Brunet-Duplantis
Biographie
Avocat à Paris, nommé président du tribunal civil de Marennes (Charente-Maritime) en 1831. Le 25 mai 1831, depuis la présidence du tribunal civil de Marennes, il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales réunie pour le département de la Seine-et-Oise, afin d’obtenir la Croix de Juillet : « Etant informé qu’un jury s’est formé dans votre canton, pour désigner, au choix du roi, les citoyens qui peuvent avoir mérité la Croix de Juillet, par leur patriotisme et leur dévouement, je viens vous soumettre mes titres à cette faveur, en vous priant de les faire apprécier par vos concitoyens et par Sa Majesté s’il y a lieu. Je possède à Ville-d’Avray le clos de la Fontaine du roi et la Chaumière, où je me trouvais le mercredi soir 28 juillet. Sur les 9 heures, je fus rendre visite à Monsieur Léger ; je trouvais dans son salon une réunion assez nombreuse, à laquelle je n hésitais pas à annoncer que la cause du peuple était gagnée et que le gouvernement de Charles X serait renversé le lendemain. Le jeudi matin 29, sur les 8 heures, je quittais Ville-d’Avray, accompagné de M. Mac Goran, Anglais d’origine, homme fort courageux, et nous nous dirigeâmes vers la caserne de cavalerie de Sèvres, dans l’espoir de nous joindre à quelques patriotes, d’y pénétrer de vive force et de désarmer les cavaliers qui feraient résistance. Arrivés devant la porte principale de la caserne, au pied de l’avenue de Bellevue, nous reconnûmes qu’elle était entièrement vide et que les soldats avaient été dirigés sur Paris. Nous résolûmes alors de nous porter sur Paris, pour nous joindre aux combattants ; mais le passage du pont de Sèvres nous fut interdit par un peloton de chasseurs à pied de la garde, qui gardaient la tête de pont. Nous suivîmes le chemin de la rivière et nous montâmes à Meudon pour y observer les mouvements de Paris. Sur ma route et dans l’avenue du château, j’étais constamment accompagné par une vingtaine d’hommes résolus, qui ne demandaient pas mieux que de marcher au combat, si je pouvais leur procurer des armes. Après quelques moments d’observation et d’attente, nous revînmes au-devant de la caserne de Sèvres, qui était encore vide. Je repris alors le chemin de Ville-d’Avray, où, après quelques repos, Mac Goran et moi nous nous décidâmes à gagner Paris, en prenant le bois de Saint-Cloud et l’avenue du Château. Mon but était toujours d’aller combattre à Paris et surtout d’avertir mes concitoyens de la sympathie des habitants de Sèvres et de Ville-d’Avray et du découragement des troupes de Charles X. Vers le milieu du bois, nous fîmes rencontre du 53e régiment de ligne, qui revenait de Paris. A la vue de ces soldats, dans le visage était couvert de poudre, M. Mac Goran, malgré sa fermeté, refusa de m’accompagner. Il avait essuyé dans Paris, où il se trouvait le lundi soir, rue de Valois-Batave, deux décharges de mousqueterie et il y aurait été tué sans un officier de cavalerie, qui le prit sous sa protection, en reconnaissant qu’il était Anglais. M. Mac Goran ne voulait donc plus exposer sa vie pour une cause qui était celle des bons citoyens mais qui n’était pas celle de son pays. Resté seul dans le bois, je m’avançais hardiment au milieu des soldats. Je fus beaucoup questionné car ils craignaient une barricade à Ville-d’Avray et je m’assurais qu’ils s’étaient battus à regret dans Paris et que rien au monde ne pourrait les y faire rentrer. Les officiers étaient silencieux et souffraient les plaintes et les apostrophes de leurs soldats, sans oser répondre. Ils marchaient pêle-mêle. Après avoir quitté le 53e, j’ai rencontré des soldats de la garde dans l’avenue du château de Saint-Cloud. Ils avaient un meilleur cœur et plusieurs m’ont dit qu’ils comptaient bien retourner au combat le lendemain, après s’être reposés la nuit ; mais au fond ils étaient démoralisés. J’ai continué ma route en suivant le chemin du Point-du-Jour et je suis arrivé à la barrière de Chaillot, en traversant divers détachements, notamment des lanciers stationnés vis-à-vis la porte les Princes, mais toujours seul et courant à chaque moment le risque d’être arrêté. J’ai longé les quais, en surmontant divers obstacles. Le combat si opiniâtre de la rue Saint-Nicaise et de la rue Richelieu finissait à peine, quand j’ai traversé la rue Saint-Honoré. Je me suis rendu à la mairie des Petits-Pères, où j’ai fait avec mes camarades le service des barricades pendant toute la nuit. Le vendredi matin vers 8 heures, pensant bien que les observations que j’avais faites à Sèvres, à Meudon, dans le bois de Saint-Cloud et sur la route seraient précieuses pour le général en chef, je suis allé à l’Hôtel de ville. Un de ses aides-de-camp est venu recevoir mes déclarations, les a portées au général et est revenu m’assurer qu’elles étaient extrêmement utiles car on avait la fausse idée que le duc d’Angoulême se préparait à rentrer de vive force par la barrière de l’Etoile. Depuis ce moment, j’ai repris mon service de garde national jusqu’à mon départ pour ce pays. Puisse mon zèle et mon dévouement me mériter la distinction que je sollicite ! J’indique comme témoins : 1°) M. Mac Goran, mon locataire à Ville-d’Avray ; 2°) M. Rolle, capitaine de la garde nationale à Ville-d’Avray ; 3°) M. Fontaine, peintre vitrier à Ville-d’Avray. Agréez monsieur le maire etc. » Dans sa séance du 16 décembre 1831, la Commission des récompenses nationales réunie pour le département de la Seine-et-Oise donna l’avis suivant sur la Croix de Juillet que demandait Brunet-Duplantis : « Le pétitionnaire n’a couru aucun danger réel. La Commission estime qu’il n’y a eu lieu à lui accorder la récompense qu’il sollicite. » Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise.