Bravard, Toussaint, Jean, Jacques
Biographie
Né le 31 octobre 1808 à Arlanc (Puy-de-Dôme). Etudiant en médecine. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il signa, le 5 août 1830, le certificat suivant en faveur de Boulay, Séverin, Constant : « Nous, soussignés, attestons que M. Boulay, Séverin, Constant a combattu pour la cause de la liberté dans les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier et qu’il a par son dévouement et sa bravoure bien mérité de la patrie et de ses concitoyens. » Il signa, le 14 mai 1831, le certificat suivant en faveur de Dronsart, Charles, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Le soussigné, décoré de Juillet, atteste que M. Charles Dronsart, licencié en droit, était des premiers à s’emparer, le 28, des armes à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et qu’il a combattu, le même jour, avec moi à la Grève. Il certifie en outre l’avoir vu revenir blessé de la caserne de Babylone. » Son nom est, comme décoré de la Croix de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il sollicita, à titre de récompense nationale, la dispense de ses frais d’inscription et d’examen. Il fut exempté, sur proposition de la Commission des récompenses nationales du paiement des frais universitaires pour parvenir au grade de docteur en médecine. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut arrêté après le coup de pistolet tiré contre le roi, le 19 novembre 1832, sur le pont Royal et conduit le 25 novembre 1832 à Sainte-Pélagie pour complot, renvoyé le 26 du même mois par la chambre d’accusation. Il fut arrêté le 16 avril 1834 avec Ganneau, Simon, né vers 1807 à Lormes (Nièvre), officier de santé, demeurant 5, rue Ventadour, et avec Chalmondeley, Henry, né vers 1811 à Londres (Angleterre), artiste peintre. L’arrestation fut l’objet de la rédaction du procès-verbal suivant : « Hier matin, pendant le cours d’une perquisition au domicile du nommé Ganneau, opérée par le commissaire de police du quartier du Palais-Royal pour l’exécution d’un mandat d’amener et de perquisition décerné par M. le conseiller d’Etat préfet, l’on trouva couché avec lui le nommé Bravard, Toussaint et sur un canapé dans la même chambre le nommé Chalmondeley, qui a déclaré avoir son domicile commun avec le sieur Ganneau. Ces deux individus ont été également arrêtés en vertu de mandats décernés immédiatement par M. le préfet. Les recherches les plus minutieuses faites dans les localités occupées par les trois individus dénommés n’ont produit la découverte d’aucun objet suspect. » Il fut de nouveau inquiété après l’attentat du 28 juillet 1835 : « [...] Signalé comme s’occupant habituellement d’intrigues politiques. Déjà, il avait été inculpé à raison de l’attentat du 19 novembre 1832, et ses liaisons habituelles donnaient à penser qu’il pouvait bien n’être pas étranger à celui du 28 juillet [1835]. Bravard fut arrêté le 1er août, une perquisition fut faite à son domicile, elle n’a produit aucun résultat, et l’interrogatoire subi par cet individu l’a complétement disculpé. Il a été mis en liberté le 2 août. » A son interrogatoire, il dit ne plus se mêler de politique. Un autre rapport de police le dit « Ami de Raspail et capable de commettre un attentat semblable à celui du 28 ». Un rapport de Gisquet précise, le 1er août 1835 : « Ayant été prévenu que le sieur Bravard (Toussaint, Jean, Jacques), étudiant en médecine, connu depuis longtemps comme exerçant une influence pernicieuse sur les jeunes gens des Ecoles, recommençait depuis quelques jours ses déclamations contre le roi et son gouvernement, ses provocations incendiaires, et qu’à l’approche des fêtes de juillet il s’était donné beaucoup de mouvement pour préparer de nouveaux désordres, j’ai pensé qu’il pouvait bien n’être pas étranger à l’attentat du 28, et j’ai cru dès lors devoir décerner contre lui un mandat d’amener en vertu duquel il a été arrêté ce matin. La perquisition opérée à son domicile n’a produit aucun résultat. Bravard a figuré d’une manière active dans toutes les sociétés secrètes qui se sont organisées depuis la révolution de Juillet : républicain fougueux et fanatique il n’a cessé d’y faire appel à l’insurrection et à la guerre civile ; naguère encore il m’a été signalé comme cherchant à ébranler la fidélité de soldats et officiers de l’armée : à l’approche de l’ouverture des débats du procès d’Avril, il a fait tous ses efforts pour faire naître des troubles dans le quartier des Ecoles. Bravard figurait parmi les furieux qui conçurent en juin 1831 le projet de se porter à des outrages et à des voies de fait contre M. Dupin. Il fut arrêté à la suite de l’attentat du 19 novembre 1832 ; il l’a été de nouveau lors des événements d’avril dans lesquels, d’après des rapports fournis à ma préfecture, il aurait joué un rôle actif. Dans le courant de l’année 1833, il a, dit-on, fait une tournée en Auvergne avec le sieur Trélat. » Il mourut en 1871. Nous empruntons au Dictionnaire du mouvement ouvrier une partie de la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « […] Il fut d’abord officier de santé et on ne sait pas exactement quand il rejoignit son pays où il s’installa à Jumeaux. Toussaint Bravard était très estimé des mineurs de la région. Il fut maire de la localité, de 1848 à 1852. La révolution de Février fit de ce républicain de la veille un commissaire général du Gouvernement provisoire pour le département de la Haute-Loire. Le 23 avril 1848, il fut élu à la Constituante, représentant du Puy-de-Dôme, le quatorzième sur quinze, par 48 088 voix (125 432 votants, 173 000 inscrits). Il vota constamment avec l’extrême gauche : le 9 août 1848, contre le rétablissement du cautionnement ; le 26 août 1848, contre les poursuites envers Louis Blanc et Caussidière ; le 1er septembre, contre le rétablissement de la contrainte par corps ; le 18 septembre, pour l’abolition de la peine de mort ; le 2 novembre, pour le droit au travail ; le 27 décembre, pour la réduction de l’impôt sur le sel ; le 21 mars 1849, contre l’interdiction des clubs ; le 2 mai 1849, pour l’amnistie en faveur des transportés de Juin 1848. Il ne fut pas réélu le 13 mai 1849 à la Législative, bien que le nombre de ses voix n’ait été inférieur que de 2 500 environ à ce qu’il avait été un an auparavant. Il conserva seulement, jusqu’au 31 juillet 1852, le poste de conseiller général de Jumeaux qu’il avait obtenu le 3 septembre 1848. Retiré à Jumeaux, il y exerça la médecine. Les préfets de l’Empire lui attribuaient la persistance d’un noyau d’opposition dans la région de Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme). » Il demeurait 167, rue Saint-Jacques (mais 175, rue Saint-Jacques in Archives de la préfecture de police AA 386 et in Archives nationales F/1dIII/33) en 1831 ; 2, place Cambrai en 1832 ; Trois adresses sont dans le dossier (quel dossier ?) : 40, rue des Boucheries-Saint-Germain, idem n° 20 ; et 20, rue Traversine-Saint-Germain (une pièce au troisième étage) en 1835. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Révélations sur le coup de pistolet du 19 novembre 1832, par un des accusés du complot, Flocon, chez Levavasseur, Paris, 1832 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 1, Paris, 1836, p. 350 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, ministère de l’Instruction publique, état de demandes de dispenses de droits universitaires aussi état des dispenses de frais d’études et de réception accordées à des étudiants en droit et en médecine sur les propositions de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/46 in dossier Boulay, Séverin, Constant ; Archives nationales CC//679 dossier Bravard ; Archives nationales CC//682 dossier Rabouin ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dronsart, Charles ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers collectifs 3 février-27 décembre 1834 (549 à 793). In Archives de Paris VD6 277, dossier Bailly, Louis, Antoine, dans l’exposé de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet, intitulé Journées des 29, 30 et 31 juillet 1830, Bailly, Louis, Antoine indique un nommé Bravat, comme ayant participé avec lui aux combats. Les passages où Bravat est mentionnés sont ainsi rédigés : « […Après la prise des Tuileries, le 29 juillet] Je sortis et le gagnai la place du Palais-Royal, où je reconnus quelques braves que j’avais vu dans la matinée. Je causais un instant avec eux. M. Bravat, élève, s’adressant à moi, me dit : « Il faudrait établir un corps de garde. » Je lui montrais celui des gendarmes, « Il faut y placer des hommes, me dit-il, l’on peut craindre pour la nuit. » En un instant, le corps de garde est formé, tous étaient de bonne volonté. Ils me demandèrent pour leur chef. Je ne sais ce que j’avais pour leur inspirer tant de confiance, je leur répondis que j’avais des hommes aux Tuileries. « Vous n’avez pas d’armes, me dit l’un d’eux (j’avais laissé mon épée à Vicard), prenez ce fleuret, il peut vous servir en route. » Je l’acceptai. M. Bravat ayant distribué des balles à ceux qui avaient de la poudre, leur donna ordre de ne laisser entrer que des blessés au corps de garde. Tout étant ainsi terminé, M. Bravat me demanda si je voulais le suivre. Je ne demandais pas mieux. Je cherchais toujours à être utile. Nous montons la rue Saint-Honoré, passons par la rue de Rohan, ensuite la rue de Rivoli, nous entrâmes chez un traiteur où nous prîmes un verre d’eau et de vin. De là, nous allons dans le jardin des Tuileries. Quelques disputes s’étaient élevées entre les citoyens et les factionnaires, nous les mettons d’accord. Nous continuâmes notre route jusqu’au bout de la terrasse des Feuillants. A cet endroit, plusieurs individus nous demandent la permission de prendre la guérite pour faire une barricade. Ils nous dirent qu’ils ne feraient que la renverser. Nous leur accordâmes ce qu’ils désiraient. Nous continuâmes notre route jusqu’aux Invalides. Là, M. Bravat s’informa s’il n’y avait pas d’élèves de blessés. On lui répondit que non. Nous allons jusqu’au Gros-Caillou pour faire assembler la garde nationale. Tout le monde s’offrit de bonne volonté. Il demanda un tambour. On nous conduisit chez un marchand de vin qui avait été autrefois tambour-maître du quartier. Cet homme nous répondit qu’il n’en avait plus, qu’il l’avait rendu autrefois. Quelques-uns prétendirent que c’était de la mauvaise volonté de sa part. On nous indique la demeure d’un autre individu sur le quai, qui pourrait bien en avoir un. Cet homme nous répondit qu’il en avait un et qu’il avait reçu l’ordre de son ancien capitaine de battre un rappel à 8 heures. Notre mission étant remplie, nous allâmes jusqu’à la caserne de Babylone. Là, M. Bravat s’informa à l’un de ses camarades qui se trouvait en cet endroit du nom de leur collègue qui avait été tué. Il l’apprit et en fut très affligé. Il restait alors très peu de monde pour garder cette vaste caserne. Après plusieurs autres détails dont on nous instruisit, nous apprîmes que beaucoup de cadavres se trouvaient encore en cet endroit. L’on envoya chercher deux voitures pour les transporter au cimetière de l’Ouest. Il faisait nuit alors nous revînmes par le pont Royal. J’entrai aux Tuileries. J’y retrouvais Vicard à son poste. Nous parlâmes de différentes choses. « J’ai déjà fait huit lieues ce matin, lui dis-je, et la fatigue commence à se faire sentir. » Il m’engagea alors à rentrer chez moi pour prendre du repos. Je ne voulais pas le quitter mais il me répondit qu’il pouvait se passer de moi. Alors je repris mes armes, je relevais les factionnaires et m’en allais. La faim commençait à se faire sentir. Depuis deux jours je n’avais pas mangé. Je proposais à M. Bravat de venir dîner avec moi. Il accepta volontiers ; mais le traiteur où j’allais habituellement étant fermé, nous en cherchâmes un autre. Mais, n’en trouvant point, nous résolûmes d’entrer chez un marchand de vin que je connaissais, au coin de la place de l’Ecole et du quai. Je le prie de me faire des côtelettes. Nous ne pouvions manger, la fatigue nous ôtait l’appétit. M. Bravat me dit qu’il était bien fatigué. Je lui offris mon lit, il me remercia en me disant qu’il irait chez son correspondant qui demeurait rue des Bons-Enfants. Après avoir un peu mangé, il me donna son nom sur un morceau de papier, me disant que si je voulais le revoir que je pourrai le faire demander à l’école. En même temps, nous nous souhaitâmes le bonsoir et j’allais me coucher, ne pouvant plus me tenir sur mes jambes […]. »