il fut d’abord soigné par le docteur Cartier, chirurgien 99, Faubourg-Poissonnière puis à l’ambulance de la Bourse. Marié et ayant sa mère à charge, il reçut un secours de cent cinq francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 14 mai 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure superficielle et en gouttière à la partie postérieure et inférieure, de l’avant-bras gauche, blessure guérie sans infirmité et sans difformité. En conséquence nous estimons que le susnommé a été atteint d’une blessure qui n’a entraîné d’empêchement que pendant la durée du traitement et qu’il doit être rangé dans la première classe des blessés. » Il fut effectivement rangé dans la 1re classe des blessés. Il reçut (sous le nom de Bouvié, Benoît, Marie), à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Bouvier est représenté dans le tableau de Gosse, exposé pour la première fois en 1833 et conservé au Musée du Carnavalet, Sa Majesté la Reine des Français visitant les blessés de Juillet à lambulance de la Bourse, le 25 août. Les Annales du Musée et de lEcole moderne des Beaux-Arts donnèrent, à l’occasion de sa première exposition, le commentaire explicatif suivant sur le tableau : « Tous les personnages, ainsi que tous les détails de ce tableau, sont historiques. En donnant ici un court récit de la scène qu’il représente, nous aurons fait connaître sa composition et les diverses figures que l’auteur a dû y faire entrer. “Après les mémorables journées de Juillet, dit M. Gosse dans la notice du livret, S.M. la reine, accompagnée de S.A.R. Mme Adélaïde, du prince de Joinville, des princesses Louise et Marie, et de Mme la marquise de Dolomieu, alla visiter l’ambulance établie à la Bourse dès les premiers jours des combats, et prodigua aux blessés et aux personnes qui leur donnaient leurs soins, des secours et des consolations.” La reine fut reçue par MM. Ruffin, greffier en chef du tribunal de commerce, Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), Richebourg, Novins (voir Novince, Pierre, François), Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph), et un jeune Anglais nommé Schripton (voir Shrimpton, Charles), naturalisé français depuis la révolution de Juillet, et qui, pendant les trois jours, ne cessa de prodiguer ses soins aux blessés de la Bourse. Parmi ces blessés, on remarque Julien (voir Julien, Fortuné), vieux soldat de la garde impériale : c’est celui dont la reine prend la main ; M. Guillaume (voir Guillaume, Henri, François, Guillaume), cousin de M. le préfet de police ; il reçut vingt blessures ; M. le docteur Marc est auprès de lui. Viennent ensuite Hureaux (voir Hureau, Julien, Charles), près duquel est Mme Novins ; Gravey (voir Gravey, Thomas, Bernardin), cocher de cabriolet, et sa famille ; Brisset (voir Brisset, Jean, François), ciseleur ; Bouvier (voir Bouvier, Benoist, Marie), Chambron (voir Chambeiron, Pierre, Antoine), Séné (voir Séné, Adolphe, Louis, Baptiste), tous blessés, et les personnes qui ont pris une part plus ou moins active aux soins qui leur ont été donnés, et parmi lesquelles il faut principalement remarquer Mlle Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), marchande de modes ; c’est elle qui est placée près de Mme la marquise de Dolomieu. Sur le premier plan, on remarque le nommé Marquet, garde royal ; et près du vieux Julien, M. le docteur Guillon (voir ce nom), médecin en chef de l’ambulance, à qui, la veille de l’arrivée de la reine, M. de Lafayette avait remis une médaille d’or. Dans le fond est le drapeau national, et une affiche aux trois couleurs portant ces mots : Aux braves blessés pour la patrie. Tels sont à peu près les nombreux personnages de cette riche composition que quelques personnes, par un esprit de parti plus qu’injuste et fort mal entendu, avaient d’abord sévèrement critiquée. Placé sous un faux jour lors du premier mois de l’exposition, ce tableau n’avait pu être sainement jugé : mais enfin, lorsqu’il a pu être offert aux regards des connaisseurs sous un jour favorable, il a été pleinement vengé de l’injuste rigueur des censeurs. Nous ne voulons pas dire cependant que toutes leurs critiques aient porté à faux. On a remarqué avec raison que l’ensemble du tableau, d’ailleurs bien composé, manquait de vigueur d’effet, principalement le côté droit ; que peu de figures avaient l’énergie d’expression que le sujet comportait. Excepté le soldat à qui la reine prend la main, l’opposant qui se couvre le visage de ses mains pour cacher son émotion à la vue d’une princesse dont la bonté le confond ; excepté encore la jeune femme en marmotte, la figure du jeune prince, et surtout celle de la reine des Français, dont les traits respirent la bonté et la compassion, presque tous les personnages de cette scène sont peu animés, peu expressifs, même la reine des Belges, dont l’artiste n’a fait, à bien dire, qu’un portrait hors d’œuvre. Toutefois, il faut convenir que donner l’expression convenable à une scène où la douleur physique et la satisfaction morale devaient se peindre sur les traits de nombreux personnages qui, étant tous historiques, devaient être tous ressemblants, était une tâche difficile à remplir, et que plus d’un des hommes de mérite qui ont critiqué le tableau de M. Gosse, ne l’aurait probablement pas accompli avec autant de bonheur que lui. » En 1835, père de deux enfants en bas âge, relevant de maladie, « dans les derniers des besoins », il sollicita un secours. Il reçut, cette année-là, un secours de cinquante francs. En 1837, le préfet de la Seine le dit sans ouvrage, dans une position malheureuse, ne demeurer que depuis trois ans dans la commune de Montmartre mais y jouir « d’une bonne réputation » ; Bouvier toucha alors un nouveau secours de cinquante francs. En 1838, selon le préfet de police, il était père de trois enfants et n’était pas « dans une position heureuse. Sa réputation est bonne. » Il reçut quarante francs de secours en 1838, vingt francs en 1839, vingt-cinq francs en 1840, soixante-cinq francs en 1841. En 1842, sa femme était marchande de fruits dans la rue ; « la position de ce ménage n’est pas heureuse, mais la conduite des époux Bouvier n’a donné lieu à aucun renseignement défavorable, notaient les renseignements de police. Il toucha vingt-cinq francs de secours en 1842, quarante francs en 1843, vingt-cinq francs en 1844, quarante francs en 1845, vingt-cinq francs en 1846, quarante francs en 1847, quarante francs en 1848, cinquante francs en 1850, soixante francs en 1851. En 1852, sa femme était marchande de fleurs à Belleville et lui pouvait à peine travailler, étant paralysé des deux jambes ; « Bonne réputation. Profonde misère. La position des époux Bouvier est très digne d’intérêt », notait le préfet de police. Il reçut un secours de soixante francs en 1852, en 1853 et en 1854. En 1855, il était toujours maçon, sa femme marchande des quatre-saisons ; le préfet de police indiqua à leur sujet que leur position était précaire, ajoutant : « Ils habitent un petit cabinet pour le loyer duquel ils sont retard de plusieurs termes. Leur conduite est régulière. » Il toucha, cette année-là, quarante francs de secours. En 1856, le préfet de police renseignait : « […] Veuf depuis douze à quinze ans (? ?), il exerce la profession de maçon ; mais étant âgé et toujours malade, il ne peut travailler. Il demeure depuis vingt-deux ans rue Petrelle, n° 22, où il occupe un petit cabinet sous les toits, moyennant la somme de cent francs par an ; au terme prochain, il en devra trois et il paraît que s’il ne les paie pas, le propriétaire le mettra dehors ; c’est le concierge qui nous en a fait part. Bouvier jouit d’une excellente réputation sous tous les rapports et n’a aucun moyen d’existence, il paraît même que souvent il se couche sans avoir pris aucune nourriture pendant la journée. Il n’a aucune charge ; il a une fille qui est mariée et exerce la profession de blanchisseuse mais, malgré sa bonne volonté, elle ne peut le nourrir continuellement, étant elle-même chargée de famille. Le susdit est véritablement dans le besoin. » Il reçut quarante francs de secours en 1856 et soixante francs en 1857. Il demeurait 18, rue Coquenard en 1830-1831 ; barrière Poissonnière, village Leblanc chez M. Robert en 1835 et 1836 ; 12, rue des Acacias à Montmartre en 1838 puis 12, bd Rochechouart ; 6 (devenu 22 à partir de 1850), rue Petrelle dans le faubourg Montmartre de 1845 à 1856. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 9 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 9 ; Rapport de M. Sensier, ancien notaire, commissaire du IIe arrondissement chargé de constater le nombre des victimes et les faits mémorables des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Paris, imprimerie de Ambr. Firmin Didot, 24, rue Jacob, 1830, p. 20-21 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 258 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 67 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (197) citoyens dont les blessures ont entraîné un empêchement de travail que pendant la durée du traitement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Bouviers, Benoit, Marie) ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 79, idem Proposition d’accorder à cent quarante décorés, blessés et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant à la somme de 6.980 francs, minutes 94 à 99 (sous le nom de Bouvier, Benoit), idem Courrier au ministre de l’Intérieur, en date du 28 janvier 1851, sur une proposition d’accorder à 28 décorés, 119 médaillés, 20 veuves de décorés ou de blessés, 16 blessés de Juillet 1830, 4 femmes de médaillés, 1 orphelin et 1 mère de médaillé décédé, des secours s’élevant ensemble à la somme de 10.875 francs, minutes 159-163 (sous le nom de Bouvier, Benoit, Marie), idem Proposition d’accorder à 143 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 233-237, en date du 9 août 1852 (sous le nom de Bouvier, Benoit, Marie) ; Annales du Musée et de lEcole moderne des Beaux-Arts, Landon, Salon de 1833, Paris, chez Pillet, 1833, pp.73-75.

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