Brunet, Charles

Biographie


Né le 7 mars 1780 à Saint-Privat (Moselle), fils de Brunet, Albert, métayer, et de Henriot, Françoise, son épouse. Ancien mineur du 1er bataillon de génie, il participa au siège de Ponti en Italie, de Grodens en Pologne, de Stralsauden en Suède et de Colbert, où il fut blessé d’un coup de feu au pied droit. Il s’établit limonadier, 4, rue de Bondy. Le 28 juillet, placé sur le balcon de son établissement, il observa le mouvement des troupes et vit que trois cents hommes environ stationnaient au carrefour du Château-d’Eau, près le théâtre de Franconi, et se disposaient ainsi que le poste de ce point à marcher pour appuyer les troupes qui combattaient à la porte Saint-Martin. Plusieurs individus étaient étendus sans vie, d’autres, des femmes, des enfants, des vieillards, ne cherchaient qu’à fuir. En chemise, sans armes, il s’avança au milieu de la fusillade et des feux de peloton jusque devant les officiers du poste pour leur demander de faire cesser le feu contre le peuple, leur faisant valoir qu’ils connaissaient sans doute comme lui l’injustice de leur disposition, que leur devoir n’était pas de faire feu contre le peuple, qu’ils violaient la loi, qu’il était abominable de leur part d’exécuter des ordres sanguinaires et que le sang versé retomberait sur les têtes coupables de ceux qui ordonnaient les massacres. Il constata bientôt que la garnison s’était réunie à la population, que plusieurs postes appartenaient aux insurgés, que les explosions qui s’entendaient vers la porte Saint-Martin étaient des coups de fusil tirés en l’air. Un grand nombre d’officiers ordonnèrent l’interruption du feu, se postèrent aux coins des rues qui conduisaient au carrefour pour faire signe au peuple de ne point s’approcher et firent retirer quatre tirailleurs qu’ils avaient placés en face du Château-d’Eau. Un peu plus tard, le peuple ayant envahi le poste du Château-d’Eau et démoli le corps de garde, toute la charpente fut réunie en tas et on était prêt d’y mettre le feu, quand Brunet intervint pour empêcher l’incendie qui pouvait « compromettre gravement la fortune et la sûreté de leurs voisins, étant environnés de bâtisses et surtout de deux roulages où se trouvaient beaucoup de marchandises qui appartenaient à leurs concitoyens auxquels ils pourraient faire par-là un tort considérable et dont ils causeraient peut-être la ruine. » Le projet fut aussitôt abandonné et les insurgés préférèrent construire avec les pièces de bois une barricade au milieu du carrefour. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il donna par la suite à la Commission des récompenses nationales le témoignage suivant : « Après la prise de la porte Saint-Martin, sans aucune résistance ni effusion de sang, ni d’une part ni de l’autre, M. Bérard, appartenant au 50e régiment de ligne, commandant du poste du Château-d’Eau, agit dans cette circonstance difficile en véritable Français, et un lieutenant décoré imita ce noble exemple en prescrivant à son peloton de tirer haut. L’exposant se permit alors par un rapport qu’il signa en indiquant son adresse de porter à la connaissance du ministre de la Guerre la conduite répréhensible d’un officier et d’un sergent-major qui menacèrent de faire fusiller à la tête du peloton ou de traduire au conseil de guerre tout soldat qui se refuserait de tirer à ceinture d’homme. Plusieurs officiers et grenadiers qui avaient été témoins de la contenance de l’exposant dans cette crise périlleuse se hâtèrent de venir le féliciter sur les preuves de bravoure qu’il venait de donner. Le 3 août suivant, l’exposant, ayant appris que l’officier et le sergent-major, signalés au rapport énoncé, continuaient à faire partie du 50e de ligne, réclama leur expulsion de ce corps, […] dans une pétition où il annonçait que tous les grenadiers confirmeraient l’exactitude des faits qui leur étaient imputés. » Il donna aussi le témoignage suivant sur les jours qui suivirent la révolution : « Peu de jours après, des foules nombreuses composées d’individus de toutes classes se portaient aux mairies pour y recevoir de l’argent. J’eus connaissance des abus qu’ils commettaient puisqu’ils touchaient des fonds dans quatre mairies différentes. Je me fis un devoir de me rendre à la mairie du Ve arrondissement pour en prévenir monsieur le maire, qui, en m’accueillant avec bonté, me remercia. J’eus toutes les peines possibles pour pénétrer au travers d’une foule aussi nombreuse que douze à quinze gardes nationaux ne pouvaient contenir ni faire reculer. Ayant été fortement serré par la presse de cette foule qu’il me fallut pénétrer, il m’en résulta une forte oppression depuis ce temps ; lors des rassemblements des ouvriers qui avaient résolu de faire partir de Paris ceux allemands, m’étant mis parmi eux il en fut de même. Je m’empressai de me rendre chez le commissaire de police rue Grange-aux-Belles. Lequel n’étant pas à son bureau, je rendis compte à son secrétaire du rassemblement qui existait sur le port du canal et de la rue des Marais, n° 9 ou 11. » Compris seulement sur les listes des médaillés auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement (sous le seul nom de Brunet et sans prénom sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39, sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel), il réclama pour tenter l’obtenir la croix. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 4, rue de Bondy en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/47.

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