Brunet, Léonard

Biographie


Né à Paris. Médecin, reçu le 20 août 1803 (in Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 ; mais le 8 août 1825 in pièce 3164 ; le 9 août 1825 in pièce 3166 ; le 10 août 1825 in pièce 3173) à la faculté de Paris, ex-chirurgien des hôpitaux de Paris. Il donna des soins à l’ambulance du 47, rue de Grenelle-Saint-Honoré. Les journaux de l’époque rapportèrent à son sujet : « MM. les docteurs Dubois, Gendrin et Brunet n’ont cessé de donner pendant toute la journée les soins les plus empressés aux blessés du n° 47 (lire 45-47) de la rue de Grenelle. » Dans son rapport, Setier (voir ce nom et le rapport complet à ce nom) secrétaire de l’ambulance du 29, rue de Grenelle-Saint-Honoré, confirmait au sujet des trois médecins, qu’ils avaient soigné les blessés à l’ambulance du 45 de la rue de Grenelle, dans la salle de Tivoli d’hiver : « MM. les docteurs Brunet, Dubois et Gendrin offrirent leurs services avec empressement, et donnèrent aux blessés, pendant plusieurs jours, les soins les plus assidus. » Il relata, conjointement avec Dubois, Paul, Louis, Jean-Baptiste (voir ce nom) ainsi, auprès de la Commission des récompenses nationales, les circonstances dans lesquelles il avait fondé l’ambulance et les soins qu’il y avait apportés. « Nous avons dès le 27 juillet, concurremment avec un autre de nos collègues, établi rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 45-47, une ambulance où plus de deux cents blessés, tant civils que militaires, ont été transportés. Nous leur avons pratiqué les opérations urgentes, donné les soins qu’exigeaient leurs blessures et ne les avons quittés d’un instant pendant les 27, 28 et 29 juillet. A cette époque, malgré les secours de toute espèce qui nous étaient apportés et [illisible] les sacrifices dignes d’éloges du propriétaire du local (voir Michalet, Guillaume, Martin) et de son épouse (voir Malmberg, Rosalie, Louise, Marie, épouse Michalet), le grand nombre de blessés et la disposition du local nous ont forcé, après nous être entendus avec M. le baron Larrey, de faire transporter dans son hôpital les militaires blessés ; dans les hôpitaux civils ceux qui n’avaient pas de domicile convenable et dans leurs familles beaucoup d’autres, à qui nous n’avons cessé et continuons encore de donner des soins gratuits jusqu’à leur guérison. Un grand nombre de morts, des suites immédiates de leurs blessures, étant déposés dans les salles voisines de l’ambulance, ne pouvant être reconnus ou transférés dans les cimetières. Beaucoup de parents s’opposaient avec raison à ce qu’ils fussent enterrés dans le marché des Innocents. Nous pensâmes que dans ce moment de trouble où les anciennes autorités étaient disparues, il convenait de faire cesser cette mesure de précipitation, qui avait le grand inconvénient pour les familles de ne pouvoir reconnaître les individus et constater leur décès. Nous prîmes le parti de nous rendre à l’Hôtel de ville, siège du gouvernement provisoire. Nous nous adressâmes au colonel Zimmer, qui, au nom du brave général Lafayette alors absent, nous délivra sur notre demande l’autorisation de faire cesser les inhumations et nous la fîmes exécuter à l’instant. Dès lors tous les cadavres furent transportés à l’église Saint-Eustache. Après avoir requis le commissaire de police du quartier, nous leur donnâmes tous les renseignements que nous avions recueillis auprès des malheureux qui avaient succombé et qui pouvaient les faire reconnaître et prévenir leur famille. » Le docteur Gendrin fit le rapport suivant sur l’activité de l’ambulance au commissaire de police du quartier de la Banque de France, qui le lui avait demandé : « Le 29 juillet au matin, comme tout annonçait qu’il y aurait dans la journée une affaire sérieuse dans le quartier du Palais-Royal, j’ai résolu d’établir une ambulance destinée à donner les premiers secours aux blessés. La salle du Tivoli d’hiver, rue de Grenelle-Saint-Honoré, présentait un local convenable pour cette destination. Le citoyen Michalet (voir Michalet, Guillaume, Martin), qui en est propriétaire, l’a mise à ma disposition. Elle a été immédiatement mise en communication au moyen de la réouverture d’une ancienne porte avec la cour de la maison que j’habite, laquelle offrait toutes les facilités désirables pour le pansement des blessés qui étaient ensuite déposés dans la salle du Tivoli ou rendus à leurs familles. Un écriteau indiquant l’établissement de l’ambulance a été placardé dans tout le quartier. Au moment des combats, on a été informés que les soldats qui tombaient blessés restaient sans secours sur place, soit parce que l’on mettait de la négligence à les relever soit parce que les régiments engagés se trouvaient séparés de leurs ambulances. Cette circonstance, malheureuse puisque tout homme blessé doit être également secouru quelle que soit la cause pour laquelle il combat, montrait la nécessité de trouver des infirmiers assez courageux pour aller recueillir les blessés au milieu des combattants. Il a suffi pour trouver ces hommes dévoués de signaler ce devoir à remplir aux braves désarmés ou manquant de munitions, qui circulaient continuellement dans les rues. J’ai inutilement tenté de connaître les noms de ces hommes courageux, tous se sont refusés à les donner. Je suis réduit à n’en citer qu’un seul qui s’est souvent chargé de diriger les autres, avec une intrépidité au-dessus de tout éloge, c’est le nommé Goujon (voir Goujon, Charles, Marie), lunettier, ancien sergent d’artillerie de marine, demeurant rue Pastourel n° 8 à Paris. L’ambulance établie à la halle de Tivoli d’hiver est bientôt devenue le centre de réunion de tous les blessés provenant de la rue du Coq, de la rue Saint-Honoré, de la place du Palais-Royal. On y a apporté le plus grand nombre de ces blessés avant qu’ils n’aient reçu aucun soin. Quelques-uns y ont été apportés après avoir été pansés rapidement dans des allées ou des cours voisines du lieu où ils avaient été atteints. J’ai eu le bonheur d’être secondé par les docteurs Brunet, rue du Boulois n° 12 et Dubois (voir Dubois, Paul, Louis, Jean-Baptiste), hôtel des Fermes, qui se sont empressés de se livrer avec dévouement à secourir avec moi ces blessés. Le mouvement total de l’ambulance a été pendant toute la journée du 29 et la nuit suivante de cent quatre-vingt-dix blessés, dont une grande partie ont été immédiatement conduits à leurs domiciles ou dirigés dans les hôpitaux, après avoir été pansés, tant qu’il a été possible de trouver des hommes pour les y transporter et aussitôt que le passage des ponts a été libre. Les occupations que me donnaient les pansements continuels ne m’ont pas permis, ainsi qu’à mes collègues, de faire recueillir les noms de ces blessés qui n’ont séjourné que très peu de temps à l’ambulance. Le 29 au soir, on a procédé à un deuxième pansement des blessés restés à l’ambulance, qui pouvaient exiger soit de graves opérations soit l’application d’appareils compliqués. C’est alors que j’ai fait dresser la liste nominative des blessés que je joins à ce rapport. Les blessures ont été généralement très graves. Elles ont presque toutes été faites par la mousqueterie à une faible distance car dans les dix-neuf vingtièmes cas les parties touchées étaient percées de part en part sans déviation des projectiles. Les blessures des citoyens ont été généralement plus graves que celles des militaires, cela dépendait de ce que ces derniers chargeaient mieux leurs armes et tiraient peut-être aussi de plus près. Beaucoup de citoyens tiraient avec deux balles comme l’attesteraient les doubles plaies faites du même coup, toutes ces blessures étaient légères. Quelques-uns se sont servis de cartouches et plombs de chasse sur lesquels ils ajoutaient une balle. Nous avons reçu des blessures produites par des coups ainsi tirés, le trou de la balle était entouré de grains de plomb. Ces plaies ont été peu graves, là encore le tir a été affaibli. Nous n’avons eu qu’un seul blessé par le canon. C’était un vieillard, de son état peintre en bâtiment, qui avait la jambe gauche emportée par un boulet (reste à retrouver). Nous n’avons reçu que quatre blessés à l’arme blanche, toutes ces blessures avaient été faites par la baïonnette sur des militaires, trois de ces soldats étaient des Suisses blessés au Louvre. Sur les quarante-deux blessés dont la liste est jointe, douze sont morts dans la nuit du 29 au 30. Une ambulance ne devant jamais devenir, sans de graves inconvénients, un lieu où l’on conserve des malades, je me suis empressé de faire évacuer les blessés sur les hôpitaux aussitôt que cela a été possible. Cette évacuation a été commencée le 30 à 3 heures du matin, elle était finie à 5 heures. Je l’ai fait effectuer par des hommes de bonne volonté, que j’ai réunis dans la rue et qui se sont acquittés avec zèle de cette pénible tâche. Tous ont refusé de se faire connaître et de recevoir aucun salaire de leur peine. Les blessés militaires ont tous été envoyés à l’hôpital militaire du Gros-Caillou et les blessés citoyens ont été portés soit chez eux pour ceux qui ont déclaré pouvoir y être soignés ou qui ont été réclamés soit dans les hôpitaux de l’Hôtel-Dieu et de la Charité pour ceux qui n’étaient pas dans ces circonstances favorables. Les morts ont été portés à l’église Saint-Eustache, où on a eu soin d’attacher aux cadavres des billets sur lesquels étaient consignés tous les renseignements que l’on avait pu recueillir, soit par les blessés eux-mêmes, quand leur état leur avait permis d’en donner, soit par ceux qui les avaient déposés. M. le colonel Zimmer, auprès duquel j’avais envoyé le 29 au soir [un billet] pour qu’il fît établir un poste à l’ambulance, avait bien voulu me donner un ordre à cette fin mais la confusion était si grande qu’il a été impossible de détourner les hommes de garde de devoirs qu’ils avaient à remplir dans les postes plus importants. Force a donc été de se borner à faire garder l’ambulance par ceux qui y avaient fait la police toute la journée. Parmi ces derniers, je dois citer particulièrement M. Fortin, plumassier rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 47, M. Fleury (voir Fleury, J.J.), concierge de la maison, le nommé Goujon, ex-sergent d’artillerie de marine, que j’ai déjà cité. Les autres citoyens ont refusé de donner leurs noms. Je recommande surtout le nommé Goujon. Ce brave est, à ce qu’il paraît, dans l’indigence, après avoir affronté les plus grands dangers pour accueillir les blessés et n’a cessé de les soigner avec le plus grand zèle, le jour et la nuit. Il a fait depuis partie de la garde nationale envoyée à Rambouillet. Sa demeure est rue Pastourel n° 8. Le citoyen Fleury, concierge de la maison n° 47, est père d’une nombreuse famille, il nous a été du plus grand secours. Cependant il ne voulut accepter aucune indemnité mais il fait partie de la garde nationale, il n’a pas les moyens de s’équiper, il y aurait justice à lui donner un équipement. Je le demande pour prix de ses services auprès des blessés. Tous les habitants du quartier ont rivalisé de zèle en quelques instants nous avons été pourvus en abondance de linge, de charpie, de médicaments, de vin, de hure (?), de bouillon, etc. M. Valette, pharmacien rue de Grenelle-Saint-Honoré, a fourni tous les médicaments qui nous ont été utiles ; il m’a déclaré qu’il ne voulait en recevoir aucun prix et qu’il s’estimait heureux d’avoir ainsi contribué au soulagement des blessés. Je n’ai pas cru qu’en de telles circonstances mes soins dussent se borner à m’occuper des blessés. Il m’a semblé aussi bien important de veiller aux moyens de constater l’état civil des morts. J’ai trouvé le moyen d’y pourvoir en régularisant le dépôt de cadavres fait dans l’église Saint-Eustache. J’ai proposé à cet effet à M. le commissaire de police du quartier Saint-Eustache de faire enlever dans cette église pendant trois jours tous les corps qui y seraient portés et d’y établir un clerc à demeure pour y recueillir tous les renseignements, tant sur ce que présenteraient les cadavres que sur ce que les citoyens qui viendraient visiter les cadavres pourraient faire connaître. M. le commissaire de police s’est acquitté de ces pénibles fonctions avec un zèle qu’on ne peut trop louer. Il a dressé des actes de notoriété pour tous les morts sur lesquels il a recueilli des renseignements suffisants et il a fait successivement inhumer les corps dans les caveaux de Saint-Eustache. J’ai fait connaître ces dispositions, le 29 au soir, à la commission provisoire en obtenant de M. le colonel Zimmer un ordre pour faire cesser les inhumations qui se faisaient avec peu de précautions sur la place des Innocents et pour faire porter tous les morts provenant des combats livrés dans tous les environs à l’église Saint-Eustache. Il est bien à regretter qu’on n’y ait pas transporté tous ceux qu’on a inhumés sur la place du Louvre. Paris, le 6 août 1830 » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Il apostilla la réclamation de Fleury, Jacques, pour obtenir une récompense de la Commission des récompenses nationales : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que M. Fleury, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 47, n’a cessé de donner, autant qu’il était en son pouvoir, des soins aux blessés qui ont été apportés à l’ambulance que nous avions établie rue de Grenelle. Je pense donc que sa demande est fondée et je l’appuie de tous ses efforts auprès de la Commission des récompenses nationales. » Sa médaille lui fut délivrée le 29 juin 1831. Il signa un certificat en faveur de Meunier, Antoine, pour attester que ce dernier avait été soigné à l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré. Il signa le certificat suivant pour établir les conditions du décès de Bordes, Victor, Jules, Gabriel : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, demeurant rue du Bouloy n° 19, certifie que M. Victor, Jules Borde, âgé de seize ans, clerc d’avoué, fils de Mme Dechaume, demeurant rue de la Boucherie n° 6, a été blessé le 27 juillet dernier d’un coup de feu à la tête, rue Croix-des-Petits-Champs n° 42, et qu’il est mort le 29 même mois des suites de cette blessure. » Il demeurait 19, rue du Bouloi en 1830-1833 ; 4, rue Montesquieu en 1838-1843 ; 45, rue de Grenelle-Saint-Honoré en 1854. Le Moniteur universel, 31 juillet 1830 ; Le Courrier français et le Journal du commerce, 30 juillet 1830 ; Ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 29, et souscription pour les blessés de la journée du 29 juillet. Rapport du secrétaire, présenté à la commission de lambulance et soumis à lautorité municipale, imprimerie de Sétier, s.d. p. 6 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 271 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277, idem in dossier Gendrin, Augustin, Nicolas ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusquau 31 mai 1833, idem pièce 3164 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1838, idem pièce 3166 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1843, idem pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1854 ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Meunier, Antoine ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Bordes, Victor, Jules, Gabriel ; Archives nationales F/1dIII/55 in dossier Fleury, J.J ; Archives nationales F/1dIII/56 in dossier Gendrin ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Fleury, J.J. Augustin ; Archives de la préfecture de police AA 391 in dossier Guesde, Pierre, Mathieu, Henri et Fleury, Jacques.

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