Butte, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 3 messidor an VIII (22 juin 1800) à Esprels (Haute-Saône). Tisserand. On trouve dans le dossier d’Hesdé, Emmanuel, la note suivante le concernant : « Le nommé Butte a été se battre pendant les trois jours de juillet mais il n’est pas blessé. Il est marié mais sans enfant. Du reste, les renseignements sont bons. » Il reçut un total de vingt francs de secours auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 5 janvier 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 27, à la rue Saint-Honoré. Le 28 à la Grève. Le 29 à Babylone. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça à une voix pour la croix, huit voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On retrouve la trace de Butte, en 1848, quand il tenta d’intercéder en faveur de la femme Martin afin qu’elle obtînt des secours. La femme Martin souffrait de deux plaies au pied droit causées par des instruments tranchants et ne pouvait plus marcher, selon un certificat médical établi pour constater ses blessures. La lettre de Butte était ainsi rédigée : « Depuis le 27 février, nous offrons, chaque jour, de bien faibles ressources à Mme Martin. Elle est trop brave femme pour n’être point secourue. Ayant une nombreuse famille, il lui est impossible de subvenir aux besoins de ses enfants, trop faibles pour travailler. Nous vous supplions, citoyen préfet, au nom de la république, au nom de l’humanité, de lui offrir les secours qu’elle mérite bien et que nous ne pourrions lui donner étant nous-mêmes dans une position précaire. » Signé : Butte, poste des Droits de l’homme, décoré de Juillet ; Bu..., Louis ; Coquet ; Morel, J. ; Van den Brande ; Lamboula... ; Nicolas ; Jacques, Ch. ; Gobin, E. La demande présentée pour la femme Martin fut rejetée. Il fut arrêté et inculpé dans l’attentat du 15 mai 1848, mais relâché faute de preuves suffisantes contre lui. Il était alors corroyeur et lieutenant à la 3e compagnie des Montagnards. Il donna les explications suivantes sur les conditions de son arrestation : « Le citoyen Robert, préfet d’Auxerre, que je connaissais, sachant que j’étais décoré de Juillet, m’avait engagé à venir à Paris demander un petit emploi. Le citoyen Caussidière dont j’ai fait la connaissance lorsque j’ai été détenu en 1834 m’a fait entrer dans les Montagnards. Dimanche, nous avons quitté la caserne dans la matinée, pour nous rendre à la Préfecture de police, où nous étions consignés. J’ai été envoyé le lundi matin avec le cuisinier et deux hommes pour prendre des effets d’habillement et des gamelles ; j’étais porteur d’un ordre de l’officier Caron. Au moment où je suis arrivé les gardes nationaux ont crié En voilà encore un montagnard ! Ils m’ont arrêté et conduit à l’Hôtel de ville. Ils doivent avoir entre les mains l’ordre du colonel Caron et un pistolet non chargé dont j’étais porteur. J’ai été prévenu pour délit politique en 1839, non condamné. » Nous empruntons au Dictionnaire du mouvement ouvrier français, de Maitron, la notice biographique suivante le concernant : « Jean-Baptiste Butte était fils de marchand. En 1833, il était marié, avait deux enfants et habitait 40, rue de la Grande-Truanderie. Il eut un troisième enfant avant 1839. Décoré de juillet 1830, il était trésorier de l’association des ouvriers cambreurs au début de la monarchie de Juillet et membre de la Société des Droits de l’Homme, section Saint-Just du (ancien) Ve arrondissement. Butte fut l’un des chefs de la grève des ouvriers cambreurs d’octobre et novembre 1833. Arrêté le 11 novembre 1833, la police saisit ses papiers, cherchant en vain chez lui la caisse de l’association des cambreurs. Il fut incarcéré à la prison de La Force le 12 et inculpé de coalition d’ouvrier, comparut devant le tribunal correctionnel, le 2 décembre 1833. Condamné à trois mois de prison, il fut libéré le 17 février 1834. Il avait envoyé une pétition demandant la remise de sa peine, disant qu’il était le seul soutien d’une femme, de deux enfants et de son beau-frère (qui avait dix-huit ans). Le juge nota ses “bons antécédents, [ses] habitudes laborieuses et des regrets qu’[il a] témoigné à l’audience”. Doublement suspect à cause de son appartenance à la Société des Droits de l’Homme, Butte fut arrêté à la suite de l’insurrection d’avril 1834. Mais, interrogé par la police, Butte nia toute participation : “Demande. Ce précédent [la grève de 1833] semble établir que vous faisiez de l’opposition envers le gouvernement et que vous avez pris part aux agitations qui se sont manifestées à diverses reprises parmi les ouvriers, n’auriez-vous point également participé d’une façon quelconque aux événements des 13 et 14 avril ? Réponse. Non, Monsieur, c’est par ignorance que j’étais entré précédemment dans une coalition, le jugement porté contre moi m’a servi de leçon.” Il bénéficia d’un non-lieu. Il fut par la suite noté à la préfecture de police comme “républicain exalté” car en juin 1837 “des réunions de membres de la Société des familles avaient lieu dans son domicile”. En 1838, il aurait essayé de se procurer de la poudre fulminante. Il avait été en effet admis à la Société des Familles dès sa création (1834), puis à celle des Saisons (1837). Prévenu de participation dans l’insurrection blanquiste du 12 mai 1839, il fut de nouveau arrêté et conduit à La Force le 17 août. Il s’était caché après l’insurrection, dit-il, “parce que toutes les fois qu’il y a quelque chose, on vient me prendre pour faire la prévention.” On lui trouva une blessure au bras droit – d’une balle pendant l’insurrection, selon la police, mais Butte prétend qu’il s’est accroché à un clou au mur – alors que le gauche portait plusieurs tatouages. Il portait aussi des boucles d’oreille... Transféré à Sainte-Pélagie le 4 octobre, il bénéficia d’un non-lieu et fut libéré le 23 octobre par ordre de la Cour des pairs. Quand la Révolution de 1848 éclata, Butte travaillait comme corroyeur à Auxerre. Le nouveau préfet républicain lui suggéra d’aller chercher un poste à Paris. Connaissant depuis 1834 Caussidière, maintenant préfet de police, Butte devint lieutenant dans la 3e compagnie des Montagnards, qui dépendait de la préfecture. Arrêté par la garde nationale, le 15 mai 1848, sur présomption d’avoir participé à la manifestation de ce jour contre l’Assemblée, il fut détenu au fort de Vincennes jusqu’au 2 juin 1848. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé par la suite mais en 1850 le gouvernement octroya une somme de soixante francs à la veuve Butte en récompense des activités de son défunt mari. » L’ouvrage donnait les sources intéressantes suivantes : Archives départementales de la Haute-Saône 3E219/2, déclaration de naissance du 4 messidor an VIIII ; Archives nationales BB21/388 dossier S-9139 ; Archives nationales CC//588 dossier 3 ; Archives nationales CC//597 dossier Binoit ; Archives nationales CC//736 n° 119 ; Archives nationales W571 dossier 44 ; Archives de Paris registres d’écrou DY4/19-2659, DY4/47-5269, DY8/19-200 ; Archives de la préfecture de police AA367 pièce 407, décision du 15 avril 1850 ; la Gazette des tribunaux, 1, 2, 3 décembre 1833 ; le Populaire 17 novembre 1833. Butte demeurait 12, rue des Bourguignons en 1830-1831 ; à Auxerre en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la seconde sous le numéro 289) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 5 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 41 (plus indiqué voir dossier Hesdé) ; Archives de Paris VK3 46 in dossier Hesdé, Emmanuel ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales W//571, dossier 65 ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier femme Martin.