Carel, Eustache, Auguste
Biographie
Né le 28 janvier 1788 à Troyes (Aube), fils de Carel, Etienne, Louis (né Nephtali, Jacob mais converti au catholicisme le 9 mai 1797 et qui changea alors de nom, opticien de son état) et de son épouse Selgen, Selsen (elle aussi convertie le même jour au catholicisme, mais qui prit les prénoms de Marie, Louise, Charlotte, Mélanie). Nous empruntons à Troyes et l’Aube d’hier à aujourd’hui, de Jacques Schweitzer, la notice biographique suivante, concernant son père et lui-même Eustache, Auguste : « Vers 1787, s’établirent à Troyes deux jeunes israélites qui venaient de se marier à Leipzig. Jacob Nephtali, le mari exerçait la profession d’opticien. Il était né à Presbourg (Hongrie), le 15 mars 1759. Selsen Selgen, sa femme, était née en 1767 à Bayreuth, principauté d’Ansbach, en Bavière. Les époux Nephtali furent amenés à répudier les croyances de leurs pères, pour adopter la religion catholique. Ils avaient fait la connaissance de François-Joseph Schumacher, chanoine de la collégiale Saint-Etienne de Troyes, qui entreprit de les convertir. Le mercredi 9 mai 1787, la vieille collégiale des comtes de Champagne était en fête : on procéda au baptême des deux époux, en présence d’une assistance nombreuse et choisie, attirée par la rareté du fait. Le nouveau baptisé, rejetant complètement ses anciens noms, fut appelé Etienne-Louis Carel, et son épouse Marie-Louise-Charlotte-Mélanie, gardant son nom de Selgen. Ils furent bientôt admis à communier. Trois enfants naquirent à Troyes : Eustache-Auguste le 28 janvier 1788, Philibert-Flore le 7 mai 1789 et le 12 août 1790, François-Joseph. Etienne-Louis Carel, fut victime d’un attentat. Le 18 février 1788, à l’ouverture de la foire, un jeune homme lui apporta une boite “remplie d’artifice”, le feu prit et tout fut brisé dans sa boutique. Il faillit être tué, mais ne fut que blessé. On a soupçonné que c’était des juifs qui avaient fait cela pour le tuer et se venger de ce qu’il avait embrassé la religion catholique. Carel prit une part active au maintien du bon ordre dans les émeutes qui marquèrent à Troyes, le début de la Révolution. Il sortit de France le 21 septembre 1792, pour suivre sa clientèle aristocratique. Il se rendit à Tirlemont en Belgique et s’enrôla comme volontaire, en avril 1793, dans la légion de Carneville, et y fut nommé maréchal des logis en octobre. En avril 1794, un éclat d’obus lui faisait au crâne une blessure grave. L’armée des princes ayant été licenciée, Carel passa le Rhin à Düsseldorf, à la suite du maréchal de Broglie, et obtint le poste de conducteur général de l’artillerie à l’armée Condé, en septembre 1794. Il “s’est trouvé et distingué” aux batailles de Louchen (5 juillet 1796), de Rastadt (7 juillet 1796), de Nurenheim, de Henbach, de Bibrach (3 octobre 1796). A cette dernière, il eut la malchance de perdre ses papiers. Il sauva plusieurs fois l’artillerie et reçut diverses blessures. Il cessa de servir en septembre 1799. Rentré en France après la chute de Napoléon, il y occupa d’abord un emploi auprès de comte Beugnot (originaire de Bar-sur-Aube), ministre, directeur général de la police. En novembre 1814, Louis Carel sollicitait une pension “afin de vivre avec honneur et de se reposer de ses longues fatigues”. Sans fortune, vieux, infirme et blessé, il avait alors cinq enfants. Une décision royale de mars 1815 lui accorde une retraite de 200 francs. C’était trop peu pour lui permettre de “se reposer” comme il le souhaitait. Aussi, rentra-t-il dans la police, à la Préfecture en 1817. Il décède le 26 décembre 1833. Eustache, Auguste Carel […] commence sa carrière militaire par un stage d’une année au Prytanée français de Saint-Cyr, puis il entre en décembre 1805 à l’Ecole militaire de Fontainebleau, où il reçoit le grade de caporal en septembre 1806. Le 10 octobre, il débute comme sous-lieutenant au 79e de ligne, passe au 120e en qualité de lieutenant en octobre 1808 et devient capitaine en octobre 1811. En avril 1814, le maréchal Soult le nomme chef de bataillon au 69e. Durant cette période, il fait les campagnes de 1806 en Italie, 1807-1808 en Dalmatie, 1809 à 1813 en Espagne et en Portugal, en 1814 dans le midi de la France. La guerre d’Espagne lui donne plusieurs fois l’occasion de se signaler : en mai 1810, à Luarca (Espagne) il résiste à une troupe beaucoup plus nombreuse d’ennemis, auxquels il prend 2 canons et fait 300 prisonniers. En juillet 1812, à la prise du mamelon des Arapiles (Espagne occidentale), un coup de feu lui traverse l’aisselle gauche. En juin 1813, commandant une compagnie de voltigeurs, ayant déjà perdu son lieutenant et 80 hommes, quoique blessé par une balle qui lui casse le bras gauche, il peut se retirer avec l’arrière-garde de l’armée. Lorsque les Cent-Jours viennent, Carel est nommé adjudant à la 1re division militaire en avril 1815. En mars 1816, il obtient le poste de major de la légion départementale de l’Yonne. Il songe alors à se créer une famille. Il se marie en juillet 1818 et a un enfant en 1819, mais qui décède en 1820. En 1819, il reçoit la croix de Saint-Louis, et en novembre, il prend le commandement d’un bataillon de la légion du Cantal. Auguste Carel était aussi écrivain. Il commence par des vers publiés dans l’Almanach des Muses, publie quatre pièces qu’il signe M. Nephtali de Troyes, rappelant ainsi l’ancien nom israélite de la famille Carel. Il écrit un Précis historique de la guerre d’Espagne et de Portugal de 1808 à 1814. Il prend part à la rédaction du journal ministériel Le Fureteur ou l’Anti-Minerve, dont paraissent quatre numéros en mars et avril 1818. Dans La France ancienne et moderne, Carel montre que la liberté en France est plus vieille que les constitutions de 1791 et 1814. Son Budget d’un sous-lieutenant d’infanterie est plus original, comme tableau de mœurs. En 1821, Carel publie une autre pièce en vers inspirée des événements d’Orient : Aux Grecs, un officier français, dithyrambe, et l’Ode sur la Mort de Napoléon. Il fait un travail sur l’organisation des milices des colonies, écrit une Ode sur la naissance du duc de Bordeaux, et une sur Le Sacre de Charles X. Avec la Révolution de juillet 1830, il se rallie au nouveau gouvernement, il prend le commandement du poste des Tuileries, ferme les grilles et forme avec des gardes nationaux 16 pelotons qu’il fait commander par des élèves de l’Ecole polytechnique. Le 30, il va proclamer place de la Bourse, entouré de 6.000 personnes, le duc d’Orléans, roi des Français. Rentré aux Tuileries, il fait rétablir l’ordre et rester dans les caisses de l’Etat des sommes considérables et quantité d’argenterie. En récompense, le 3 août, il est nommé gouverneur du Louvre, mais pour peu de temps, car le ministre de la Guerre indique que le Louvre et les Tuileries, étant des châteaux royaux, ne peuvent pas avoir des commandants militaires. En février 1831, une ordonnance du roi le nomme lieutenant-colonel pour être pourvu du commandement de la partie française de l’Île Saint-Martin, aux Antilles, et le met à la disposition du ministre de la Marine. Il est mis à la retraite en janvier 1836. Il n’a que 48 ans, mais sérieusement atteint par la maladie, il décède le 28 juin 1836. » On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le passage suivant le concernant : « Dans la soirée du jeudi, M. Carel, ancien chef de bataillon, avait été revêtu du commandement du château les Tuileries. Il établit huit postes au pavillon Marsan, de Flore, de l’Horloge, sur les terrasses des Feuillants et du Bord de l’eau, au lion de Rivoli, aux grilles du Pont-Tournant et du Pont-Royal. Il confia le commandement de chacun de ces postes à deux élèves de l’Ecole polytechnique. […] MM. Cantrez, Alis ; Vanfleury et Gendarme ; Henriot et Durand ; Sibille et Mitrèce ; Goblet et Tétu ; Mevus et Menard ; Dévolu et Thoyot ; Ficher et Martin. » M. Carel chargea du commandement en second M. Rougemont, l’un des élèves les plus distingués. » Il signa, en tant que « major commandant le château du Louvre en vertu des ordres de S.M. Louis-Philippe Ier », un certificat en faveur de Dutaut, Barthélemy pour attester que ce dernier avait été nommé « sergent de l’un des postes établis aux Tuileries dont j’avais le commandement dans les journées mémorables, qu’il s’y est comporté avec toute la probité ». Il signa de la même manière un certificat en faveur de Delmas, Adolphe, Jean-Baptiste, pour constater les services de ce dernier pour la conservation des objets précieux des Tuileries après l’envahissement. Il signa un certificat en faveur de Boyé, Henri, pour attester que ce dernier méritait la bienveillance du gouvernement. Il signa un certificat en faveur de Boulet, Louis, Joseph, ainsi rédigé : « Le major soussigné, chargé du commandement du Louvre, en vertu des ordres de Son Altesse Royale le lieutenant-général du royaume le 3 août 1830, visé par M. le colonel Fabvier, chef d’état-major général, le 4 août, certifie qu’il a trouvé le poste du Louvre occupé par MM. les volontaires nationaux dont les noms suivent et qu’il est à ma connaissance qu’ils ont montré dans ce poste un zèle à toute épreuve et une bravoure digne de reconnaissance [suivent les noms]. » Et aussi : « Certifie qu’à mon arrivée à ce poste, il était occupé par les nommés César, sous-officier de l’ex-garde impériale, Boulet, ex-sergent au 47e de ligne, et seize volontaires nationaux, qu’il est à ma connaissance d’après les rapports qui m’ont été faits par plusieurs capitaines de la garde nationale, que les sieurs César et Boulet, les 27, 28 et 29 juillet ont concouru à la tête de près de deux cents hommes à la prise du Louvre, se sont conduits avec honneur et bravoure, qu’ils sont dignes d’une récompense et qu’ils ont continué leur service jusqu’au 7 inclus. » Il signa le certificat suivante en faveur de Bourdel, Louis, Léon : « Le major soussigné, chargé du commandement des Tuileries les 29, 30, 31, 1er et 2 août, atteste que MM. les gardes nationaux dont les noms sont inscrits au bas du présent acte et qui ont été de service au château des Tuileries depuis le 29 juillet jusqu’à ce jour, se sont conduits d’une manière digne d’éloge, non seulement pour la bravoure et l’intrépidité qu’ils ont montrées mais encore pour la probité dont ils ont fait preuve pour la conservation des objets précieux qui se trouvaient dans le château au moment où il a été envahi. Je déclare que c’est particulièrement à leur vigilance active et à leur imperturbable fermeté dans ces moments dangereux qu’il est dû la conservation des différents objets précieux dont l’inventaire a été fait par M. Mazug, commissaire de police du quartier des Tuileries, en vertu de l’ordre du gouvernement provisoire. M. Bourdel, Louis, Léon, tailleur d’habits, demeurant rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré, n° 14, accompagné de Fleury sergent, Henry capitaine, Auvert, Tessier, Marchand, Déflechelle, Dacbert, Lecoq, Cany, Laurent. Enfin je certifie que les braves gardes nationaux dont les noms sont ci-dessus déclarés ont constamment continué leur service de la manière la plus honorable jusqu’à ce jour où ils ont été remplacé par un poste du 5e régiment de ligne. » Il signa le certificat suivant en faveur de Delaup, Victor : « Je, soussigné, major commandant le Louvre, en vertu des ordres de S.M. Louis-Philippe 1er, certifie qu’il est à ma connaissance que le sieur Delaup s’est fort bien conduit dans les événements des mémorables journées de Juillet, qu’il y a pris une part active et qu’ainsi il est digne de l’estime comme de la bienveillance de ses concitoyens. » Il signa le certificat suivante en faveur de Marulaz, Amédée, Louis : « Je, soussigné, major comandant le Louvre, en vertu des ordres du roi, gouverneur des Tuileries les 29, 30, 31 juillet, 1er, 2 et 3 août, certifie que dans les mémorables journées qui nous délivrèrent du despotisme, M. Amédée Marulaz, sous-officier des cuirassiers retiré en 1825 (sic), ne m’a pas quitté un instant, qu’il n’a pas cessé de m’aider à encourager les volontaires nationaux à les diriger (sic), qu’il s’est particulièrement distingué autant par son courage à braver les dangers que par son intelligence en contenant (à propos ? illisible) à un détachement de lanciers, rue de Richelieu, les déterminant à se retirer et à ne pas charger le peuple. Que, le 30 juillet, il m’accompagna sur la place de la Bourse lorsque j’y proclamais le duc d’Orléans, roi des Français ; que je l’envoyais dans les quartiers populeux, rue des Fossés-Montmartre, Cléry, Neuve-Saint-Eustache, y répandre différentes proclamations au nom du duc d’Orléans, qu’il s’acquitta de cette mission avec zèle et dévouement, et que sa conduite a mérité d’attirer sur lui tout l’intérêt du gouvernement. » Il signa le certificat suivant en faveur de Gault, Emile, Joseph, Alphonse : « Je, soussigné, major commandant le Louvre, en vertu des ordres de S.M. Louis-Philippe 1er, commandant supérieur du poste des Tuileries pendant les journées des 29, 30, 31 juillet, 1er, 2 et 3 août, certifie que M. Gault, Emile, Alphonse, […] faisait partie de ce poste pendant lesdites journées, où il est resté jusqu’au 2 août, que ce n’est qu’aux instances réitérées de ses parents qu’il a dû l’abandonner, qu’il s’y est comporté avec toute la bravoure et la probité d’un excellent citoyen, que c’est à son zèle et à son activité qu’une grande partie des objets précieux renfermés dans cette résidence royale a dû sa conservation et qu’enfin sa conduite en tout digne d’éloges lui mérite l’estime et la bienveillance de ses concitoyens. » Il apostilla le certificat suivant en faveur de Fouet, Paul, Jean : « Les soussignés, tous citoyens ou habitants de Paris, certifions que M. Fouet, Paul, courtier de commerce, caporal à la IVe légion, 2e bataillon, 4e compagnie de la garde nationale parisienne, domicilié à Paris, rue Thibeautodé, n° 2, a montré le plus grand dévouement dans les événements de Juillet, auxquels il a pris une part active avec nous en se battant le 28, rue des Prouvaires contre le 15e léger, placé à la rue du Roule. Le 29, au Louvre et aux Tuileries, où nous l’avons vu maintenir le bon ordre, empêcher le pillage et la soustraction d’objets précieux qui se trouvaient dans le château. » Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 845-846 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Dutaut, Barthélemy, idem in dossier Delmas, Adolphe, Jean-Baptiste, idem in dossier Delacourtie, Hippolyte (dans lequel il assiste la participation de ce dernier à la réunion du 27 juillet) ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Marulaz, Amédée, Louis ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Boulet, Louis, Joseph (il signe toujours et plusieurs fois du nom de Carel) (on retrouve ce même certificat in Archives de Paris VD6 121 n° 2, liasse 2, mairie du [ancien] Ier arrondissement), idem in dossier Bourdel, Louis, Léon, idem in dossier Gault, Emile, Joseph, Alphonse, idem in dossier Fouet, Paul, Jean ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Milon, Augustin, Casimir, Henry (où il apostillait la demande de ce dernier), idem in dossier Pouig, François (où il signe une attestation pour ce dernier), idem in dossier Violard, François, Léon (où il certifie l’activité de ce dernier comme commandant d’un des postes des Tuileries) ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Boyé, Henri, idem in dossier Bonnard, Louis, Guillaume ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Delaup, Victor (il signe toujours du nom de Carel) ; Troyes et l’Aube d’hier à aujourd’hui, Jacques Schweitzer.