Cambournac, Jean
Biographie
Né le 1er septembre 1777 à Alpuech (Aveyron). Tailleur. Il était porteur du certificat suivant : « Les citoyens et gardes nationaux soussignés, témoins de la belle et courageuse conduite du sieur Cambournac, Jean, âgé de 53 ans, caporal dans la garde nationale, IVe légion, 4e bataillon, 1re compagnie, dans les immortelles journées qui ont régénéré la France, croient qu’il est de leur devoir de vous signaler les principaux faits par lesquels ce brave garde national s’est acquis des droits à l’estime et la reconnaissance de ses concitoyens.
»C’est lui qui, dans les trois journées, s’est montré le premier dans son quartier revêtu de l’uniforme national. Sa présence électrisa tous les esprits. Il fut aussitôt accueilli par des bravos et imité par beaucoup de généreux citoyens. Le 28 au matin, il fit la première patrouille et, après avoir reconnu les positions de l’ennemi, il se rendit avec plusieurs autres gardes nationaux à la mairie de son arrondissement, pour solliciter M. le maire de se mettre à la tête des citoyens ; mais il n’y trouva qu’un adjoint, qui le traita de rebelle, voulu prendre son nom et son adresse et finit par se soustraire aux regards des citoyens indignés. Alors le sieur Cambournac et ses braves compagnons, obligés de diriger eux-mêmes leur conduite, parcourent en grand nombre des points de la capitale, maintenant partout le bon ordre et s’emparant des postes de la troupe, notamment de ceux de la place des Victoires et de la Bourse. C’est sur cette dernière place que le maréchal Gérard, témoin de la belle conduite des citoyens, se fit connaître et promit de se mettre à leur tête.
»Après s’être assurés des postes essentiels dans l’intérieur de la ville, le sieur Cambournac et les autres citoyens armés se dirigèrent vers les quais, où continuait la fusillade ; arrivés rue des Prouvaires, ils furent assaillis par une grêle de balles… Le 15e de ligne faisait feu sur les citoyens… Beaucoup furent frappés mortellement. Parmi les victimes que le sieur Cambournac vit tomber à ses côtés, se trouvait M. Miel (voir Miel, Edme, Marie), célèbre dentiste qui est mort de ses blessures. Après différentes marches, le sieur Cambournac était parvenu dans la rue Boucher, où est sa demeure. Un peloton de ce même régiment (15e de ligne) se présente au bout de la rue et se dispose à faire feu sur le peuple. Le sieur Cambournac, bravant une mort presque certaine, pour arrêter l’effusion de sang, se précipite au-devant des soldats : “Eh ! quoi ! Soldats français, s’écrie-t-il, n’êtes-vous pas citoyens ? N’avez-vous pas un père, une mère qui le sont ? C’est à eux, c’est à votre pays que vous faites la guerre ! Vous courez au trépas pour une cause injuste ! Croyez-moi, nous sommes vos amis, passez dans nos rangs et ne nous battons que pour la patrie.” Les soldats, émus, s’arrêtent. Ils étaient épuisés de faim et de fatigue. Le sieur Cambournac devine leurs besoins. Il se hâte de se procurer des vivres et du vin et leur en fait la distribution, heureux de pouvoir ainsi rapprocher les esprits et arrêter le carnage… Et les soldats, reconnaissants, demeurèrent à leur poste mais ne se battirent plus.
»Le 30 juillet, le sieur Cambournac se trouva à Picpus, au moment où la maison des religieuses qui y sont établies venait d’être envahie par un attroupement d’individus qui manifestaient leurs mauvaises intentions. Déjà ces dames et les jeunes personnes qu’elles instruisent couraient les plus grands dangers. Elles étaient dans la consternation. Le sieur Cambournac parvint par sa fermeté à imposer à la multitude. Il empêcha le pillage de la maison et força, non sans courir danger de la vie, les assaillants à se retirer et à respecter l’asile des femmes.
»Au reste, messieurs, cette conduite du sieur Cambournac, pleine de fermeté et de patriotisme, ne date pas seulement de quelques semaines. Il est à la connaissance de plusieurs d’entre nous que ce brave citoyen, en 1814, époque à laquelle il faisait déjà partie de la garde nationale, sortit de Paris pour aller combattre l’étranger. Il se battit en tirailleur une journée entière entre Pierrefitte et Saint-Denis et ne rentra dans la ville que lorsque le général qui commandait ce poste lui ordonna de se retirer “Car, lui dit-il, vous péririez infailliblement, sans avantage pour la cause de la patrie.”
»Ces faits, messieurs, de chacun desquels plusieurs d’entre nous avons été témoins, nous ont paru dignes d’être mis sous vos yeux […]. » Signé par une quarantaine de personnes, dont avec leur adresse : Henry, voltigeur à la IVe légion de la garde nationale, demeurant 1, rue Boucher ; Durucq illisible, capitaine à la 1re compagnie du 4e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Bigot, marchand de vins, demeurant 8, rue Boucher ; Guillemard, chasseur au 4e bataillon de la IVe légion de la garde nationale, demeurant 12, rue Tirechappe ; Loiseau, grenadier, demeurant 18, rue de la Monnaie ; Besombes, étudiant en médecine, demeurant rue du Cherche-Midi ; Bergonnier, étudiant en médecine, demeurant 19, rue des Boucheries-Saint-Germain ; Antraigues, pharmacien, électeur, demeurant 12, rue d’Orléans-Saint-Honoré, qui ajoutait l’apostille suivante : « Je certifie à qui il appartiendra que j’ai vu le sieur Cambournac sortir de chez lui habillé en garde national, le 28 juillet 1830 entre 8 et 9 heures du matin, que cette apparition soudaine et inattendue d’un garde national a excité le plus vif enthousiasme. Je puis certifier aussi que j’ai vu le susdit vers les 2 heures revenir du combat exténué de fatigue et dans un état d’exaspération difficile à décrire, qu’il ne voulut prendre aucun repas malgré les instances qu’on lui faisait. J’atteste aussi l’avoir vu parlementer avec un peloton du 15e de ligne, prêt à faire feu à l’entrée de la rue Boucher, qu’il a distribué du vin aux soldats de ce peloton et qu’il est parvenu à les maintenir dans les dispositions les plus pacifiques. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin, et son brevet le 26 août 1831. En 1831, il sollicita la croix, en remplacement de sa médaille. Il justifiait sa demande, dans ces termes : « Quarante citoyens, témoins aux journées de Juillet des efforts que je fis pour faire triompher la cause de la liberté, maintenir le bon ordre, arrêter la guerre civile et l’effusion de sang, m’avaient recommandé à la Commission des récompenses nationales. Ils attestaient, Sire, que dès le 28 juillet, j’avais paru un des premiers en uniforme de garde national, que je m’étais trouvé à plusieurs engagements meurtriers, que j’avais eu le bonheur, en risquant ma propre vie, d’empêcher une compagnie de la ligne de tirer sur le peuple ; en un mot, que je m’étais entièrement dévoué pour sauver la liberté, empêcher le pillage et surtout pour faire cesser la guerre. Cette conduite ne m’a valu que la médaille… J’espérais mieux, Sire, et je crois l’avoir mérité… Depuis les trois journées mêmes, ni ma conduite ni mon zèle ne se sont démentis. Au jugement des ministres, j’ai été blessé en arrêtant l’individu qui avait frappé M. le colonel de Susy. A Saint-Germain-l’Auxerrois, j’ai sauvé moi-même une partie des vases sacrés du maître-autel et empêché de toutes mes forces le pillage de l’église. Au 15 avril, blessé de plusieurs coups de pierre dans mon service, j’ai su garder le sang-froid et employer la fermeté que ces circonstances demandaient. » Il apostilla le certificat suivant dans lequel Nivert, René, Rose exposait la conduite qu’il avait tenue : « Malgré l’opposition du pouvoir déchu, je me suis exposé à tout pour éclairer l’opinion par les journaux le Temps et le Messager des Chambres, que je n’ai pas cessé de distribuer. Le 27 au soir, muni d’une quantité de journaux, je fus arrêté par les gendarmes de la place du Palais-Royal (ainsi que le constate le certificat ci-joint). Je fus l’objet de toutes espèces de vexations et des plus mauvais traitements. Je ne retrouvai ma liberté que lorsqu’ils furent obligés de sortir du poste pour fusiller le peuple sur la place. A travers cette grêle de balles, j’échappai comme par miracle. Rentré dans mon quartier, j’engageai tous mes concitoyens à m’aider à la formation des barricades, au moyen du dépavage des rues. Je fis ma bonne part rue Béthisy. Enfin, je n’ai pas cessé de contribuer de tout mon pouvoir à l’heureuse issue des événements de Juillet. C’est ainsi que par amour patriotique j’ai exposé ma femme et mes trois enfants à être privé de mon existence, qui leur est si nécessaire », en ajoutant la mention suivante : « Je certifie véritable ledit certificat, comme ayant été présent aux barricades de la rue Boucher. » Il était alors sergent à la 1re compagnie des chasseurs du 4e bataillon de la IVe légion de la garde nationale, à laquelle il appartenait depuis 1814. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 3, rue Boucher en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Nivert, René, Rose ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/48.