Bouvier, Joseph

Biographie


Né le 15 juin 1796 à Chaussain (Jura). Ancien militaire, devenu loueur de carrosses (ou rentier in Archives de la préfecture de police AA 374). Membre de l’Association de janvier 1830 et combattant de Juillet, selon Morhéry. Morhéry devait écrire au sujet de l’Association de janvier 1830 dans Réponse aux outrages et aux calomnies dirigées contre moi : « Au commencement de janvier 1830, prévoyant le coup d’Etat dont la liberté était menacée, et voulant organiser des moyens de défense contre les mesures sanglantes que préparait le pouvoir, quelques patriotes, parmi lesquels je citerai MM. Danton) (voir Danton, Jean-François), Sempoil (voir ce nom), Divel (voir Divel, Amand, Adolphe), Guérin (voir ce nom), tous combattants de juillet, arrêtèrent en commun avec moi le projet de former une association ayant pour but de faire tourner au profit du peuple les tentatives qu’on pourrait oser contre lui. Nous fîmes à ce sujet des ouvertures à plusieurs généraux qui nous donnèrent de belles promesses, mais ne voulurent jamais rien entreprendre. Enfin M. Danton (voir Danton, Jean-François) nous proposa d’en parler à l’auteur de la Guerre nationale, qu’il connaissait particulièrement, M. Auguste Fabre, et il avait un titre bien glorieux encore, celui de frère du grand écrivain, de l’illustre patriote dont la France déplorera longtemps la perte, de Victorin Fabre. Nous acceptâmes. M. Danton lui fit part de nos desseins. On convint qu’il commanderait en second l’association, et qu’il nous mettrait en rapport avec le général Lafayette que nous choisîmes pour commandant en chef. MM. Danton, Sempoil et moi, promoteurs de cette société patriotique, en formions le comité supérieur. Seuls nous avions des rapports directs avec les deux commandants. En très peu de temps nos ventes se répandirent parmi les citoyens de toutes les classes, députés, militaires, ouvriers et étudiants. Je pourrais donner les noms d’un grand nombre de pompiers qui livrèrent leurs armes à leurs coassociés au moment du combat de juillet ; mais je crains d’être taxé d’indiscrétion ; et pour le même motif je passe sous silence le nom de plusieurs députés et d’un grand nombre de militaires. Qu’il me suffise pour le moment d’appeler en témoignage quelques-uns de mes compatriotes qui tous, moins les absents, ont pris une part active à notre révolution. Tels sont MM. Emile Lebreton (voir ce nom), Guilhem (voir ce nom), fils du député, et le brave Kersausie (voir Kersausie, Guillard de, Joachim, René, Théophile) qui, à la première nouvelle des ordonnances, insurgea le 4e régiment de hussards dans lequel il était capitaine. Faut-il ajouter à ces patriotes MM. Le Calvé (voir ce nom), de Saint-Brieuc, qui s’est si bien montré en juillet ; Martin (voir ce nom), Genest (voir ce nom), Boullé (voir Boulay, Séverin, Constant) de Saint-Malo ; Richard (voir ce nom), Bertrand (voir Bertrand, François), décoré de juillet ; Jules Bernard (voir ce nom), fils du député ; son père (voir Bernard de Rennes, Louis, Désiré), maintenant conseiller en Cassation ; son oncle (voir ce nom), ex-préfet des Hautes-Alpes, et le malheureux Papu (voir Papu, Nicolas, François), de Rennes qui remplaça dans ma vente mon compatriote Sébilot (voir Sébillot, Pierre), maintenant médecin à Matignon ; enfin Mestivier (voir ce nom), Chauveau (voir ce nom), Henri, de Lavalle (voir ce nom) ; Potier (voir ce nom), de la Mayenne ; Barnio (voir ce nom, fiche à faire), de Pongibaud (voir Barnicaud, Jourdain, Antoine) ; Vimal (voir ce nom), de Clermont, tous les deux décorés de juillet ; Roger (voir ce nom), de la Vendée ; Bouvier (voir Bouvier, Joseph), du Jura et tant d’autres enfin qu’il serait trop long de nommer et qui se sont consacrés au triomphe de notre révolution. » Réponse aux outrages et aux calomnies dirigés contre moi par M. Bigrel et consorts, chez Auffray, 1832. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il était porteur de plusieurs certificats, dont la trace nous reste par le dossier qu’il déposa à la Société des réclamants. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ayant commandé, depuis le 28 juillet jusqu’au milieu d’août dernier, la garde nationale de Versailles et ayant pendant ces derniers jours de juillet et les deux premiers d’août, rempli de fait les fonctions de maire de la ville, certifie avoir ouvert une correspondance avec le gouvernement provisoire dès le 30 juillet par l’entremise de François, Joseph Bouvier, loueur de carrosses, alors demeurant à Versailles. C’est lui qui, le 30 juillet, m’apporta de Paris les journaux de jeudi et vendredi et le premier supplément du Moniteur, annonçant l’installation du gouvernement provisoire et de la commission municipale. Je lui remis, le vendredi, une dépêche pour le général Gerard, dont il me rapporta la réponse signée du 31 juillet par le colonel Pailhès, commandant à la Bourse. Je déclare que dans ces missions délicates il a fait preuve de zèle et de dévouement et de patriotisme, qu’il n’a réclamé près de moi ni d’aucun autre à ma connaissance aucun salaire ou indemnité. Je lui ai d’ailleurs délivré un certificat séparément, attestant qu’il m’avait conduit ainsi que cinq autres gardes nationaux de Versailles dans sa voiture à deux chevaux au camp de Cognières lors et pour l’expédition de Rambouillet. » Signé à Versailles le 5 décembre 1830 : Benoit. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Le maire de Versailles certifie qu’il est à sa connaissance que le sieur Bouvier, Joseph, loueur de voitures, rue d’Anjou n° 68 à Versailles, a fidèlement rempli les diverses missions dont il avait été chargé à l’occasion des événements du 29 juillet 1830, notamment par M. le baron Pailhès et le général Pajol. » Signé, à l’hôtel de ville de Versailles, le 16 août 1830 : Clausse. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Le commandant supérieur de l’Ecole militaire certifie que, chargé du commandement du poste de la Bourse pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet, je chargeai M. Joseph Bouvier, loueur et carrossier à Versailles, de porter et répandre dans cette dernière ville comme à Sèvres des proclamations du gouvernement provisoire aux Français pour le triomphe de la cause nationale. » Signé : Pailhès. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Rougé, élève de l’Ecole polytechnique, certifie avoir laissé passer au pont de Sèvres sur lequel il s’était dirigé le samedi matin 31 juillet le sieur François, Joseph Bouvier avec une voiture. Il était alors porteur de lettres [du] général Gerard. Je peux [illisible] que ce monsieur a droit, à cause de son dévouement puisqu’il s’est exposé à être fusillé, à l’indemnité promise par le baron Pailhès, commandant à la Bourse. » Signé, le 14 août 1830 : Rougé. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Il est à ma connaissance que le sieur Bouvier s’est distingué dans les journées des 28 et 29 juillet. Sa position mérite tout l’intérêt et ce ne serait qu’une justice rendue en lui accordant la place peu ambitieuse qu’il réclame. » Signé : Cassan, Armand, chargé des comptes de l’armée expédit…, sous-préfet de Mantes. Le 5 avril 1831, la Commission des dommages, qu’il avait saisie, renvoyait les pièces qu’il avait adressées à cette Commission à celle des récompenses nationales, qu’elle jugeait plus compétente pour juger de sa demande et le recommandait pour qu’il obtienne la place d’inspecteur de voitures qu’il sollicitait. Il sollicita une place de préposé dans un pont à bascule du département de Seine-et-Oise. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il déposa un dossier à la Société des Réclamants (sous le nom de Bouvier, Joseph, François) et sollicitait la Croix de Juillet et une place de courrier de malle-poste. Il était indiqué par la Société comme jouissant d’une fortune médiocre. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fit parvenir, le 6 décembre 1831, au ministre de l’Intérieur, la lettre suivante, cosignée par Douin Joseph, Tournecuillert, et un nom illisible peut-être Ratery ??? demeurant 46, quai de la Loire retrouver ce nom par la suite, pour pouvoir porter la Croix de Juillet : « Monsieur le ministre,

»Nous avons appris avec plaisir que la Chambre des députés avait soumis à Votre Excellence, il y a environ six semaines, le travail que l’ancienne commission instituée rue Neuve-Bourg-Labbé lui a présenté à l’effet d’obtenir le succès de la protestation qui a été faite par les combattants de Juillet contre les médailles, et que l’erreur qui a été commise par le jury des récompenses nationales soit rectifiée et que les croix qui nous sont légitimement dues nous soient décernées.

»Comme ce travail a été soumis à votre justice, nos frères se joignent à la présente supplication pour prier Votre Excellence de vouloir bien accélérer notre nomination au titre de chevalier, en faisant sortir une ordonnance qui nous permette de nous décorer de la Croix de Juillet que nous avons si bien méritée.

Espérant, etc. »

Sa médaille lui fut délivrée le 1er août 1831 et son brevet le 22 août de la même année. Indiqué comme décoré de Juillet, ex-officier de la garde municipale, renvoyé par suite d’ivresse, il fut compromis dans l’affaire de la rue des Prouvaires. Au procès, il répondit ainsi au juge qui l’interrogeait : « – Quels sont vos moyens d’existence ? – Depuis six mois, je suis au cachot. – Avant comment viviez-vous ? – Bien sobrement. » Son attitude pendant le procès était ainsi rapportée : « Bouvier fut arrêté : cet accusé, qui a été chassé de la garde municipale, où il était sous-officier, se renferme dans un système complet de dénégations, on pourrait presque dire de mutisme ; telle est l’ardeur avec laquelle il adopte ce système, qu’il dénie les circonstances les mieux établies au procès, et en apparence les plus indifférentes. » A l’issue du procès, il ne fut pas condamné. En juillet 1835, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut une gratification de sept francs et cinquante centimes à titre de décoré non pensionné. Il demeurait 12, rue de l’Université en 1830-1831 ; 76, rue de Grenelle en 1831-1832 ; 45, rue Neuve-des-Mathurins en 1835. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1835, état de répartition entre MM. les décorés de Juillet du (ancien) Xe arrondissement non pensionnés ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement et lettre en date du 6 décembre 1831 ; Archives de la préfecture de police AA 374 (sous le nom de Bouvier, Joseph, François) ; La Gazette des tribunaux 8 juillet 1832 ; Cour dassises de la Seine, Conspiration dite de la rue des Prouvaires, 2 février 1832, Ledentu, p. 104 ; LEpopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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