Cahaigne, Louis, Joseph, Antoine

Biographie


NĂ© le 27 aoĂ»t 1796 Ă  Rouen (Seine-Maritime). NĂ©gociant et homme de lettres. Il relata ainsi auprès de la Commission des rĂ©compenses nationales, sa participation aux combats : « Monsieur, je me hâte de me rendre Ă  l’invitation que vous avez bien voulu me faire de vous envoyer le rĂ©cit de ma conduite pendant les trois jours. Le 27, vers le soir, je rentrais chez moi, au moment oĂą un citoyen tuĂ© par la garde royale venait ĂŞtre portĂ© Ă  la Bourse. J’achetai incontinent des pistolets chez M. Puiforcat, rue Mandar, et me rĂ©unis Ă  quelques amis disposĂ©s comme moi Ă  attaquer et dĂ©sarmer les patrouilles de gendarmerie que nous pourrions rencontrer. L’incendie du corps de garde de la Bourse me fit juger que, dans ce quartier, nous n’en verrions pas ; elles l’avaient, en effet, Ă©vacuĂ©. Je me bornais, dans cette soirĂ©e, Ă  exciter les habitants du quartier Montmartre Ă  prendre les armes. Le lendemain 28, les communications Ă©tant rompues quand je voulus aller chercher mon fusil, de l’autre cĂ´tĂ© des ponts, je revins prendre chez Puiforcat, rue Mandar, un fusil double pour lequel je lui fis un bon de cent vingt francs payable, en cas de mort, chez l’une des six personnes dont j’indiquais l’adresse sur ce bon. On se rassemblait aux Petits-Pères : j’y courus ; un citoyen se plaignant de ce que personne ne se prĂ©sentait pour ranger la troupe, j’offris de la former en peloton ; mais un garde national s’y opposa parce que, dit-il, je n’avais pas d’uniforme. Nous marchâmes donc, sans ordre, sur le poste de la Banque. LĂ  je sommai l’officier de mettre bas les armes et de rendre le poste. MalgrĂ© ses protestations de bonne intention, j’insistai pour la remise immĂ©diate, quand le mĂŞme garde national, beau parleur, vint de nouveau interposer son Ă©loquence et prĂ©tendit que je devais me contenter de la parole d’honneur d’un officier français. DĂ©goĂ»tĂ© de cette guerre en belles paroles, je rejoignis la seconde colonne qui s’était formĂ©e aux Petits-Pères et nous marchâmes vers la rue des Prouvaires. Nous nous enfournâmes dans cette rue comme un troupeau de grues. A peine y Ă©tions-nous entassĂ©s que nous aperçûmes le 15e lĂ©ger barrant la rue du Roule. On fit halte de part et d’autre, chacune des deux troupes manifestant de l’hĂ©sitation, je franchis la barricade qui nous sĂ©parait. Je voulais, s’il Ă©tait possible, dĂ©cider le rĂ©giment Ă  faire cause commune avec nous ou, du moins, Ă  garder la neutralitĂ©. Je demandai, Ă  plusieurs reprises, Ă  parler au colonel ; on me repoussa toujours, en me disant qu’on allait faire feu. Alors je repassai la barricade. Cependant, personne n’agissait encore. Je la franchis de nouveau et parvins, cette fois, jusqu’au colonel, que je priai de m’écouter. Il me rĂ©pondit par la menace de me faire fusiller. Je le sommai trois fois et trois fois j’eus la mĂŞme rĂ©ponse. Je revins Ă  la barricade sur laquelle Ă©tant montĂ© j’armais mon fusil. Deux ou trois coups de feu partirent des rangs du 15e. Je ripostai des deux miens, qui couchèrent deux hommes. Alors j’essuyai sur la barricade un feu de peloton Ă  quinze pas et le combat fut engagĂ©. Aux premiers coups, beaucoup des nĂ´tres avaient pris la fuite ; toutefois, il en restait un assez bon nombre, Ă©tablis en tirailleurs. IncommodĂ©e par eux, après un assez long temps de combat, la troupe de ligne fit un mouvement en avant et vint se placer Ă  l’entrĂ©e de la rue des Prouvaires, du cĂ´tĂ© du marchĂ©. Je fus refoulĂ©, avec une dizaine de citoyens, vers les piliers de la halle aux habits, d’oĂą nous continuâmes une vive fusillade. Après trois dĂ©charges reçues et rendues, mon voisin de gauche fut atteint d’une balle au cĹ“ur ; celui de droite eut la cuisse traversĂ©e. Un nouveau mouvement de la ligne et l’avis qui nous fut donnĂ© de l’arrivĂ©e des cuirassiers sur nos derrières dĂ©terminèrent ma retraite vers le marchĂ© au poisson, oĂą se tenaient quelques combattants opposĂ©s aux Suisses. Je restais lĂ  jusqu’à l’épuisement complet de mes munitions. Le soir vers 5 heures j’allais au boulevard des Italiens puis dans la rue Louis-le-Grand oĂą je faillis ĂŞtre pris entre deux pelotons de gendarmerie Ă  cheval et cent trente hommes environ d’infanterie de ligne. J’étais seul. Je reculais jusqu’au boulevard, dont les arbres abattus aidèrent ma retraite. Le 29 j’étais au Louvre oĂą j’entrais par la grille du pont des Arts. Un de mes camarades ayant Ă©tĂ© blessĂ© Ă  cĂ´tĂ© de moi par les derniers gardes royaux que nous eĂ»mes en face, je le conduisis chez un chirurgien rue Croix-des-Petits-Champs (mais rue Neuve-des-Petits-Champs dans l’apostille qu’il signe Ă  la lettre envoyĂ©e par Valsemey, Pierre, Guillaume Ă  Commission des RĂ©clamants in Archives de la prĂ©fecture de police AA 416 in dossier Valsemey, Pierre, Guillaume) (voir Richard, Claude, Victor et Richard, Victor, Claude). Revenu vers la barricade de la rue du Coq, un peu avant le dernier coup de canon qui traversa la voiture renversĂ©e, j’avançais ensuite vers la place du Palais-Royal. Des cris En avant ! Ils se rendent ! s’étant fait entendre, nous arrivâmes sur la place au nombre de deux cents environ. On ne voyait personne. Tout Ă  coup nous avons subi une dĂ©charge de toutes les fenĂŞtres. On se rĂ©fugia dans les rues adjacentes, puis on dĂ©busqua les soldats de la maison du marchand de draps, au coin de la rue Fromenteau et ensuite le cafĂ© de la RĂ©gence. Après avoir combattu une heure environ, sur la nouvelle de l’arrivĂ©e d’une colonne venue du faubourg Saint-Antoine, je courus Ă  l’arcade Colbert, oĂą je la rencontrai et je la dirigeai, en lui indiquant le point Ă  enlever, partie par la rue de Richelieu parti par la rue Sainte-Anne. Je repris alors mon rĂ´le de soldat jusqu’à la fin de l’action. Plus tard, (le 2 aoĂ»t, je crois) je louais un cheval pour aller au-devant des volontaires de Rouen. M. Le colonel Zimmer me chargea de diviser la colonne, qu’on disait ĂŞtre de cinq mille hommes, en douze bataillons, pour qu’à l’arrivĂ©e Ă  Paris ils puissent ĂŞtre rĂ©partis Ă  l’instant dans les douze arrondissements et n’éprouver aucun retard dans la distribution des vivres et des logements. On pourra trouver Ă  l’HĂ´tel de ville deux lettres par lesquelles j’informe M. le colonel Zimmer de la force et des besoins de cette troupe. Le lendemain, comme nous Ă©tions en route pour Paris, un contre ordre du gĂ©nĂ©ral Pajol nous fit marcher sur Versailles. A l’arrivĂ©e, le gĂ©nĂ©ral Pajol me donna l’ordre verbal de venir demander Ă  Paris des cartouches, qu’on devait expĂ©dier en poste, et sept Ă  huit cents fusils ou, Ă  leur dĂ©faut, des pistolets de munitions. On effectuait alors le mouvement sur Rambouillet. A peine Ă©tais-je sorti de Versailles que mon cheval s’abattit complĂ©tement deux fois en moins de trois cents pas et brisa mon fusil. Pour n’apporter aucun retard au message dont j’étais chargĂ©, je priais deux de mes camarades de partir au grand trot et de venir Ă  l’HĂ´tel de ville demander ce dont le gĂ©nĂ©ral Pajol avait besoin. Après quoi, je laissais Ă  la mairie de Chaville mon cheval, qui ne pouvait plus me porter, et je vins Ă  Paris chercher un fusil de munitions. Je me remis en route, toujours Ă  pied, Ă  9 heures du soir, et après avoir marchĂ© toute la nuit, j’arrivai au camp pour apprendre que l’ex-roi Ă©tait en fuite. A l’instant mĂŞme, on rĂ©trogradait sur Versailles oĂą l’un de mes anciens camarades me donna une place dans un omnibus, Ă  cĂ´tĂ© de Messieurs Marchais, Cavaignac et quelques autres amis. Les combats Ă©tant dès lors terminĂ©s, je remis Ă  l’armurier le fusil qu’il m’avait donnĂ© et je repris mon bon qu’il ne put me rendre que deux mois après la restitution de l’arme. Â» Un rapport de la mairie relata, dans les mĂŞmes termes, sa participation aux combats : « Le 27, au moment oĂą un citoyen tuĂ© par la garde royale fut transportĂ© Ă  la Bourse, il acheta des pistolets rue Mandar et se rĂ©unit Ă  un peloton dĂ©cidĂ© Ă  attaquer et Ă  dĂ©sarmer les patrouilles de gendarmes. Le 28, n’ayant pu parvenir Ă  traverser les ponts pour aller chercher son fusil, il en acheta un chez l’armurier Puyforçat, rue Mandar, donnant en paiement un bon de cent vingt francs payable au domicile de six amis dĂ©signĂ©s en cas de mort. Il somma l’officier commandant du poste de la Banque de rendre les armes. A la rue des Prouvaires, il traversa deux fois la barricade pour parlementer avec le 15e de ligne. Le colonel l’ayant menacĂ© de le faire fusiller, il se retira sur la barricade, d’oĂą il fit feu et coucha deux adversaires. Il essuya des feux de peloton. Il combattit aux piliers de la halle aux habits. Deux de ses camarades furent tuĂ©s Ă  ses cĂ´tĂ©s. Il combattit aussi au marchĂ© aux poissons. Le 29, il combattit au Louvre et entra un des premiers par la grille du pont des Arts. Il conduisit ensuite un de ses amis, blessĂ©, jusqu’à la rue Croix-des-Petits-Champs. Il combattit encore Ă  la barricade de la rue du Coq et Ă  la place du Palais-Royal. Il ne cessa qu’après la prise du cafĂ© de la RĂ©gence. Il loua un cheval pour aller au-devant des Rouennais, par l’ordre du colonel Zimmer. Il marcha sur Versailles avec le colonel. Revenait Ă  Paris pour chercher des cartouches et des armes lorsque son cheval s’abattit et lui cassa son fusil. Il continua sa route, prit un fusil de munition et fit la campagne de Rambouillet. Â» Il signa le certificat suivant en faveur de Valsemey, Pierre, Guillaume et qui nous donne sans doute quelques indications supplĂ©mentaires sur sa propre participations aux combats :« J’atteste que M. Valsemey Ă©tait au Louvre le 29 juillet, qu’une fois la victoire assurĂ©e sur ce point, il vint se placer sous les arcades du Théâtre-Français, oĂą il tint sa place avec courage jusqu’à la fin du combat. Â» De la mĂŞme manière, il apostilla ainsi la lettre que Valsemey fit parvenir Ă  la Commission des RĂ©clamants, afin de faire valoir ses droits Ă  une rĂ©compense honorifique : « La première expĂ©dition de cette pièce a Ă©tĂ© par moi remise, il y a six mois, Ă  M. Martin-Maillefer (voir Martin-Maillefer, Pierre, Daniel). J’ai la certitude qu’il l’a remise Ă  la Commission centrale puisque d’autres, apportĂ©es en mĂŞme temps, ont Ă©tĂ© accueillies. J’atteste en outre qu’après la prise du Louvre Valsemey m’a aidĂ© Ă  conduire chez un chirurgien de la rue Neuve-des-Petits-Champs Richard (voir Richard, Claude, Victor et Richard, Victor, Claude), blessĂ© d’une balle Ă  la jambe. Il s’est rendu ensuite au combat de la rue de Rohan, oĂą il a fini comme il avait commencĂ© le combat, c’est-Ă -dire en bon et brave citoyen. Â» Le 24 novembre 1830, il adressait cette lettre Ă  un membre (non identifiĂ©) de la Commission des rĂ©compenses nationales : « J’ai appris que la dernière lettre que j’eus l’honneur de vous Ă©crire a Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  votre secrĂ©taire, faute, sans doute, de l’indication nĂ©cessaire pour vous la recommander. Elle venait des Amis de la vĂ©ritĂ©, retardataires comme vous le savez, par le peu de soins de l’un d’eux. Vous avez eu la bontĂ© de me promettre qu’il serait toujours temps de produire leurs pièces. Ma première lettre n’ayant pas Ă©tĂ© lue par vous, je crois donc utile de vous recommander les pièces dĂ©jĂ  remises Ă  M. Martin. J’en joins ici deux autres auxquelles je vous prie de prendre intĂ©rĂŞt. S’il Ă©tait absolument impossible de donner le grade de sous-lieutenant Ă  Durieu, il se contenterait, sans doute, de celui de sous-officier, vu le dĂ©sir qu’il a de servir ; tâchez pourtant de lui faire obtenir l’épaulette. Quant Ă  la demande de Henrion pour ĂŞtre admis Ă  se prĂ©senter de nouveau l’annĂ©e prochaine aux examinateurs de l’Ecole polytechnique, elle sera, selon moi, d’autant plus facilement admise que, dĂ©jĂ , on a pris une mesure Ă  peu près semblable en faveur des Ă©lèves dĂ©jĂ  reçus. Je vous serais bien obligĂ© de me dire jusqu’à quel grade inclusivement la commission peut prĂ©senter des officiers. J’espère que vous voudrez bien me rĂ©pondre afin que je puisse moi-mĂŞme instruire mes amis de ce qui se fait. Â» Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des rĂ©compenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des rĂ©compenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, chargĂ© d’examiner les droits de chacun Ă  une rĂ©compense, se prononça, dans sa sĂ©ance du 18 dĂ©cembre 1830, Ă  sept voix pour la croix, deux voix pour la mĂ©daille et aucune voix pour une mention. Dans sa sĂ©ance du 13 avril 1831, le comitĂ© des renseignements, chargĂ© de recueillir des informations sur les diffĂ©rents candidats aux rĂ©compenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait que seul le jury de la mairie du (ancien) IVe arrondissement dĂ©libĂ©rât Ă  son sujet. Il fut dĂ©corĂ© (sous le nom de Caharyne, Louis, Joseph sur les listes du Moniteur) de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; son nom apparaĂ®t cependant aussi sur la liste des dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement (sur les listes prĂ©paratoires et avant que la dĂ©cision du comitĂ© des renseignements ne fĂ»t prise). Si la loi du 13 dĂ©cembre 1830 instaura les rĂ©compenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravĂ©e la lĂ©gende DonnĂ© par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisĂ©rĂ©s rouges et que les citoyens dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet prĂŞteraient serment de fidĂ©litĂ© au roi des Français, et d’obĂ©issance Ă  la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les dĂ©corĂ©s de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prĂŞter serment Ă  un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la RĂ©volution de demander : « Que parlez-vous donc de serment Ă  des gens qui vous ont fait ce que vous ĂŞtes, et qui seraient plutĂ´t en droit de vous demander compte de vos promesses...? Â» Alexandre Dumas, quant Ă  lui, dans ses MĂ©moires, ajoutait la prĂ©cision suivante : « Le droit acquis Ă  la place de Grève, au Louvre et Ă  la caserne de Babylone, est antĂ©rieur Ă  tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la dĂ©coration donnĂ©e par un roi qui n’existait point Ă  cette Ă©poque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. Â» Une rĂ©union eut lieu, Ă  ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui rĂ©unit un millier de dĂ©corĂ©s. Elle fut prĂ©sidĂ©e par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui reprĂ©sentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), reprĂ©sentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), reprĂ©sentant le (ancien) IIe arrondissement ; TrĂ©lat (voir TrĂ©lat, Ulysse), reprĂ©sentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, BenoĂ®t), reprĂ©sentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), reprĂ©sentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), reprĂ©sentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), reprĂ©sentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, MĂ©dĂ©ric), reprĂ©sentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; GrĂ©au (voir GrĂ©au, Anne, Louis), reprĂ©sentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, ElĂ©onore), reprĂ©sentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), reprĂ©sentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), reprĂ©sentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), reprĂ©sentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), reprĂ©sentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le dĂ©roulement de cette rĂ©union : « Les citoyens dĂ©signĂ©s pour la dĂ©coration de Juillet avaient Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  se rendre aujourd’hui Ă  la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour dĂ©libĂ©rer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui dĂ©termine la couleur du ruban, dĂ©cide que ces mots donnĂ© par le roi seront inscrits sur la dĂ©coration et prescrit un serment aux citoyens dĂ©signĂ©s. La rĂ©union Ă©tait très nombreuse. Un projet de rĂ©solution a Ă©tĂ© mis aux voix, article par article, et adoptĂ© sans discussion et sans rĂ©clamation. Voici l’acte proposĂ© Ă  l’approbation de l’assemblĂ©e : “ConsidĂ©rant que le serment en France ne peut ĂŞtre demandĂ© que par une loi ; que nul article de la loi du 13 dĂ©cembre 1830, qui a instituĂ© la dĂ©coration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaĂ®tre au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 dĂ©cembre 1830 ce serait lui reconnaĂ®tre celui de modifier arbitrairement cette loi, et par consĂ©quence de refuser les dĂ©corations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme reprĂ©sentant de la nation, peut remettre aux dĂ©corĂ©s de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise Ă  la donner en son nom ; que ces mots donnĂ© par le roi, changeraient la nature de la rĂ©compense, qui cesserait d’être une rĂ©compense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits Ă  raison desquels la dĂ©coration a Ă©tĂ© instituĂ©e sont antĂ©rieurs Ă  l’existence mĂŞme du gouvernement du roi ; que le seul serment Ă  exiger, en ce cas, serait celui de fidĂ©litĂ© aux principes qui ont mis les armes Ă  la main et valu la dĂ©coration nationale. Par ces motifs, les citoyens prĂ©sents Ă  la dĂ©libĂ©ration s’engagent Ă  ne pas se soumettre Ă  la condition du serment, qu’ils considèrent comme illĂ©gale. Ils s’engagent, en outre, Ă  porter immĂ©diatement, après la dĂ©cision prise par l’assemblĂ©e, la dĂ©coration spĂ©ciale, telle qu’elle a Ă©tĂ© fabriquĂ©e sur le modèle donnĂ© par la Commission.” La commission qui avait rĂ©digĂ© cette dĂ©claration Ă©tant d’avis qu’il ne convenait pas Ă  des citoyens, surtout Ă  des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance Ă  la couleur d’un ruban, le premier article a Ă©tĂ© adoptĂ© Ă  la presque unanimitĂ©. Sur la question de l’inscription DonnĂ© par le roi, il a Ă©tĂ© clairement expliquĂ© qu’il ne pouvait ĂŞtre dans la pensĂ©e d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la dĂ©coration de la main du roi, et que la rĂ©solution n’était proposĂ©e que dans l’intĂ©rĂŞt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a Ă©tĂ© rĂ©solue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a Ă©tĂ© observĂ© dans cette dĂ©libĂ©ration. Parmi cette Ă©lite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distinguĂ© avec intĂ©rĂŞt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessĂ© une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessĂ© de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’HĂ´tel de ville. Il avait obtenu la mĂ©daille commĂ©morative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblĂ©e s’est empressĂ©e de rendre honneur Ă  ce vĂ©tĂ©ran de la libertĂ©. La sĂ©ance levĂ©e, plusieurs des assistants se sont empressĂ©s de se sĂ©parer du ruban bleu bordĂ© de rouge. Une quĂŞte a Ă©tĂ© faite au profit des dĂ©tenus politiques. Â» Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires Ă  Fribourg, François) de la pĂ©tition suivante, qui protestait contre les diffĂ©rentes contestations qui repoussaient les dĂ©lais de remise des dĂ©corations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps Ă  voir briller sur leur poitrine un signe de libertĂ© et d’honneur. La Commission des rĂ©compenses nationales avait arrĂŞtĂ© le modèle des dĂ©corations et mĂŞme le ruban, il Ă©tait rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpĂ©tuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombĂ© dans la glorieuse lutte de la libertĂ© contre le despotisme. Cette dĂ©cision a reçu son exĂ©cution, la croix et le ruban ont Ă©tĂ© fabriquĂ©s et, la Commission ayant terminĂ© son travail, rien ne s’oppose Ă  ce que les dĂ©corations soient distribuĂ©es dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fĂŞte de Votre MajestĂ©. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir Ă´ter de la dĂ©coration les mots qui la caractĂ©risent, la date de nos immortelles journĂ©es, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indĂ©finiment l’exĂ©cution des promesses sacrĂ©es. Les blessĂ©s et tous les combattants de Juillet sont persuadĂ©s, Sire, que vous ignorez ces misĂ©rables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de dĂ©prĂ©cier une rĂ©compense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils Ă©prouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changĂ© aux dispositions arrĂŞtĂ©es par la Commission et dĂ©jĂ  exĂ©cutĂ©es et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre MajestĂ©, les très fidèles sujets. Â» Il ne retira pourtant sa Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement que le 6 mars 1848, se dispensant sans doute ainsi du serment obligatoire de fidĂ©litĂ© Ă  Louis-Philippe. En juin 1848, indiquĂ© comme fabricant de produits chimiques, il fut arrĂŞtĂ© le 26 juin, condamnĂ© Ă  la transportation le 28 aoĂ»t, graciĂ© le 19 septembre suivant, alors qu’il Ă©tait encore dĂ©tenu Ă  Paris ; selon les informations reprises par la base de donnĂ©es de l’UniversitĂ© de Bourgogne sur les inculpĂ©s de juin 1848. Il rĂ©clama en 1849 la part qui lui revenait comme dĂ©corĂ© de la croix Juillet Â« sur la somme votĂ©e Ă  cet effet par l’assemblĂ©e lĂ©gislative Â». En janvier 1850, la prĂ©fecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Cahaigne, Louis, Joseph, âgĂ© de cinquante-trois ans, homme de lettres, est mariĂ© et a un enfant, qui, ainsi que sa femme, est Ă  la charge de la famille de cette dernière. Il occupe seul une chambre garnie, du prix de vingt francs par mois, dont il en doit trois au logeur, rue des Dames, 34, aux Batignolles. Il est dans une si triste position qu’il passe souvent des journĂ©es entières sans manger. Il dit ĂŞtre en rĂ©clamation auprès du ministre de l’IntĂ©rieur et de la prĂ©fecture de police pour une somme de huit cent soixante-huit francs, montant des ouvrages manuscrits qui lui ont Ă©tĂ© enlevĂ©s pendant son absence de son domicile en mai 1848. Il a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© pour l’insurrection de juin 1848 ; dĂ©cision non parvenue. Â» Il reçut un secours de cent francs le 7 fĂ©vrier 1850, Ă  titre de dĂ©corĂ© de la Croix de Juillet. Le Dictionnaire du mouvement ouvrier de Maitron lui a consacrĂ© la notice biographique suivante : « NĂ© le 5 septembre 1796 Ă  Rouen (Seine-InfĂ©rieure), mort le 17 mai 1860 Ă  Paris (XVIIe arr.) ; fabricant de produits chimiques et homme de lettres parisien ; membre de sociĂ©tĂ©s rĂ©publicaines, quarante-huitard ; opposant au coup d’État du 2 dĂ©cembre 1851, il fut expulsĂ© et se rĂ©fugia Ă  Jersey. Il avait Ă©pousĂ©, Sidonie, rentière nĂ©e vers 1825, fille de François Eugène Auguste PompĂ©e de FĂ©lix de la Motte et de Caroline Adèle van den Cruyce. Son beau-père Ă©tait un ancien major et propriĂ©taire dans le dĂ©partement du Nord. Sa belle-mère, plus connue sous le nom de Coralie de FĂ©lix de la Motte, Ă©tait femme de lettre et rĂ©sidait Ă  Bruxelles. On lui doit une comĂ©die et des chansons. Des chansons contre les JĂ©suites valurent Ă  Joseph Cahaigne un mois de prison pour Â« outrage Â» en 1826. Il Ă©tait membre de la SociĂ©tĂ© des Amis du Peuple. Ayant Ă©chappĂ© Ă  l’arrestation collective du 1er juin 1832, il fut l’un des signataires de la protestation du 3 juin 1832 et participa Ă  la mise en place de l’émeute des 5 et 6 juin. En 1848, rĂ©dacteur en chef de La Commune de Paris, il fut dĂ©possĂ©dĂ© de ce journal par Sobrier, qui profita de son dĂ©part pour Poitiers, oĂą il prĂ©sentait sa candidature Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Le 15 mai, il se contenta de se rendre Ă  la Chambre sans manifester, puis au siège du journal, 16, rue de Rivoli. LĂ , il se dĂ©solidarisa de la manifestation. Il ne continua cependant pas la publication du journal, qui cessa le 19. Le 23 juin, cet artilleur de la garde nationale, qui n’était pas armĂ©, s’abstint de rejoindre son unitĂ© et se trouvait avec le colonel de la IIIe lĂ©gion, place des Saints-Pères. Il gagna Montmartre oĂą il prĂ©tendit avoir passĂ© la nuit. Le 24 au matin, on le retrouve Ă  la barricade de la barrière Rochechouart, mais il ne participait pas Ă  l’insurrection. Il fut pourtant arrĂŞtĂ©. En relations Ă©troites avec Recurt, Ulysse TrĂ©lat et la famille Cavaignac, il fut libĂ©rĂ©, en septembre 1848, de la dĂ©tention que lui coĂ»ta surtout sa mĂ©sintelligence avec son propriĂ©taire. En 1850, il fit partie du ComitĂ© Ă©lectoral socialiste et en 1851 du ComitĂ© central de RĂ©sistance, d’oĂą son arrestation prĂ©ventive au petit matin du 2 dĂ©cembre 1851 InternĂ© dans la prison parisienne de Mazas, il fut transfĂ©rĂ© au fort d’Ivry puis de lĂ  au Havre, dans un convoi de prisonniers destinĂ©s au bagne de Cayenne. Le 10 janvier 1851 il embarquait dans le navire Canada et fit la traversĂ©e jusqu’à Brest dans des conditions Ă©pouvantables, entassĂ© avec 103 autres forçats presque sans air, sans eau et nourriture dans un rĂ©duit de 63 m2. ArrivĂ© Ă  Brest il fut transbordĂ© avec ses compagnons dans le navire Duguesclin, en instance de dĂ©part pour la Guyane. Rendu malade par les conditions de sa captivitĂ©, il fut transfĂ©rĂ© en fĂ©vrier dans l’hĂ´pital militaire de Brest oĂą sĂ©journa au moins jusqu’au 1er mai. Entre-temps il avait appris que sa condamnation au bagne avait Ă©tĂ© commuĂ©e en expulsion. Après une Ă©tape Ă  Landivisiau il se rendit Ă  Londres oĂą il publia les poèmes et les notes qu’il avait Ă©crit pendant sa captivitĂ© : Une voix de proscrit. En octobre 1852 il Ă©tait l’un des 150 proscrits prĂ©sents Ă  l’enterrement du dĂ©putĂ© FrĂ©dĂ©ric Gournet. Le cortège funĂ©raire Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ© de la bannière rouge avec un crĂŞpe noir et l’inscription « RĂ©publique dĂ©mocratique et sociale Â».

Il se rĂ©fugia alors dans l’île de Jersey, oĂą il s’engagea activement dans les activitĂ©s politiques des proscrits. Il devint rĂ©dacteur de L’Homme de Ribeyrolles, cĂ´toya rĂ©gulièrement Victor Hugo et fut plusieurs fois le porte-parole des proscrits, notamment lors des cĂ©lĂ©brations d’anniversaire de la rĂ©volution de 1848. Le 21 octobre 1853 il prĂ©sidait l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des proscrits rĂ©publicains de Jersey qui dĂ©clara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de NapolĂ©on III. Il fit partie des 35 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rĂ©digĂ© par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valut, comme tous les autres, l’expulsion de l’île. Avant de partir, il laissa ce mot sur l’album de photos et souvenirs offert par les Hugo et leurs proches Ă  leur ami, le centenier Philippe Asplet : “Lorsque je pris parti pour la RĂ©publique, j’avais profondĂ©ment Ă©tudiĂ© la question sociale. La RĂ©publique devint pour moi la reprĂ©sentation aussi exacte que possible de tout ce que les hommes peuvent dĂ©sirer de bien, de beau, de grand. - En face des ignominies du rĂ©gime monarchique, je ne me dissimulai pas les dangers de la route. la vĂ©ritĂ©, la justice, le sentiment, parlèrent plus haut que toutes les inspirations personnelles. Homme de devoir, je laissai derrière moi toutes les prĂ©cautions, toutes les craintes, -fais ce que dois, me dis-je, advienne que pourras. Saint-HĂ©lier, octobre 1855.” Avec sa femme, Cahaigne suivit les Hugo et s’installa Ă  Guernesey. Toujours ami de Victor, il reçut l’aide du poète qui, en 1857, paya sa caution alors qu’il Ă©tait emprisonnĂ© pour non-paiement d’arriĂ©rĂ©s. En janvier 1858, le poète achève mĂŞme « d’éteindre sa dette Â» avec l’aide de deux autres proscrits. Le â€śvĂ©tĂ©ran de la RĂ©publique”, comme le nommait Charles Hugo continuait Ă  participer Ă  des activitĂ©s politiques, notamment en se rendant Ă  Londres aux rĂ©unions du ComitĂ© rĂ©volutionnaire oĂą il Ă©tait sous la surveillance de la police du Second Empire. Voici comment, en octobre 1858, un mouchard au service de Bonaparte, qui se disait correspondant parisien du Morning Herald, discrĂ©ditait ce comitĂ© dans les journaux londoniens : “(...) Le comitĂ© rĂ©volutionnaire n’est pas du tout meilleur que la Marianne, et si son objet est diffĂ©rent, il est Ă©galement sans scrupules quant aux moyens qu’il emploie. On dit que peu de temps avant janvier, les sections, dirigĂ©es par Louis Blanc et Ledru-Rollin se sont associĂ©es au comitĂ© rĂ©volutionnaire pour une action en commun.Victor Hugo a-t-on dit de bonne foi, a fait un don de 10 000 francs Ă  la caisse du comitĂ© rĂ©volutionnaire, et dirige les sociĂ©tĂ©s secrètes de Guernesey et de Jersey, qui sont en relation confidentielle avec celles qui ont leur siège Ă  Londres. Le comitĂ© rĂ©volutionnaire est liĂ© au Bureau de l’Imprimerie universelle de Zeno Swietoslawski, Rupert-street, Hay Market. Des brochures dans toutes les langues y sont publiĂ©es, avec si peu de secret qu’elles sont placĂ©es devant la fenĂŞtre. Par curiositĂ©, j’ai assistĂ© Ă  la sĂ©ance publique de cette assemblĂ©e rĂ©volutionnaire. L’endroit oĂą se tenait la rĂ©union Ă©tait une sorte de cave ; une pancarte, imprimĂ©e en lettres rouges, Ă©tait placĂ©e Ă  la porte, invitant le public Ă  venir participer Ă  la Â« fĂŞte rĂ©publicaine Â». Quatre tables oblongues occupaient le centre de la pièce, couvertes de cruches de gin, de bière et de brandy. Du tabac et des pipes furent Ă©galement fournis. Un vieux rĂ©fugiĂ© français, enrouĂ© par l’abus de liqueurs alcoolisĂ©es, ouvrit la sĂ©ance par un discours furieux, ne s’interrompant que de temps en temps pour se jeter un petit verre dans le gosier. Son public le dĂ©signait familièrement comme « Le Père Cahaigne Â». Il m’a Ă©tĂ© dĂ©crit comme un ancien journaliste parisien. Un ancien rĂ©dacteur en chef de la RĂ©forme, Ribeyrolles, entra dans la salle dĂ©jĂ  en Ă©tat d’ivresse, brailla une allocution parsemĂ©e de serments de la plus grossière description, puis s’assit pour faire de nouvelles recrues Ă  l’aide d’une bouteille de cognac. La plus grande partie du public, composĂ©e d’ouvriers Ă  longue barbe et aux cheveux non peignĂ©s, vĂŞtus de chemisiers souillĂ©s et dĂ©chirĂ©s, se jetaient comme des loups affamĂ©s sur les bouteilles d’eau-de-vie. Après les discours, les dĂ©bats se sont terminĂ©s par un chant. Le prĂ©sident, le susdit Cahaigne, a hurlĂ© une chansonnette dont le refrain Ă©tait « Frères, il faut du sang Â». Alors que la sĂ©ance tirait Ă  sa fin, le prĂ©sident citoyen est tombĂ© sous le coup d’un rĂ©fugiĂ© en Ă©tat d’ébriĂ©tĂ© appelĂ© Vincent et ils se donnaient encore des coups de poing en quittant les lieux.” C’est sans doute Ă  la suite de l’amnistie de 1859 que le couple Cahaigne rentra en France. L’annĂ©e suivante il Ă©tait Ă©tabli Ă  Paris au 47 Grande rue quartier des Batignolles (XVIIe arr.). Joseph mourut au domicile conjugal et fut enterrĂ© le 19 mai 1860, oubliĂ© et dans la plus grande indiffĂ©rence, dans la fosse commune du cimetière des Batignolles. Â» L’ouvrage donne les sources suivantes : « Arch. Min. Guerre, A 2114 et B 330 ; Arch. PPo, A a/428 ; Arch. privĂ©es de la famille Alavoine-Baudains, Liste Ă©tablie par Eugène Alavoine après 1870. Maison de Victor Hugo - Hauteville House, Album Asplet, folio 13, photographie du proscrit Cahaigne. A la France. L’agent provocateur Hubert. Jersey : imp. universelle, [1853]. Victor Hugo, 1853, l’Espion Hubert. Ĺ’uvres inĂ©dites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330.. Le Temps, 4 aoĂ»t 1883. J.-Cl. Caron, La SociĂ©tĂ© des Amis du Peuple (1830-1833), mĂ©moire de maĂ®trise, sous la direction de Louis Girard, Paris IV, 1978. Ph. Matthey, Les membres des sociĂ©tĂ©s secrètes rĂ©publicaines parisiennes sous la monarchie de Juillet, mĂ©moire de maĂ®trise sous la direction de Philippe Vigier, Paris X, 1986. Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Cahaigne, Louis, Joseph, Antoine Poursuivis Ă  la suite du coup d’État de dĂ©cembre 1851, Centre Georges Chevrier - (UniversitĂ© de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 aoĂ»t 2013. — Thomas C. Jones, A â€ścoup d’État” in Jersey ?, Diasporas, n° 33, 2019, en ligne. Notes de RĂ©mi Gossez et Jean Risacher. Â» Cahaigne demeurait 4, rue de l’Aiguillerie en 1830-1831 ; 18, rue du Delta projetĂ©e en 1848 ; 34, rue des Dames aux Batignolles en 1849-1850. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera dĂ©cernĂ©e la Croix de Juillet, instituĂ©e par la loi du 13 dĂ©cembre 1830, sur les rĂ©compenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 DĂ©partement de la Seine, IVe arrondissement, contrĂ´le nominatif des citoyens dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement, et liste des dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste gĂ©nĂ©rale alphabĂ©tique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 29, sĂ©ance du 13 avril 1831 ; Archives de Paris VK33 Commission des rĂ©compenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831, idem Commission des rĂ©compenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 dĂ©cembre 1830, jury pour l’examen des demandes de rĂ©compenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnĂ©s d’observations sur les exploits des impĂ©trants ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Valsemey, Pierre, Guillaume ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des rĂ©compenses nationales, noms des citoyens qui ont mĂ©ritĂ© la dĂ©coration spĂ©ciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/85 ; Archives de la prĂ©fecture de police AA 369, Etat nominatif des dĂ©corĂ©s, blessĂ©s, combattants de Juillet 1830 et des veuves de dĂ©corĂ©s ou mĂ©daillĂ©s qui ont formĂ© des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 79, idem Proposition d’accorder Ă  cent quarante dĂ©corĂ©s, blessĂ©s et veuves de Juillet domiciliĂ©s dans le dĂ©partement de la Seine des secours s’élevant Ă  la somme de 6.980 francs, minutes 94 Ă  99 ; Archives de la prĂ©fecture de police AA 416 in dossier Valsemey, Pierre, Guillaume ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes MĂ©moires, Alexandre Dumas, huitième sĂ©rie, nouvelle Ă©dition, Paris chez LĂ©vy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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