Brun, Jean, Marie

Biographie


Combattant de Juillet et ancien tailleur d’habits, il était devenu employé au Théâtre de l’Opéra-Comique, parce qu’il avait été amputé d’un bras à la suite d’une blessure qu’il avait reçue pendant les événements de juin 1832. Il aidait le costumier du théâtre et demeurait 14, rue Rochechouart. Des témoins, dans l’affaire Darmès, dirent de lui qu’il venait souvent à la station de cocher de Valentin Duclos et qu’il lui parlait. Un rapport de police, en date du 5 décembre 1840, dit de lui : « Depuis huit ans, il demeure rue Rochechouart, n° 14, il travaille chez le costumier du théâtre, ne reçoit aucun étranger, et, depuis les affaires de juin 1832, où il a été blessé, il s’est tenu en dehors des intrigues politiques et ne songe qu’à se faire une position sortable. On n’a pu se procurer aucune lumière sur les relations qui existeraient entre lui et le nommé Duclos. » Le rapport, du 25 novembre 1840, fait par le commissaire de police, chargé de rechercher Brun dit : « [...] Nous nous sommes aussitôt transportés audit théâtre de l’Opéra-Comique [...]. Nous avons demandé qu’on nous donnât quelques renseignements sur le compte du nommé Brun, et il nous a été répondu que sous le rapport de la moralité et de la probité on ne pouvait que faire son éloge. Quant aux opinions politiques qu’il pouvait avoir, il évitait d’en parler au théâtre parce qu’il savait bien que les chefs ne souffraient point qu’il en fût question dans l’intérieur de l’établissement ; cependant qu’il passait pour être républicain. Nous nous sommes retirés et nous nous sommes transportés au domicile dudit sieur Brun, rue Rochechouart, n° 14, accompagné de notre secrétaire et assisté de deux inspecteurs de la police municipale. Nous avons trouvé le sieur Brun dans son lit ; les deux bras et les deux mains enveloppées, par suite de douleurs rhumatismales aiguës nous a-t-on dit, lesquelles avaient été accompagnées d’une fièvre cérébrale des plus violentes. Après avoir reconnu que le nommé Brun pouvait nous entendre sans danger, nous lui avons fait connaître notre qualité et le motif de notre visite. En réponse aux diverses interpellations que nous lui avons adressées, le sieur Brun nous a dit : “Je me nomme Brun, Jean, Marie, j’exerçais autrefois l’état de tailleur d’habits, mais ayant été atteint d’une balle au bras gauche, à l’époque des affaires des 5 et 6 juin 1832 et par suite de ma blessure privé en partie de l’usage de ce bras, j’ai dû renoncer à continuer mon état. J’ai été employé par le sieur Marchais qui avait été nommé président de l’Association pour la liberté de la presse. Je portais les ouvrages publiés par l’association ; mais la loi sur les associations ayant paru, la société s’est dissoute. Je n’ai pu conserver mon emploi. Les ouvrages républicains que vous trouverez chez moi proviennent encore de cette époque. J’avais droit à un exemplaire sur six que je plaçais. Je ne nierai point que j’aie appartenu aux sociétés républicaines. J’ai été membre de la Société des Droits de l’Homme ; mais depuis que j’ai été blessé, j’ai cessé de m’occuper activement de politique. Mes opinions sont arrêtées. Je ne les désavoue point. J’ai pris une grande part aux actions des journées de juillet 1830. Je croyais au rétablissement de la république. Je blâme les émeutes, elles ne mènent à rien et j’ai en horreur l’assassinat. Il n’y aurait que dans le cas d’un soulèvement général que, si ma blessure me le permettait, je descendrais encore dans la rue pour combattre. Il y a longtemps que je connais Valentin Duclos. J’ai été son tailleur et voilà pourquoi, lorsque je passais devant ses stations, je lui disais bonjour quand je le voyais. J’ai vu Valentin Duclos le lendemain ou deux ou trois jours après l’attentat du 15 octobre dernier ; je lui en parlai et lui dis que celui qui avait fait cela était bien bête. Valentin ne m’a point dit qu’il connût l’auteur et je suis porté à croire qu’il ne le connaissait point. Quant à moi, j’affirme n’avoir jamais connu Darmès, dont ne n’ai appris le nom que par les journaux. J’ignore si Valentin fait partie de quelque société ; il m’a quelquefois parlé des sociétés mais il ne m’a jamais fait aucune proposition ; j’ai pensé quand il entamait la conversation sur ce sujet que c’est qu’il cherchait à me sonder et, comme il n’allait pas avant, j’ai conclu que je ne lui inspirais point assez de confiance. Je vous le répète, depuis que j’ai été blessé et notamment depuis que je suis marié, je ne me suis plus occupé de politique. Vous trouverez chez moi un peu de poudre et point d’armes. Voici à quelle occasion j’ai acheté cette poudre. Ayant été attaqué un soir que je me rendais chez moi, à la sortie du Théâtre, par trois individus dont deux furent arrêtés et conduits devant M. Deroste, commissaire de police. N’ayant pas voulu donner de suite à cette affaire, je demandai leur mise en liberté et M. Deroste y consentit. Mais ces mêmes individus m’ayant fait des menaces, je prévins M. Deroste que pendant deux ou trois soirées, je sortirai armé. On me prêta un pistolet au théâtre et j’achetai un seizième de kilo de poudre. J’ai rendu ce pistolet et la poudre est restée chez moi. [...]” Indépendamment de la poire à poudre que le nommé Brun nous a déclaré que nous trouverions chez lui, nous en avons trouvé une seconde plus petite et contenant aussi un peu de poudre. Le sieur Brun nous a dit que cette poudre venait encore des journées de juillet 1830, qu’il ignorait l’avoir encore, car sans cela il n’en eût point acheté d’autre. » Archives nationales CC//774 dossier Alexandre, idem dossier Brun ; Attentat du 15 octobre 1840, rapport de Girod de l’Ain, Cour des pairs, Paris, 1840. Voir sans doute lautre Brun, Jean, Marie.

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