Bremens, Auguste, Joseph dit Vochez

Biographie


Né le 27 août 1796 à Hambourg de parents français. Artiste dramatique. Ses droits furent examinés par la Commission des récompenses nationales de la préfecture de Nantes. Le 8 décembre 1831, il faisait parvenir la lettre suivante à Casimir Perier, président du Conseil et ministre de l’Intérieur : « Absent depuis près d’un mois de la ville de Nantes, où j’avais mon domicile politique lors des glorieux événements de juillet 1830, je n’ai pu faire de suite les réclamations voulues pour l’obtention des récompenses que la loi offrait aux personnes qui avaient pu figurer et payer de leur personne à cette époque. Ayant lu récemment dans les journaux que si le délai des réclamations pour les affaires passées hors Paris était fixé jusque dans le courant de décembre j’ai l’honneur de vous exposer ma conduite politique depuis mon existence, conduite qui ne s’est pas démentie un instant et j’ose appeler l’attention de Votre Excellence, qui décidera si je suis digne d’être décoré par un gouvernement que j’ai appelé de tous mes vœux, de tous mes désirs et que je suis prêt à défendre jusqu’à mon dernier soupir. Je suis né à Hambourg en 1796, de parents français. Lors de la révolution, je perdis mon père, avant ma naissance. Rentré en France à l’âge de 4 ans, je fis mes études à Paris comme élève des institutions Lechevalier, Massin, du collège de Sainte-Barbe dirigée par M. Delanneau père, et, en dernier lieu, au lycée Charlemagne. J’ai adressé en 1813 une demande au ministère de la Guerre pour entrer dans les gardes d’honneur. Mon brevet m’était expédié lorsque ma mère, instruite de mes démarches (et n’étant âgé que de dix-sept ans, par conséquent ne pouvant disposer de moi) me contraignit à refuser. Les événements de 1814 m’empêchèrent d’entrer à Saint-Cyr, pour y prendre la carrière militaire, comme le désirait mon cœur, et, ne voulant pas servir la Restauration, je refusais d’entrer dans les gardes du corps. En 1815, je fus placé auprès de M. Dorléac, mon beau-frère, ancien militaire chef de bataillon retraité, alors receveur particulier de l’arrondissement de Rambouillet et je tins chez lui la caisse et les écritures. Au 20 mars 1815, je fus un des premiers à faire arborer à Rambouillet le drapeau national et à inaugurer le buste de Napoléon sur la place de cette ville. J’ai signé le premier l’acte additionnel aux constitutions de l’empire, les registres font foi. Après Waterloo, nous essuyâmes, mon beau-frère et moi, mille contrariétés du sous-préfet de la deuxième Restauration, M. Perrin-Dulac, et humilié par les officiers de l’état-major du général Blücher, à cette époque je partis, en août, traverser seul en cabriolet la forêt de Rambouillet pour porter à la recette générale de Versailles cent vingt mille francs que nous avions en caisse et dont les Prussiens se proposaient de s’emparer. J’invoque ici le témoignage de M. Sautry, alors receveur du département et de M. Xavier Sautty, son fondé de procuration. Enfin, pour conserver la place de mon beau-frère, que le sous-préfet de Rambouillet poursuivait ainsi que moi de ces dénonciations, je fus forcé de renoncer à une partie qui pouvait me procurer un avenir heureux. J’ai été trois ans percepteur des contributions directes des communes de Choisel, Maincourt, Saint-Forget, département de Seine-et-Oise et j’ai rempli cet emploi avec honneur et probité. Ayant éprouvé dans des opérations commerciales de grands échecs de fortune, je me retirai à Strasbourg en 1820. Mes opinions politiques ne varièrent jamais. J’étais lié intimement avec Me Liechtenberger, défenseur du malheureux colonel Caron, si lâchement assassiné. J’étais un des commissaires de la fête donnée à MM. Trolé, Peugnot, Wattin, officiers d’artillerie que le général Pamphile Lacroix fit traduire par-devant un conseil de guerre. Je pris enfin dans cette ville, malheureusement pour moi, la direction du théâtre, que j’ai exploité pendant trois ans et dans lequel j’ai perdu soixante mille francs : tout ce qui me restait de ma fortune. Malgré les pertes que j’éprouvais, j’ai donné 1.080 francs aux incendies de Salins, 50 francs à la souscription du général Foy et 40 francs au monument de Talma. Membre honoraire des loges maçonniques de Strasbourg, il n’y a pas eu un acte d’humanité auquel je ne me sois estimé heureux d’attacher mon nom et cependant que de tribulations ne m’ont point fait éprouver les autorités de Strasbourg à cause de mes opinions connues, MM. de Kentzinger (maire), Esmagard (préfet) ; ce dernier me fit un crime d’avoir fait couronner le buste de Molière après une représentation de Tartuffe. Je fus menacé de perdre mon privilège pour avoir fait jouer le Mariage de Figaro. Vous pardonnerez, monsieur, ces détails que j’ai l’honneur de vous donner sur ma vie politique que je vous expose au grand jour, mais je les ai crues nécessaires à l’explication de ma conduite à Nantes. Ayant perdu toute ma fortune pour exister, je me décidais à accepter une modeste place au théâtre de Nantes, où je me trouvais lorsque parurent les fameuses ordonnances du 25 juillet. Le 29, nous ne pouvions connaître les événements de Paris. Je fis partie des premiers rassemblements qui se formèrent sur la place Graslin, aux cris de Vive la charte ! le lendemain 30, je fus du nombre des personnes qui se présentèrent chez M. Levesque, maire, pour lui demander l’autorisation d’organiser immédiatement la garde nationale. Vous avez appris, M. le ministre, comme nous fûmes abusés par le préfet, le maire et le général Despinois. Enfin, on résolut de s’armer et je parus un des premiers en armes à la bourse. Sur les 5 heures, je fis partie du détachement de 400 personnes armées qui se dirigea sur le cours Saint-Pierre où nous voulions obtenir du général Despinois l’élargissement des prisonniers faits la veille. Un des premiers, j’abordais l’officier qui commandait le détachement du 10e léger, qui nous fut opposé, au cri de Vive la charte ! Les soldats étaient au moment de fraterniser avec nous lorsqu’un malheureux coup de fusil, tiré à ce que l’on assure d’une fenêtre, décida un combat épouvantable. Mes amis furent frappés à mes côtés ; Pottin (voir Pottin, Mathurin, Aristide), relieur était du nombre. J’eus cependant le bonheur de n’être pas touché, malgré les feux de peloton qu’on dirigeait sur nous et ce à bout portant, et je ne me retirais qu’après avoir brûlé les deux cartouches qui me furent données à la bourse. J’ai pour témoins tous les habitants de Nantes, mais j’en appellerai particulièrement au témoignage de MM. Gudin tailleur, Toudouze, artiste dramatique, qui faisaient partie du détachement, Mouturier (contrôleur du théâtre) qui me vit en faire partie et M. Victor Mangin (voir Mangin, Victor) rédacteur des Amis de la charte, qui en a eu connaissance. Je me suis empressé de me mettre dans la garde nationale de Nantes dès sa formation. Je faisais partie du bataillon de M. Mosneron-Dupin, mon capitaine était M. Deschamps et ce dans un moment était bien pénible. Je m’en suis retiré que lorsque tout le monde était habillé, mes moyens ne me permettaient pas de m’équiper. Voilà les faits, monsieur le ministre, que je désirais porter à votre connaissance. J’ose même en appeler à votre justice et j’attends votre décision qui prononcera si je suis digne d’une récompense nationale comme l’ont entendu les législateurs qui ont prononcé, avec la sanction du roi, la loi de 1830. J’ai l’honneur, etc. » Il lui fut répondu, en décembre 1831 et par le ministère de l’Intérieur, que sa réclamation était posée trop tardivement et que, par conséquent, il ne pouvait y être donné suite. Il reçut cependant la médaille de Juillet, sur la proposition de la ville de Nantes par l’ordonnance du 17 juillet 1832. En 1841, il réclama le brevet de sa médaille, qui lui avait été attribuée par la Commission des récompenses de la ville de Nantes et qui lui avait été remise à Metz par le préfet de la Moselle. Il est noté sur le dossier qu’il ne figurait pas sur la liste des médaillés de Nantes et qu’il convenait d’attendre une autre réclamation de sa part. Il demeurait 12, rue des Piques à Metz en 1831-1832 ; 9, rue Vincent à Metz en 1832 ; Marseille et était descendu à l’hôtel d’Angleterre, 64, rue Montmartre en 1841. Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives nationales F/1dIII/47 ; Archives nationales F/1dIII/80, dossier Loire-Inférieure et Etat des citoyens auxquels la médaille de Juillet a été décernée par l’ordonnance du 17 juillet 1832.

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