Briges de, Prosper
Biographie
Né le 21 septembre 1805 à Brest (Finistère), fils d’un colonel, aide de camp du général Lamarque et mort en Espagne. Artiste peintre. Il s’illustra à la prise de la caserne des Suisses, rue de Babylone. Il réclama trop tard devant la Commission des récompenses nationales, lui adressant la lettre suivante : « Je suis en retard pour demander la récompense. Je n’étais pas des derniers quand il s’est agi de défendre nos lois et la patrie, comme je n’en serais pas non plus s’il le fallait encore. Mais ma conscience, qui me disait que je n’avais fait que mon devoir, une sorte d’indifférence pour tout ce qui ne touche que mon intérêt personnel m’ont empêché jusqu’à présent de faire des démarches. Mes amis me conseillent et me pressent de réclamer une distinction à laquelle ils croient que j’ai des titres ; les titres sont dans les attestations jointes à a demande. Je les soumets à votre justice. » Dans son dossier aussi cette lettre d’intercession en sa faveur de la part de son oncle (le nom est illisible) et adressée sans doute à un membre de la Commission : « Je suis venu réclamer l’appui de votre bienveillance et en même temps de votre justice, en faveur de mon neveu, Briges, qui était un des combattants de Juillet, à l’attaque de la caserne de Babylone et d’autres lieux. Pourquoi n’avons-nous pas sollicité plus tôt ? La pétition répond à cette question. Le neveu ressemble à l’oncle ; ils ne sont pas demandeurs ni l’un ni l’autre. Mais les camarades du jeune homme lui ont représenté qu’ayant eu sa part aux dangers, il devait avoir part à l’honneur et il s’est décidé à sortir de sa petite chambre de peintre pour faire le solliciteur. Mais il ne connaît personne et il m’a prié de faire pour lui les démarches. Je n’ai pas hésité à vous apporter sa pétition, bien persuadé que c’était vous être doublement agréable que de vous procurer l’occasion de faire rendre justice à qui le mérite et de me témoigner votre bienveillance. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement). Il joignait à sa demande les certificat suivants. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. de Briges, artiste peintre, demeurant rue Racine n° 2, à Paris, a ramené chez moi, rue du Dragon n° 42, mon beau-fils, Alphonse Montz (voir Dorcy dit Montz, Alphonse, Théodore), blessé à la prise de la caserne de la rue de Babylone et mort le 10 août des suites de sa blessure. Je certifie de plus que M. de Briges était armé d’un fusil-arbalète. » Signé, le 8 septembre 1831 : Massinot. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu, armé, le sieur de Briges, le 29 juillet dans un des pelotons qui se sont formés sur la place de l’Odéon pour se rendre de là au Louvre et à la caserne de Babylone. Un de mes amis, le sieur Ruhierre (voir Ruhierre, Edme, Jean), signataire de la pétition du réclamant m’assure l’avoir vu ensuite et peu après que la caserne fût prise portant sur la figure les marques d’un combattant. Je pourrais, d’après la foi que j’ajoute à ce témoignage, attester qu’il fût présent à l’action mais comme il use du devoir d’un honnête citoyen de ne jamais charger sa conscience (même pour rendre service), je m’abstiendrais d’affirmer l’avoir vu pendant l’attaque. J’ose croire, messieurs, que la délicatesse et la franchise avec laquelle j’agis auront plus d’influence sur vous qu’une attestation plus pompeuse et qui cependant pourrait être fausse. D’ailleurs je vous prie de croire M. de Briges trop honnête citoyen pour solliciter une faveur non méritée. » Signé : Caron, J. (voir Caron, Jules), artiste, décoré. Maître de dessin au collège royal Saint-Louis (qui deviendra le lycée Monge), il fut suspendu de ses fonctions sur décision du ministre de l’Instruction publique, Victor Cousin (voir ce nom), pair de France, en date du 10 octobre 1840, en raison qu’il venait de publier une petite brochure, intitulée Du rapport qu’il y a entre l’absence du droit électoral et les émeutes, que le préfet de police avait fait déférer à l’autorité judiciaire. Il déposa (sous le nom de Briges, Prosper) un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa la lettre suivante à la Commission : « J’ai subi, en 1840, une destitution au collège Saint-Louis à Paris, où j’étais professeur. Cette destitution, signée de M. Cousin, ministre de l’Instruction publique, eut pour cause la publication d’un travail dont je suis l’auteur, ayant pour but de démontrer les vices et l’absurdité de la loi sur les élections, en même temps que la nécessité d’une réforme électorale. L’on me fit offrir de rentrer dans ma position si je voulais renoncer à servir la cause démocratique. Je préférai, comme tout honnête homme l’aurait fait, supporter les suites de ma destitution. Plus tard, à la mort de deux professeurs au collège, c’est-à-dire à deux reprises différentes, on me fit les mêmes offres ; je refusai constamment. Peu de temps avant, je fus appelé dans le cabinet du juge, au palais de justice, où je déclarai être l’auteur de l’ouvrage incriminé. Mais, après un certain laps de temps, l’affaire n’eut pas de suite et je ne fus pas incarcéré. Non seulement la place que j’avais me rapportait par elle-même mais aussi par le titre que je portais et qui me servait de différents côtés. Je ne parlerai que pour mémoire de dix-huit mois de mon temps que j’ai donnés au collège avant d’être professeur et pendant lesquels j’ai travaillé sans rien recevoir. Trois ans après, j’étais destitué ! J’ai donc éprouvé, malgré que je pouvais m’y soustraire, une perte considérable et elle m’a fait supporter bien des privations, bien des misères, bien des tourments ; ceux qui ont passé par ces souffrances, et le nombre en est grand, savent ce qu’on y endure. Je cite les faits, pour que vous jugiez le caractère de l’homme et son inaltérable persévérance, même dans le malheur. J’avais, et j’ai encore, une femme et deux enfants, j’en eux quatre, j’en ai perdu deux. En 1830, j’ai combattu avec le fusil. Le général Lamarque, dont mon père, soldat de la république et mort colonel en Espagne, a été l’aide de camp, m’offrit de me porter aux récompenses nationales ; je refusais, croyant n’avoir pas assez mérité. En 1848, j’ai de même fait ce que j’ai pu. Je suis arrivé sur la place de la Révolution avec la colonne qui y marchait. J’ai été haranguer le général qui commandait les cuirassiers. Nous avons pris le poste défendu par les municipaux, malgré les décharges qu’ils firent sur nous. J’ai quarante-trois ans. J’ai servi la cause démocratique le plus, le mieux que j’ai pu. Partout, toujours. Moi seul sait ce qu’il m’en a coûté depuis vingt ans. Si, pour prix de ce que j’ai cherché à faire et des malheurs que j’ai éprouvés, vous jugez convenable d’accueillir favorablement la demande que j’ai l’honneur de vous faire d’être garde général dans l’une des forêts de l’Etat je vous en aurai une très profonde reconnaissance ainsi que ma famille et nous pourrons tous ensemble bénir la république qui, en contribuant au bonheur général, ferait le nôtre individuellement. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, attestons les faits suivants. Le citoyen Briges se trouvait le 23 parmi les hommes du peuple qui formaient la tête de la colonne composée ensuite de la garde nationale, des troupes de ligne etc. Au moment où la colonne commençait à s’engager dans l’ex-Palais-Royal, il se fit un mouvement sur la place de la Révolution, les cuirassiers s’avancèrent comme à l’entrée de la rue pour fermer le passage à la colonne, qui eut alors un moment d’arrêt. Comprenant tout ce qui pouvait résulter de cet incident, le citoyen Briges s’avança auprès du général qui commandait les cuirassiers et il lui adressa des paroles chaleureuses, en l’engageant à ne point exciter une collision mais, au contraire, à prévenir l’effusion de sang et à respecter la volonté puissante du peuple, auquel se joignait déjà une partie de la garnison de Paris. Cette allocution fut interrompue par les mots du général, pâle de colère : “Assez, assez de vos harangues, retirez-vous ! retirez-vous d’ici !” Alors le susnommé engagea plusieurs personnes qui se trouvaient là à aller chercher le général Bedeau, qui était dans la colonne, afin qu’il vînt lui-même parlementer. Soit que le général fût effectivement averti soit qu’il jugeât de lui-même son intervention indispensable, il vint bientôt et après quelques minutes de conversation le général de la cavalerie ordonna le retrait de ses troupes, pour livrer le passage à la colonne, mais en se maintenant toujours complétement sur la place. La colonne populaire dans laquelle s’était replacé Briges s’avança alors, se dirigea à droite, du côté du corps de garde où se trouvaient les municipaux et en s’avançant reçut une décharge. Après un mouvement de retraite, la tête de la colonne, peuple et garde nationale revint et entama le feu, en recevant encore deux ou trois décharges. Après une demi-heure environ, le corps de garde fut pris. A la suite de cette affaire, le citoyen Briges crut remarquer une circonstance grave. Celle-ci : les troupes de ligne faisant partie de la colonne se trouvaient arrêtées auprès du général de cavalerie, par suite de la disposition générale des choses. Comprenant tout le danger qu’il y avait à laisser des troupes près d’un commandant mal disposé, qui pouvait avoir, malgré les événements, une certaine autorité sur les troupes qui se trouvaient en sa présence et dès lors soumises à son commandement, le citoyen Briges engagea différents officiers supérieurs à continuer leur marche et fit tout ce qu’il put pour concourir au triomphe de la cause populaire. » Signé : Sénéchal, ex-détenu politique ; Giraud, Gaspard, détenu politique, blessé de Février ; Jean, Auguste, ex-détenu politique ; Beasse, ex-détenu politique ; Gérard, ex-détenu politique ; illisible ex-détenu politique. Le 28 juillet 1848, ayant appris que les pièces qu’avaient déposées Briges devant la Commission avaient été égarées, Raisant lui adressait la lettre suivante : « Mon ami, je suis on ne peut plus étonné que l’on ait égaré tes pièces. Il faudrait peut-être revoir au Comité des détenus où elles avaient été d’abord déposées. Dans tous les cas, j’atteste de nouveau que tu fus un des hommes les plus actifs et les plus intelligents de la cause démocratique, pendant le dernier règne qui vient de finir, que tu ne craignais pas de sacrifier repos, famille, position pour servir nos intérêts communs ; que ta participation au journal La Fraternité te valut des poursuites judiciaires et, par suite, ton renvoi du collège où tu étais comme professeur. Enfin, ta part aux journées de Février n’est que la suite de ce long dévouement. Voilà ce que je crois devoir affirmer pour mon compte et serait au besoin appuyé par tous les politiques socialistes. » Signé : Raisant, A. Le même Raisant adressait la lettre suivante à un des membres de la Commission des récompenses nationales, dont le nom ne nous est pas parvenu : « Nous avions déjà parlé de Briges ensemble. Il était convenu que les délits de presse, ou même les individus qui avaient perdu leur position en se livrant à l’éducation du peuple auraient également droit à notre attention. Je crois que c’est de bonne justice et que tu ne mettras pas en doute que cette classe de citoyens n’aient autant mérité, en moralisant les ouvriers que ceux qu’on arrêtait souvent chez les marchands de vin. Tout à toi. » Signé : Raisant, A. Il fut recommandé pour une place de garde général dans les Eaux et Forêts. Mais de secrétaire d’ambassade ailleurs Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il est aussi l’auteur de L’Existence de la destinée humaine parue en 1839 et de Fondements du droit d’égalité paru en 1843. Il demeurait 2, rue Racine en 1831 ; 4, rue des Dames aux Ternes en 1848. Archives de la préfecture de police AA 375.