Caffin d’Orsigny

Biographie


Il fit parvenir la lettre suivante aux journaux, qu’il adressait au duc de Choiseul : « M. le duc. La lettre aussi noble que généreuse que vous venez d’adresser aux Parisiens m’impose le devoir de vous faire connaître comment votre nom s’est trouvé parmi ceux des membres du gouvernement provisoire. Le mardi 27 juillet, je me trouvais chez M. Bérard, député de Seine-et-Oise, avec quelques-uns de ses collègues, lorsqu’on vint nous prévenir qu’une réunion devait avoir lieu, à huit heures et demie, chez M. Audry de Puyraveau. Je m’y rendis à neuf heures. Il y avait peu de monde ; on s’entretenait des ordonnances et du sang qui venait d’être versé : mais on ne prenait aucune mesure. Je m’adressai pourtant au général Lafayette, et lui demandai s’il accepterait le commandement en chef de la garde nationale. Il me répondit qu’il n’hésiterait pas s’il en était requis par ses concitoyens. Rentré chez moi, nous réfléchîmes avec quelques amis sur tout ce qui avait été dit, et nous résolûmes de sauver la cause du peuple, que nous voyions compromise, si on le laissait ainsi à lui-même. Il lui fallait des chefs, et nous pensâmes à lui en donner, en composant un gouvernement provisoire. Parmi tous les hommes dont nous avions entendu prononcer les noms, comme devant rallier les partis, nous choisîmes ceux des généraux Lafayette, Gérard et le vôtre. Le 28, à six heures du matin, je vis à la mairie du VIIe arrondissement MM. Pagès frères et Fessard, capitaines de la garde nationale, et leur confiai mes projets, qu’ils approuvèrent. En moins de quarante minutes, nous parvînmes à réunir chez M Pagès, à l’hôtel Saint-Aignan, environ cent vingt gardes nationaux. Nous leur dîmes que j’avais assisté la veille à la réunion des députés, qu’ils avaient nommé un gouvernement provisoire, et ordonné la réorganisation de la garde nationale. Nous donnâmes sur-le-champ tous les ordres nécessaires pour la formation. Nous fûmes parfaitement secondés par tous ceux qui étaient présents. Une force suffisante fut immédiatement dirigée sur l’Hôtel de ville, pour en prendre possession. Une commission fut alors nommée pour aller prendre les ordres du général Lafayette, et nous partîmes pour la lui présenter. Nous entrâmes en passant à l’administration du journal Le Temps : nous y trouvâmes M. Billard (voir ce nom), un de ses rédacteurs, que je priai de nous accompagner. Arrivés à dix heures et demie chez M. Laffitte, nous fîmes demander au général Lafayette s’il voulait recevoir une députation de la garde nationale, qui venait lui offrir de marcher à sa tête et proclamer le gouvernement provisoire. M. Lafayette nous fit répondre qu’il désirait en conférer avec les députés qui se trouvaient en ce moment réunis chez M. Laffitte, et, dix minutes après, il vint lui-même recevoir la députation, en lui disant que MM. les députés approuvaient la nomination de commandant en chef de la garde nationale, mais qu’il lui fallait un lieu convenable pour établir son état-major. Nous lui proposâmes l’Hôtel de ville, qui était déjà occupé par la garde nationale du VIIe arrondissement, sous le commandant du capitaine Fessard (voir Fessart, Antoine), mon beau-frère, et il s’y rendit sur-le-champ avec la députation. Tous les autres arrondissements de Paris furent simultanément prévenus de la formation du gouvernement provisoire et de l’ordre d’organiser la garde nationale. M. Billard se rendit au journal Le Temps ; je fus moi-même aux autres journaux et les noms des généraux Lafayette, Gérard, le duc de Choiseul, furent imprimés et proclamés partout ; ils donnèrent un nouveau courage aux Parisiens, et la victoire du peuple ne fut plus douteuse. C’est alors que MM. les députés commencèrent à nommer des commissions provisoires, que la garde nationale a été organisée, et qu’en peu d’heures l’Hôtel de ville, le Mont-de-piété, les Archives, et tous les établissements publics furent mis sous sa sauvegarde. Voilà, M. le duc, toute la vérité pour la formation de gouvernement provisoire ; permettez-moi de vous remercier, au nom de mes concitoyens, du silence que vous avez gardé si généreusement ; combien je me félicite d’avoir si bien compris votre noble caractère ! Si les noms que nous avions choisis ont été assez puissants pour conjurer les maux qui nous menaçaient, nous ne doutons pas que nos succès n’eussent été encore plus étonnants si votre coopération eût été plus active. J’ai l’honneur, etc. Caffin d’Orsigny. » La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 9 août 1830.

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