Boyer, Félix, Philippe, Maurice

Biographie


Né vers 1799 à Albi, fils de Boyer, Germain, Maurice, Mathieu, sous-inspecteur des Postes, et de Lemosy, Philippine, Suzanne, Alexandrine. Il fut « victime de l’arbitraire de 1815 ». Il reçut, en essayant de contenir une émeute qui eut lieu, 15 août 1830 à Albi trois blessures : une au pariétal gauche, une à la poitrine et une à la main droite. L’émeute avait commencé quand plusieurs habitants de la commune d’Albi avaient décidé d’aller effacer les insignes de la monarchie déchue qui étaient encore en place dans plusieurs endroits de la ville. Ils parcoururent plusieurs rues, arborant un drapeau tricolore, démolirent plusieurs fois des armoiries, avant que tout, semble-t-il, ne dégénérât, dans le pillage d’une minoterie située dans les faubourgs de la ville d’Albi et appartenant à plusieurs propriétaires et qu’ils menacèrent d’incendier. Boyer fut nommé conseiller à la préfecture du Tarn à la fin du mois d’août 1830, et remplissait aussi les fonctions de secrétaire général. « L’excès de travail développa sa maladie » et il mourut, le 25 juin 1831, à la suite des blessures qu’il avait reçues. Sa veuve, Gerriet, Marie, Eléonore, sollicita une pension pour elle et ses trois enfants, dont l’aîné avait six ans, auprès de la Commission des récompenses nationales de la préfecture du Tarn, réunie à Albi le 22 décembre 1831. Le maire d’Albi recommanda dans ces termes la demande de la veuve auprès du préfet, apportant aussi des précisions sur la nature de l’émeute : « Quelques habitants de la ville se réunirent vers les 5 heures du soir pour effacer les insignes du gouvernement déchu, qu’on remarquait sur la façade des maisons de plusieurs notaires et marchands de tabac. Cette réunion, qui ne tendait qu’a faire connaître, de la part de ces jeunes gens, leur dévouement aux glorieuses et immortelles journées de Juillet, eut les suites les plus défavorables : profitant des ombres de la nuit, des hommes, qu’on ne voit apparaître que pour amener des désordres et le pillage, se joignirent à la première réunion ; leur nombre augmenta lorsqu’ils quittèrent la ville et descendirent au faubourg du pont. Là, trouvant dans leur marche un établissement de minoterie, appartenant à divers propriétaires, ils commencèrent à exhaler la rage qui les anime par des vociférations et des hurlements effroyables. Bientôt s’animant et s’encourageant les uns les autres, il effacent l’enseigne de cet établissement et préludent aux excès dont ils vont se rendre coupables. Le premier pas était fait, la nuit les encourageait au crime, les plus hardis s’emparent d’une charrette qui se trouve sous leurs mains, s’en servent comme d’un bélier pour enfoncer la porte du grenier de l’établissement, qui cède aux coups redoublés dont on ne cesse de la battre et qui fournit une issue pour pénétrer dans l’intérieur de la minoterie. Les mutins ne trouvant plus de résistance en parcourant les divers appartements, brisent les machines, jettent les grains et divers ustensiles qui tombent sous leurs mains dans la rivière du Tarn et cherchent à mettre le feu à ce qui reste. C’en était fait de cette propriété et on ne sait où se serait arrêtée la rage de ces hommes égarés si les bons citoyens n’eussent accourus. Déjà, on entendait quelques-uns de ces malfaiteurs pousser les cris les plus sinistres et exciter leurs camarades à se porter chez les receveurs des caisses publiques et dans plusieurs maisons particulières. C’est dans ces circonstances que M. Félix Boyer, bravant le danger et n’écoutant que son courage, pénétra seul dans la minoterie. Il chercha, le premier, à ramener à leurs devoirs cette troupe de furieux, mais ce fut en vain. Pendant près d’un quart d’heure il fut exposé aux plus mauvais traitements, ses habits furent déchirés, les armes qu’ils portaient brisées dans ses mains ; accablé de coups à la poitrine, à la tête et au bras, dont les suites ont entraîné sa mort, il ne dut la conservation momentané de ses jours qu’aux secours qui arrivèrent et à des détachements de citoyens armés. Le premier de ces détachements était commandé par le capitaine Bruel, il ne put pénétrer dans la minuterie qu’à travers une grêle de pierres qui blessa plus ou moins grièvement tous les propriétaires qui le composaient. Leur dévouement fut trop grand en cette circonstance pour que je doive passer leur nom sous silence. Ce détachement se composait du sergent Fritz, attaché alors au recrutement et qui, grièvement blessé à la tête, ne craignit pas de traverser la rivière du Tarn, pendant la nuit, pour activer l’arrivée des secours (ce militaire a reçu pour cet acte de courage la décoration de la Légion d’honneur), des sieurs Pezu, Casimir, Garric, employé à la préfecture, Cabrol fils, Lacombe, Jacques employé à la préfecture, Gayrard Philippe, Compayré Clément chef de division à la préfecture, Bellet Charles, Jourdain, Imbert, Coursières fils qui traversa aussi le Tarn à la nage, Bonafous Norbert, Lacarrière fils, Berjeaud jeune, Azemar notaire à Monestier, Teyssier Auguste membre de la Légion d’honneur lieutenant en retraite aujourd’hui lieutenant des vétérans à Albi et Viguier. Un second détachement commandé par le capitaine Castagné Raymond n’avait pas tardé de suivre celui du capitaine Bruel ; d’autres détachements arrivèrent aussi successivement à la minoterie au fur et à mesure que les citoyens, avertis enfin des dangers qui les menaçaient, se rendaient à la municipalité pour y recevoir des armes. La nuit, qui était close, et une obscurité profonde favorisaient les malfaiteurs qui, retranchés derrière des piles de matériaux et dans les jardins voisins, lançaient sur les citoyens qui se présentaient pour porter du secours des briques et toutes espèces de projectiles. Les lumières que l’on avait placées dans la rue favorisaient leur position en leur donnant l’avantage d’être inaperçus et de voir au contraire les citoyens qui venaient rétablir l’ordre. La tranquillité fut rétablie à dix heures du soir et ne fut plus troublée. On ne peut se dissimuler que la ville n’ait couru, pendant trois heures, les plus grands dangers, qu’elle n’évita que grâce au courage et à l’activité des secours que donnèrent d’eux-mêmes et avec un généreux dévouement tous les bons citoyens. Je vous ai parlé, monsieur le préfet, de la conduite que tint dans cette circonstance monsieur Félix Boyer, décédé à la suite des blessures qu’il reçut à la minoterie ; j’ai l’honneur de vous transmettre une réclamation de sa veuve qui, au nom de trois enfants en bas âge, demande une pension sur les fonds des Récompenses nationales. Je vous prie de prendre cette pétition en grande considération et de l’appuyer de tous vos moyens, la position de cette veuve et de sa jeune famille méritant tout l’intérêt de l’administration. En vous recommandant ces pétitions, je ne suis que l’interprète des sentiments d’estime et d’affection que témoignent pour elle nos concitoyens. » Il lui fut répondu que son cas n’ayant aucun rapport avec la révolution de Juillet, aucun des dispositifs de la loi sur les Récompenses nationales ne pouvait lui être appliqué. Boyer demeurait rue Sainte-Claire à Albi en 1831. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Tarn.

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