Carly de Svazzema, Montaigne
Biographie
Né le 9 nivôse an II (31 décembre 1793) à Auteuil (devenu commune de Paris), sous le nom de Carly, fils de Carly, Joseph, et de Lecoq, Magdelaine, Constance, son épouse ; un jugement en date du 11 mars 1831, l’autorisa à ajouter à son nom celui de De Svazzema. Voltigeur au 112e régiment de ligne le 11 août 1811, fourrier honoraire le 1er mars 1812, fourrier de grenadiers le 1er avril 1813, sergent-major de grenadiers le 24 août 1813, décoré de la Légion d’honneur le 21 juin 1813. Il fit les campagnes de 1812 et 1813 en Prusse, Wesphalie, Saxe et Silésie, fut blessé d’un coup de feu qui lui cassa le bras gauche à la bataille de Bautzen le 21 mai 1813, reçut un coup de lance au genou droit le 1er septembre 1813 à Wessemberg, fut fait prisonnier de guerre et conduit en Russie ; rentré dans ses foyers le 1er septembre 1814 avec un congé provisoire de réforme, il rentra au 3e régiment de voltigeurs de la garde impériale le 22 avril 1815, et fit les campagnes de 1815 en Belgique et en France. Il fit partie avec Huet Michel Laurent, Moutardier Hortense dit Eugène, Regent Auguste, Greverath Achille Simon, Martinon Joseph, Boucher-Dugua Nicolas, Augé Placide Antoine, des huit membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) IIe arrondissement. Il fit partie, pour le (ancien) IIe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Carly, Montaigre sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il fit partie, pour le (ancien) IIe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense. En 1831, il était lieutenant de grenadiers. Il comparut, le 24 mars 1831, devant le juge de paix, du (ancien) IIe arrondissement, pour attester connaître parfaitement Greverath, Achille, Simon et savoir « qu’il a été transporté chez le sieur Caventou, le jeudi 29 juillet 1830 vers midi pour recevoir des secours pour une blessure des plus graves faite par une balle qu’il a reçue dans le côté droit de la poitrine, dans les combats qui ont eu lieu à cette mémorable époque ». Son nom apparaît aussi comme enquêteur auprès de la Commission des récompenses nationales, sur un rapport fait sur Lecovec, Mathurin, Marie (voir ce nom) et ainsi rédigé : « Le signataire du certificat délivré au sieur Lecovec est un Irlandais qui n’est plus à Paris mais il résulte des renseignements que j’ai pris sur le réclamant qu’il a effectivement combattu le 29 juillet, rues de l’Echelle et Saint-Honoré, sans cependant s’être distingué d’une manière particulière. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme « lieutenant de grenadiers », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Vérificateur au ministère des Finances il fut destitué sous Louis-Philippe et devint courtier. Officier de la garde nationale, il donna sa démission après la répression des 5 et 6 juin 1832. Il fut arrêté après le coup de pistolet tiré contre le roi, le 19 novembre 1832, sur le pont Royal. Une perquisition faite à son domicile ne permit de saisir « aucun objet ayant trait à la politique », selon une note des sommiers judiciaires ; seuls un fusil de garde national et un fusil de chasse furent trouvés et « ont été laissés dans sa demeure sur l’offre qu’il a faite de les représenter à la première réquisition de la justice ». Relâché, il fit parvenir, le 25 novembre 1832, la lettre suivante au journal La Tribune : « L’article que contient votre numéro du 24 courant m’ayant nominativement désigné comme un des patriotes que M. Gisquet poursuit avec aussi peu de mesure que de raison, je crois de mon devoir de donner mon témoignage aux assertions qui me sont personnelles, et de reproduire textuellement les paroles du préfet de police, afin que la France puisse juger le caractère de l’homme qui fait un si déplorable abus de son autorité. Je ne reviendrai donc pas sur les faits généraux que vous avez fait connaître, et qui démontrent combien notre législation sur la liberté individuelle est illusoire et sans garantie pour les citoyens que le pouvoir se plaît à persécuter ; mais j’ajouterai à vos judicieuses observations que M. Gisquet espère sans doute nous réduire à l’impuissance de vivre paisiblement du fruit de nos travaux, en compromettant aussi souvent qu’il lui plaît, par l’appareil d’une surveillance qu’il sait être inutile, notre crédit, notre réputation, et souvent notre honneur. Ce que M. Gisquet doit savoir cependant, c’est que je puis hardiment le défier, ainsi que mes amis, de prouver qu’il soit plus honnête homme, plus homme de bien ou meilleur citoyen qu’aucun de nous ; qu’il est déplorable qu’on nous calomnie, qu’on nous emprisonne, qu’on nous ruine sur le simple rapport d’un mouchard de haut ou de bas étage, et qu’il est scandaleux qu’une police si souvent provocatrice, si tracassière aujourd’hui, et dont quelques agents sont le rebut de la société, l’écume des bagnes ou le type du déshonneur, conserve une aussi funeste influence sur le sort des citoyens, sans que ceux-ci aient le droit de la prendre à partie. Mais ce que M. Gisquet semble ignorer, et ce qu’il vient me donner le droit de lui apprendre, c’est que rien que je sache ne place un préfet de police au-dessus de la loi et ne l’autorise à se montrer insolent et cruel ; cependant, quelle a été envers ma femme la conduite de cet homme, que j’ai vu si pusillanime et si tremblant le 28 juillet, lorsqu’il s’agissait de combattre ? La voici tout entière dans les paroles pleines de colère qu’il adressait à celle dont la douleur, la grossesse et la situation exigeaient au moins quelques égards, lorsqu’elle ne sollicitait d’autre faveur que d’activer l’interrogatoire de son mari qu’elle savait innocent. “Votre mari est un des brigands qui ont voulu assassiner le roi ; je le tiens et je l’exterminerai comme les autres ; il est au secret, il n’en sortira pas de sitôt, et je veux le poursuivre, ainsi que ses complices, jusqu’à la dernière extrémité ; d’ailleurs ses antécédents sont très défavorables, car il a donné sa démission d’officier de la garde nationale le 5 juin ; enfin, j’ai bien autre chose à faire qu’à m’occuper de lui.” Et finissant cette phrase, il lui montra du doigt la porte de sortie. Cette conversation, cette conséquence tirée de la démission d’un officier qui comprenait mieux ses devoirs et la loi que M. Gisquet n’ont pas besoin de commentaires pour faire ressortir tout ce qu’il y a d’inconvenant et de froidement atroce dans la conduite d’un préfet qui devrait avoir quelque savoir-vivre, et qui pourrait trouver, sans compromettre la sûreté de l’Etat, et dans des formes plus humaines, les moyens de rendre les devoirs de sa charge moins pénibles pour lui et moins rigoureux pour les autres. Cette conduite peut, j’en conviens, être un titre à la confiance de certain parti ; mais à coup sûr, elle ne peut inspirer que du dégoût et du mépris à tout ce qui a de la droiture dans le cœur et de la générosité dans l’âme, surtout quand elle avait pour but de tourmenter ou d’insulter un citoyen contre lequel on ne pouvait produire aucune charge, qu’on savait fort bien être étranger au fameux complot dont on l’accusait d’être un des principaux auteurs, et qu’on est obligé de relâcher après le premier interrogatoire du juge. Je vous livre tous ces faits, M. le rédacteur, pour en faire l’usage que vous jugerez convenable dans l’intérêt de la société, et je vous prie de recevoir l’assurance de la considération distinguée de votre dévoué serviteur et concitoyen. » Il mourut le 4 septembre 1849. Il demeurait 13, rue du Marché-Saint-Honoré en 1831 ; 15, rue Saint-Martin en 1832. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Lecovec, Mathurin, Marie ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831, dans laquelle il demandait la rectification de son nom ; Archives nationales F/1dIII/33 droit des membres de la Commission à la décoration de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/57 in dossier Greverath, Simon, Achille ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 421, 1831-1833 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Révélations sur le coup de pistolet du 19 novembre 1832, par un des accusés du complot, Flocon, chez Levavasseur, Paris, 1832 ; Procès du coup de pistolet, Paris, chez Lagarde et Preux, 1833, p. 11, 6, 43, 77, 80 ; base Leonore de la Légion d’honneur LH/429/71 (sous le nom de Carly de Svazzema).