Brissot-Thivars, Louis, Saturnin
Biographie
Né le 7 mars 1792 à Chartres (Eure-et-Loir). Il était le neveu du conventionnel Brissot. Nous empruntons à la Biographique nouvelle des contemporains, la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Il a fait en qualité de payeur la campagne de Russie. Pendant les Cent-Jours, il a organisé à Rouen une compagnie de gardes nationales à cheval. Après la seconde Restauration, son père, qui était payeur-général dans cette ville, fut destitué. Pour lui, il fut obligé de quitter la France en 1816. Réfugié à Bruxelles, il travailla au Mercure surveillant, puis au Libéral, et il fonda ensuite le Constitutionnel d'Anvers. Le gouvernement des Pays-Bas avait pris un arrêté qui imposait sur les bâtiments arrivant dans l'Escaut, des droits onéreux qu'on ne payait pas dans les ports de la Hollande. Le commerce de la Belgique, et particulièrement celui d'Anvers, firent à ce sujet de vives réclamations, qui furent d'abord repoussées. M. Brissot-Thivars embrassa la cause des Belges et parvint à faire rapporter cet arrêté. Peu de temps après, un négociant étant mort dans les prisons, victime des violences que la régie des impôts indirects lui avait fait éprouver, M. Brissot-Thivars prit de nouveau la défense du commerce. Alors il lui fut enjoint de quitter les Pays-Bas. Il y resta caché pendant sept à huit mois, continuant à écrire dans le Constitutionnel d'Anvers ; mais les recherches devenant plus actives, il rentra en France. Lorsqu'on imagina qu'un coup de pistolet avait été tiré sur le général Wellington, M. Brissot-Thivars fut arrêté et mis en jugement, comme atteint et convaincu d'avoir publié une brochure dans laquelle il avait abordé le premier la question du rappel des bannis. Il rédigea ensuite, de concert avec M. Chatelain, auteur du Paysan et du Gentilhomme, le nouvel Homme gris, feuille périodique qui eut beaucoup de succès. Il est maintenant à la tête d'un établissement connu sous le nom de librairie constitutionnelle. On a de lui : le Guide électoral, ou biographie politique et législative des députés, depuis 1814 jusqu'en 1819 inclusivement, 2 vol. in-8°, première et deuxième années. » De la même manière, nous empruntons aux Supercheries littéraires dévoilées la notice biographique qui lui est consacrée : « Neveu de Brissot de Warville, homme de lettres et libraire. Arrêté pour la publication d'un opuscule de lui, intitulé Le Rappel des bannis (1818), Brissot-Thivars parvint à se sauver, et il alla en Belgique. Il participa à la rédaction de plusieurs journaux de ce pays, tels que le Mercure surveillant et le Libéral », et fonda dans la même année (1816), le « Journal constitutionnel, commercial et littéraire de la province d'Anvers. Brissot signait du nom de sa femme: Thivars. Après 1830, Brissot-Thivars fut choisi par le préfet Gisquet pour occuper la place de directeur de la salubrité publique de Paris, place qu'il a remplie jusqu'à sa mort. » Homme de lettres ou receveur particulier en 1831. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Le 28 juillet, M. Bonnet (voir Bonnet, Joseph, Gustave), élève de l’Ecole polytechnique, et M. Astvin (voir ce nom), jeune artiste, à la tête de quelques citoyens, désarmèrent le poste de gendarmerie de la rue de Tournon. Trois cents fusils, des sabres et une grande quantité de munitions furent pris et distribués à l’instant aux défenseurs de la liberté. M. Astvin protégea ensuite la retraite de ses prisonniers et les reconduisit, sains et saufs, au nombre de trente-cinq, à la barrière d’Enfer, où ils furent déshabillés pour leur sûreté personnelle et rendus à leurs familles. Après avoir combattu au pont des Arts, les mêmes citoyens, MM. Bonnet et Astvin (voir ce nom) et M. Brissot-Thivars, chef de bataillon de garde nationale, proclamèrent le gouvernement provisoire dans tout le faubourg Saint-Germain, et firent arborer les premiers le drapeau tricolore. » Dans l’exposé qu’il fit auprès de la Commission des récompenses nationales de sa propre conduite L’Huillier, Charles, Sulpice, rapporta que le 28 juillet il s’était joint « à une petite colonne qui se rendait à l’Hôtel de ville, dirigée par M. Brissot-Thivars mais toutes les issues étant interceptées par la ligne, nous ne pûmes y parvenir ». Dans le récapitulatif que rédigea Barthe, Charles, Laurent, Emile (voir ce nom) sur sa propre conduite pendant les trois journées de Juillet, afin de faire valoir ses droits à une récompense honorifique, ce dernier nous apprend que Brissot-Thivars reçut, conjointement avec lui « l’ordre de diriger les mouvements dans le (ancien) Xe arrondissement, des proclamations à répandre et de l’argent. M. Casimir Perier lui remit en outre un crédit illimité pour tous les fonds dont on pourrait avoir besoin, à disposer sur sa signature ». Dans le récit que fit Valleray, Narcisse, René de sa propre participation aux combats de Juillet, il donnait sur Brissot-Thivars quelques indications : « Mais le lendemain 29, notre courage s’accrut quand nous apprîmes que le général Lafayette, dont le nom est si cher à la liberté, consentait à prendre le commandement de forces dix fois suffisantes pour vaincre pourvu qu’on sût en régler l’emploi. A 6 heures du matin, j’allai me concerter avec M. Aumont (voir Marie dit Aumont, Joseph, Bonaventure), mon voisin, domicilié rue de Seine, n° 55, et j’appris par lui qu’on attendait des ordres chez M. Brissot-Thivars, libraire, rue de l’Abbaye. Je m’y rendis de suite et j’y trouvai une dizaine d’honorables patriotes. Notre premier soin fut de faire une collecte pour donner du pain aux ouvriers qui s’étaient battus la veille et devaient se battre encore avec nous dans la journée. Nous fîmes ensuite confectionner des drapeaux aux trois couleurs. Je surveillai la fonderie de balles établie devant le corps de garde de l’Abbaye et qui fournissait la colonne qui se formait sur la place de l’Odéon et celle qui allait se former devant l’église de l’Abbaye. Je fis mettre en réserve des munitions pour cette dernière et je reçus du chef des fondeurs un morceau de plomb coupé de manière à ce que les deux bouts pussent se rejoindre et servir de reconnaissance car il importait de ne pas s’exposer à faire tomber dans des mains infidèles des munitions précieuses. Rentré un instant chez moi je donnai au sieur Ledoux, mon portier, ancien militaire, les moyens de se pourvoir d’armes, afin qu’il pût nous accompagner et il est entré en effet aux Tuileries avec nous. Je partis ensuite à 11 heures et demie avec la colonne de l’Odéon, qui traversa le pont Royal sous les balles et la mitraille et força l’entrée des Tuileries. Ce ne fut qu’à 4 heures, et lorsque la cause du peuple avait triomphé que je me déterminai à rentrer chez moi et à rendre la joie à ma famille, qui m’attendait avec anxiété. » Il fit partie avec Bixio Giacomo Alexandro, Campaignac Jean Joseph Antoine, Delaruelle Jean-Jacques Rousseau, Marie dit Aumont Joseph Bonaventure, Manteau Louis François, Lallemant dit Mazagrand Julien François, Rufz Paul Etienne, Plocque Jean Alexandre, Constant Georges Jean Louis, Robinet Stéphane, Montègre Horace, Gravier Jean-Baptiste Adolphe, des quatorze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) Xe. Il fit partie, pour le (ancien) Xe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense ; il fut nommé secrétaire de ce jury. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Brissot, Louis, Saturnin sur les listes du Bulletin des lois, et sur celles du Moniteur).. Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 18 mai à la mairie du (ancien) Xe arrondissement, reçut sa croix le 25 juin et son brevet lui fut envoyé le 18 octobre 1831. Dans sa demande de récompense nationale, Gachedaure, Jean-Baptiste disait être connu de lui. Il signa, le 13 avril 1831, le certificat suivant en faveur de Borde, Adrien, Jules, Germeuil : « Je, soussigné, déclare qu’il est à ma connaissance que le jeune Borde, Adrien, a été l’une des victimes de notre révolution de Juillet ; qu’il n’a succombé qu’après avoir combattu loyalement et peut-être avec trop de témérité les ennemis de notre belle cause. Je n’ai pu être témoin des faits qui le concernent mais je tiens ma conviction du caractère du jeune Borde, que je connaissais particulièrement, et de l’attestation unanime de plusieurs personnes qui l’ont vu au moment où il a été frappé à mort. Le gouvernement ferait un acte d’équité en accordant sa bienveillance à la famille de Borde, famille recommandable sous tous les rapports. Il est juste d’accorder à ceux qui survivent la récompense qu’avait méritée à tant de titres celui qui a succombé. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 14, rue de l’Abbaye en 1830-1831 ; 8, rue Honoré-Chevalier en 1831 mais 22, rue Sainte-Anne en 1831 in Archives nationales F/1dIII/36. Biographique nouvelle des contemporains, tome 3 BI-BY, Paris, chez Ledentu, 1827, p 493 ; Les Supercheries littéraires dévoilées, Quérard, tome IV, p. 480, Paris, 1852, chez l’éditeur ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 11 août 1830 ; Le National, 13 août 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Gachedaure, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Valleray, Narcisse, René ; Archives de Paris VD6 278 in dossier L’Huillier, Charles, Sulpice ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831 décision contre Leblanc, séance du 11 avril 1831 où il demande l’ajournement d’ Audra, Elie, séance du 21 avril 1831, décision en faveur de Capet, idem décision contre Robinet, idem décision en faveur de Bonnet, Joseph, séance du 13 avril 1831 décision contre Roujoux de, Prudent, Guillaume, baron, contre O’Reilly, Pierre, Jacques, Romain, contre Prost, Claude, Marie, Frédéric, contre Carbonnel, Antoine, François, séance du 15 avril 1831 où il prend parti en faveur de Duverger, Louis, Camille, Eugène ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barthe, Charles, Laurent, Emile ; Archives nationales F/1dIII/33 droit des membres de la Commission à la décoration de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Borde, Adrien, Jules, Germeuil ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys.