Caffe, Paul-Louis, Balthazard

Biographie


Né le 29 décembre 1803 à Chambéry (Savoie). Etudiant en médecine à l’hôpital de La Pitié. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « M. Paul Caffe, chirurgien interne de l’Hôtel-Dieu revenait mardi [lire sans doute mercredi 27, N.D.A.], sur les dix heures du matin, de certifier deux actes de naissance à la mairie rue Geoffroy-Lasnier ; en passant sous l’arcade de l’Hôtel de ville, il rencontra le détachement de gendarmerie qui cédait sans résistance le poste de l’Hôtel de ville à une troupe considérable d’ouvriers, pour la plupart armés de fusils. La place de Grève était garnie de citoyens. M. Caffe continuait son chemin, lorsqu’au bas du pont Notre-Dame il vit arriver un peloton de vingt-cinq grenadiers de la garde royale, commandé par un lieutenant. M. Caffe avertit l’officier que le poste de l’Hôtel de ville n’est plus occupé par des troupes royales, et que s’il a l’imprudence de s’y rendre, il sera massacré lui et le poste. L’officier répond qu’il connaît ses ordres et n’en a pas à recevoir du premier venu ; il lui ordonne de passer au large ; le ton avec lequel ces derniers mots sont prononcés ne permet pas au généreux Caffe d’insister. Il retourne sur ses pas, s’appuie contre la boutique du marchand de vin qui fait l’angle du quai et de la place de Grève. A peine les soldats de la garde ont-ils dépassé l’angle, que le peuple leur crie de rendre les armes. Le lieutenant ordonne à sa troupe de coucher en joue. Aussitôt de part et d’autre a lieu une décharge meurtrière : tous les soldats sont blessés et dix, tués. M. Caffe, qui avait prévu l’événement, en était resté le témoin. Muni de sa trousse, il se hâte de secourir les blessés des deux partis ; le peuple veut achever l’officier, qui était tombé, la poitrine percée de deux coups de baïonnette et la cuisse droite cassée par une balle. M. Caffe, qui posait le premier appareil sur tous les blessés indistinctement qu’on amenait vers lui, le protège de sa personne, et le peuple se rend à la voix de celui qui remplissait si dignement son ministère. Le malheureux officier vécut encore près d’une heure et demie, et plus d’une fois, il serra la main de son intrépide et jeune libérateur, demandant ainsi pardon à celui qui venait de lui donner un si salutaire conseil, repoussé avec tant de grossièreté. Samedi 31, sur deux heures de l’après-midi, dans la rue Saint-Honoré, près de l’Oratoire, un individu habillé en bourgeois est reconnu pour le chef commandant dans la journée de mardi le poste des gendarmes à la préfecture de police. Ce bruit, fondé ou non, circule de bouche en bouche, et fait pleuvoir les injures sur ces hommes ; les uns crient qu’il faut en faire justice, qu’il faut l’exterminer. Cependant des pistolets, des poignards, des sabres nus sont dirigés contre sa poitrine par quelques hommes ivres qui l’entourent. M. Caffe perce la foule, s’écrie qu’il n’est plus besoin de victimes, que l’on ne peut pas égorger un hommes sans armes ; puis il tire un petit pistolet de poche, et saisissant de l’autre main le malheureux dont chacun demande la mort, il menace de brûler la cervelle au premier qui le frappera ; il ajoute qu’il le conduit à l’Hôtel de ville pour le faire reconnaître : son attitude impose à la foule. Une personne très bien vêtue, témoin de cette action, présente à l’héroïque enfant d’Esculape un très beau pistolet de calibre, en lui disant : “Jeune homme, puisque vous faites un si bel usage de vos armes, en voici une qui vaut mieux que la vôtre.” C’est avec cette arme que M. Caffe continue d’escorter jusqu’à la place de Grève le prétendu gendarme, qui n’était qu’un ex-employé des droits réunis, comme on s’en est convaincu, une fois parvenu au poste de la Grève. Tout le monde a pu voir ce malheureux qui faillit devenir victime d’une méprise, et qui était père de trois enfants, proclamer à haute voix son ancienne profession et l’énergie de son libérateur. » On trouve dans La Garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août 1830, par un officier employé à l’état-major, le rectificatif suivant sur l’ouvrage de Rossignol : « A la page 301, nous voyons que M. Paul Caffe, chirurgien interne de l’Hôtel-Dieu, pansa et sauva de la fureur du peuple un officier et quinze grenadiers de la garde royale, tous blessés ; dix autres étaient morts, et n’avaient plus besoin de ses soins ; et tout cela pour avoir négligé l’avis de M. Caffe, qui aurait prévenu l’officier qu’en arrivant à l’Hôtel de ville, lui et les siens seraient massacrés. Mais le malheureux officier aurait vécu encore une demi-heure, et assez pour remercier plus d’une fois son jeune et intrépide libérateur, et lui demander pardon d’avoir négligé ses conseils. Cette circonstance, qu’on aura peine à reconnaître, se rapporte à la patrouille des quinze hommes envoyés par le maréchal à l’Hôtel de ville. On sait qu’un homme seulement fut tué, mais que ce détachement ni l’officier ne tombèrent dans les mains du peuple. Ils ne reçurent pas davantage les soins du sieur Caffe. Enfin, les trois hommes blessés furent conduits à l’hôpital du Gros-Caillou ; là seulement ils furent pansés, et l’officier et ses hommes furent promptement guéris. Le lieutenant qu’on fait mourir se porte très bien actuellement. Nous croyons du reste inutile, après ces renseignements, de le nommer. Nous ajouterons seulement qu’il n’y a de vrai, dans ce récit, que l’avis donné par M. Caffe ; car l’officier nous dit lui-même qu’un bourgeois l’avait averti que l’Hôtel de ville était occupé par le peuple, mais qu’il avait suivi ses ordres, qui étaient positifs. Il nous eût été facile de signaler bien d’autres erreurs et exagérations dans toutes les relations qui ont paru sur ces événements où la vérité a été si étrangement défigurée. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IVe arrondissement. Dans sa séance du 12 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait l’ajournement de toute décision à son sujet « pour avoir avancé des faits contraires à la vérité » (sans qu’on sache quelle importance on doit y attacher). Puis dans sa séance du 14 avril 1831, le même comité des renseignements ajoutait que Caffe était passé dans deux jurys différents et qu’il convenait de lui appliquer la décision du seul premier jury. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Casse, Paul-Louis sur les listes du Moniteur). Proposé pour un emploi de chirurgien sous-aide par la Commission des récompenses nationales, il fut nommé, le 30 mars 1831 (mais le 8 février 1831 in Archives nationales F/1dIII/33), aide-major sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 24e de ligne. Il sollicita, à titre de récompense nationale, d’être dispensé du paiement des droits pour son examen de médecin. Il fut exempté, sur proposition de la Commission des récompenses nationales du paiement des frais universitaires pour parvenir au grade de docteur en médecine. Il avait reçu trois cents francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement pour son indemnité de première mise. Il comparut, le 13 août 1831, devant un adjoint au maire du (ancien) XIe arrondissement, pour attester avoir parfaitement connu Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand (voir ce nom) et savoir « qu’il vivait maritalement depuis 1825, sans interruption jusqu’à son décès avec demoiselle Mélanie, Paris, qui demeurait avec lui ; qu’elle était connue comme étant son épouse ; que ceux de ses amis qui savaient qu’il n’existait pas de mariage avaient l’assurance par lui manifestée qu’il serait contracté aussitôt sa réception comme médecin, ce qui devait avoir lieu dans le cours de 1830 ou les premiers mois de 1831 ; qu’il se croyait d’autant plus dans la nécessité d’attendre cette époque qu’il craignait de voir restreindre ou cesser la pension qu’il recevait de la dame sa mère, à laquelle il avait laissé ignorer cette liaison. Attestant en outre, M. Caffe, que pendant le cours de la maladie du défunt il a été plusieurs fois consulté par lui pour connaître l’état de sa maladie et s’il était en danger, donnant pour motif qu’il avait une affaire de famille importante à régler et d’assurer par un mariage le sort de son épouse et l’état de l’enfant issu de leurs œuvres. Ajoutant que la demoiselle Paris s’est fait distinguer par une honorable conduite et une parfaite moralité, qu’elle jouit dans son quartier de la considération la plus grande et la plus méritée ». De même, il fut un des témoins avec Hatin, Jules (voir ce nom), quand, le 30 octobre 1830, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement Paris, Marie, Mélanie vint confirmer qu’elle était bien mère de Caroline, Mélanie, aussi fille de Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand. Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, reçut sa croix et son brevet le 26 juillet 1832 à la mairie du IVe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1835, il était rédacteur du Journal universel hebdomadaire de médecine et de chirurgie pratiques. On trouve dans la Revue bibliographique universelle la notice biographique suivante, le concernant : « M. Paul-Louis-Balthazar Caffe, docteur en médecine, directeur du Journal des connaissances médicales pratiques de pharmacologie, membre de plusieurs sociétés savantes, né à Chambéry Savoie), le 29 décembre 1803, est mort à Paris, le 19 janvier dernier [1876]. Issu d’une ancienne famille de Savoie, Paul Caffe suivit d’abord les cours de droit de l’université de Turin, puis se livra à l’étude de la médecine et vint se fixer à Paris. Chirurgien aide-major au 24e de ligne, le 8 février 1831. Il fut reçut docteur en 1833 et se fit bientôt remarquer par ses connaissances ; il devint, en 1834, chef de clinique à l’Hôtel-Dieu, puis à la Pitié. En 1837, il fut chargé d’aller étudier l’ophthalmie militaire qui sévissait en Belgique et en Allemagne, et reçut en récompense la croix de la Légion d’honneur (10 décembre 1844). On lui doit Considérations sur l’histoire médicale et statistique du choléra-morbus de Paris (Paris, 1832, in-8° ; Paris vu dans ses causes (Paris, 1835, in-8° ; Rapport à M. le ministre d l’Agriculture et du Commerce sur l’ophthalmie régnante en Belgique, accompagné de considérations sur la statistique de ce pays (Paris, 1840, in-8°) ; L’hygiène des hommes livrés aux travaux de l’esprit, (Revue administrative ; Leçons pratiques sur l’amaurose (Paris, 1846, in-12°), etc. Le docteur Caffe a en outre collaboré au Dictionnaire de médecine usuelle et d’hygiène, au Dictionnaire des Etudes médicales pratiques, à la Gazette de santé, à l’Encyclopédie catholique, etc. » Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 16 décembre 1844, officier, le 14 août 1867. Il était aussi chevalier de l’ordre impérial du Brésil, chevalier, officier et commandeur de l’ordre de Saints-Maurice et Lazare, chevalier de l’ordre espagnol de Charles III, commandeur de l’ordre royal d’Isabelle la catholique. Il demeurait 8, rue du Foin-Saint-Jacques en 1830 ; 23, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois en 1831 ; 63, rue de Provence en 1835 ; 43, bd Malesherbes en 1876. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 301-303 ; La Garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août 1830, par un officier employé à l’état-major, Paris, imprimerie-librairie de G. A. Dentu, rue du Colombier, n° 21 et Palais-Royal galerie d’Orléans, n° 13, 1830, p. 127-128 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, lieutenants de la 1re liste qui ont reçu trois cents francs ; Archives de Paris VK3 29, séance du 12 avril 1831, séance du 14 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, état de demandes d’exemption de droits universitaires et état des dispenses de frais d’études et de réception accordées à des étudiants en droit et en médecine sur les propositions de la Commission des récompenses nationales et aussi Commission des récompenses nationales, ministère de la Guerre, emplois d’officiers de santé, d’officiers d’administration des hôpitaux militaires de chirurgiens et d’officiers dans le bataillon d’ouvriers ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sous-lieutenants nommés sur la proposition de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 in dossier Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand ; Revue bibliographique universelle, partie littéraire, deuxième série, tome troisième, Paris, aux bureaux du Polybiblion, 1876, p. 367 ; Base leonore de la Légion d’honneur, LH/403/49.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.