Calais, Pierre, Joseph
Biographie
Né le 6 mai 1802 à Escodeuf (Nord). Sous-officier au 5e de ligne, en 1830. En 1848, il était devenu marchand de vin ou distillateur, 34, quai de la Grève. Il présenta, le 15 mars 1848, une demande pour un emploi de casernier (concierge dans une caserne) auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il fit valoir ses titres acquis à la Révolution de Février mais rappelait aussi sa conduite en juillet 1830. Il était porteur du certificat suivant, concernant son attitude en juillet : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Pierre, Joseph, Calais, sergent à la 3e compagnie du 1er bataillon du 5e régiment de ligne, de garde au poste de Bonne-Nouvelle dans les journées des 27 et 28 juillet, que ledit jour au matin, à la première sommation qui lui a été faite, le sergent dénommé ci-dessus, commandant le poste, a fait rentrer sa troupe dans l’ordre et la subordination, en les invitant à remettre leurs armes aux citoyens, pour leur prouver qu’ils ne voulaient pas servir la mauvaise cause et se servir de leurs armes contre leurs frères, ce qu’ils firent à l’instant. En foi de quoi, nous lui avons offert le présent certificat attestant que c’est le premier poste de Paris qui a remis les armes aux citoyens pour reconquérir la liberté. Nous avons trouvé sa conduite si belle et si honorable que nous l’avons prié d’accepter le présent pour lui servir au besoin. » Signé, le 2 août 1830 : Piault, fabricant d’ébénisterie, demeurant 13, rue des illisible ; Leudot, marchand de vin, demeurant 11, rue Bonne-Nouvelle au rocher (?) ; Pichat, épicier, demeurant 2, rue Bonne-Nouvelle ; D’Aoust ou Davoust, propriétaire ; Vincent, demeurant rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Le 24 février 1848, il sauva vingt bateaux de fruits, stationnés quai de la Grève, qu’on voulait couler après les avoir pillés. Il calma les excités en leur payant à boire dans son établissement ; de même dans ces journées de Février, il dépensa plus de cent vingt francs, en donnant à boire aux combattants, sans leur demander d’argent. Le 16 avril 1848, il renouvelait sa demande d’emploi ou d’être affecté comme officier dans l’armée ou dans les états-majors de place « en récompense de son désintéressement, de son civisme et de son dévouement à la république ». Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je soussigné Codron, Louis, Honoré, Joseph, défenseur officieux, écrivain au front de la Réforme, dont le bureau a été brûlé, condamné, détenu, blessé politique, certifie et atteste aux citoyens membres de la Commission des récompenses nationales de la république française bien connaître depuis sept ans le citoyen Pierre, Joseph Calais, ancien sous-officier au 5e de ligne, lequel demeure à Paris, quai de la Grève n° 34, marchand de vin. Que souvent chez lui, le matin ou le soir, en présence des mariniers ou autres, il me laissait épancher hautement tout mon dévouement à la république française. L’avant-dernière fois, le dimanche 20 février 1848 dans la soirée, avec le citoyen Falerre illisible, marinier, buvant avec lui et alors qu’il se trouvait chez lui Calais un officier de la garde municipale en bourgeois, que lui Calais, en républicain de la veille (sic) m’a laissé chanter avec le marinier le Chant du départ et la Marseillaise, etc., etc. Que malgré qu’il se trouvait un galat illisible chez lui, Calais en famille il ne nous a jamais empêchés de chanter ni de professer mes opinions. Que le jeudi 24 février, à ma sortie du cachot de l’Hôtel de ville (où j’avais été mis le mercredi 23 pour avoir proclamé la république sur la place), je vis ledit Calais, allant de bateau en bateau (marchands de pommes), quai de la Grève et illisible de force contre des malveillants qui voulaient jeter à l’eau toutes les pommes qui se trouvaient dans leurs bateaux, qu’il fit fuir ces pillards et qu’il a vendu d’après dire pour environ cent francs de vin et d’eau-de-vie sans [rien] recevoir, qu’il ne demanda pas d’indemnité et ayant en outre manqué d’être tué d’un coup de fusil, dont la balle lui passa près de l’oreille. » Signé, le 18 mars 1848 : Codron, « défenseur officieux », demeurant 22, rue Saint-Antoine. Un autre certificat était ainsi rédigé : « Nous, soussignés, marchands de fruits en bateaux, en station au port au blé à Paris, déclarons et attestons à tous qu’il appartiendra que le citoyen Calais, marchand de vins, quai de la Grève n° 34, nous a été de la plus grande utilité lorsque le 23 et le 24 février dernier, des malveillants, vers 10 et 11 heures et demie du matin et plus tard, sont venus pour piller nos pommes et nos effets dans nos bateaux et que si nous ne l’avons été c’est au courage et au dévouement dudit Calais, par la fermeté qu’il a eue de s’opposer au pillage […]. » Suivent plusieurs signatures, non légalisées parce que provenant de personnes en majorité originaires du département de l’Allier. Ce dernier certificat enfin : « Les citoyens soussignés certifient que le citoyen Calais, Pierre, Joseph, distillateur, quai de la Grève 34, s’est dévoué avec nous pour la défense de nos libertés et nous a guidés par son expérience d’ancien militaire, qu’il a concouru comme nous, les 23 et 24 février, à élever des barricades aux alentours de l’Hôtel de ville et chaque fois que nous avions besoin il nous a distribué loyalement et gratuitement du vin et autres boissons pour entretenir nos forces épuisées, nous déclarant refuser toute espèce de bons, faisant ces sacrifices pour la patrie, ne voulant point en réclamer le prix au gouvernement provisoire parce que, disait-il, ce gouvernement a autant besoin d’être aidé pécuniairement que matériellement. En preuve de ce patriotique dévouement, nous lui avons spontanément délivré le présent certificat pour lui servir au besoin. » Signé, le 27 février 1848 : Doulard illisible, demeurant 5, rue de Nevers ; Pourcheroux, entrepreneur de… La commission le recommanda pour un emploi de concierge dans une caserne. Il était marié en 1848. Il demeurait 34, quai de la Grève en 1848. Archives de la préfecture de police AA 376.