Carpentier, Frédéric

Biographie


Sellier. Comme on devait choisir pour porte-drapeau de la Ire légion de la garde nationale celui « qui s’est le plus distingué dans la guerre contre la tyrannie », Carpentier sollicita, le 30 août 1830, l’honneur d’être choisi « comme un de ceux qui ont bravé le plus de dangers et porté le plus de coups aux ennemis de la liberté », récapitulant ainsi sa participation aux combats des trois journées : « […] Le mardi 27 juillet, il fut comme les autres arraché à son travail par le tumulte que faisait la foule du peuple, qu’une morne inquiétude faisait circuler dans la capitale. Il entra dans la rue Saint-Honoré et se mêla à ses tristes concitoyens. Arrivé sur la place du Palais-Royal, il vit les gendarmes, dont l’attitude et l’air farouche lui firent pressentir qu’un combat s’apprêtait. Son instinct lui révéla qu’il devait y prendre part active. Il était environ 1 heure et il travailla à la première barricade qui ait été faite rue Saint-Honoré. Les soldats tentèrent d’interrompre les fortifications et ils tirèrent sur le peuple. Carpentier resta quand tout le monde fuyait. Son exemple en ramena un grand nombre et la barricade s’acheva. Ce qui atteste véritablement de l’intrépidité, c’est qu’il s’élança sous le feu de l’ennemi dans la rue Fromenteau pour aller chercher des pierres et des planches. Il y resta jusqu’à 11 heures. Le mercredi, il quitta de bonne heure sa boutique et chercha l’ennemi. Il commença à monter des pierres sur la porte Saint-Denis. Il n’avait point d’arme et il ne voulait pas piller les maisons d’armuriers. A 11 heures, il rencontra quelques Suisses, et lui et quelques autres les désarmèrent [sur le boulevard, près du gymnase, N.D.A.]. Ces mercenaires venaient de tuer un homme. Carpentier leur prit des armes et s’en servit à l’instant même contre des gendarmes. Il s’est battu jusqu’au moment où l’ennemi s’est retiré. Le jeudi, il était à la prise des Tuileries. Il poursuivit les soldats qui fuyaient sur la place de la Révolution et leur enleva plus de cent illisible de viande qu’il a distribuée dans la cour des Coches. L’après-midi, il a abattu des arbres sur le boulevard de la Madeleine ; il en a abattu plus de dix. Il est allé à Saint-Cloud un des premiers. Il a contribué à prendre le pont de Sèvres. Au moment où le duc d’Angoulême est venu sur le pont avec une troupe d’infanterie et a fait faire feu, Carpentier s’est trouvé le dernier à la tête du pont. La troupe a fait plusieurs décharges. Tout le monde se sauvait. Carpentier a voulu entrer dans une auberge mais il a été repoussé par l’aubergiste et il s’est trouvé au milieu des balles, des éclats du pont et des débris des haies. Il est étonné aujourd’hui d’avoir échappé à cette mort certaine. Ils sont revenus à trois, plus vite que les autres, pour annoncer la prise du château et la fuite du tyran et de ses satellites. Il est allé à Rambouillet. Il a escorté les pièces que l’on a prises à Saint-Cyr et que l’on amenées à Paris. Il peut donner les preuves des faits ci-dessus avancés et il ne lui faut que quelques jours pour les réunir. S’il se trouve un garde national qui ait fait plus que lui, il le verra préférer avec plaisir […]. » Berault (voir Béraud), demeurant aussi cour des Coches au 30, rue du Faubourg-Saint-Honoré, lui délivra, le 6 novembre 1830, le certificat suivant : « Je, soussigné, déclare et certifie avoir vu M. Carpentier à la formation de la première barricade située rue Saint-Honoré, à soixante-dix pas du Palais-Royal ; cette barricade fut construite par les débris des planches du Louvre, le 27 juillet. Je le vis également à la porte Saint-Denis, le 28, en tirailleur avec la colonne dont je faisais partie, commandée par le général Lacroix (voir Lacroix de, baron de Buegard), qui mit en déroute le 3e de la garde et le lieutenant-colonel qui le commandait et qui fit un mouvement rétrograde en retraite par échelons avec son bataillon. » Berault signa un autre certificat ainsi rédigé : « Je déclare l’avoir remarqué à la porte Saint-Martin à la prise de la caserne des gendarmes, sous les ordres du général Delacroix, baron de Boigard [lire Lacroix de, baron de Buegard, N.D.A. voir ce nom], qui s’était réuni à nous, en nous faisant prêter le beau serment de vaincre ou mourir avec lui. Il était à la porte Saint-Denis, exécutant les feux de section contre le 3e de la garde, ce qui détermina la défaite et le mouvement rétrograde du 3e d’infanterie, qui perdit son chef dans cette action. » Mouchet, sellier, demeurant 5, place Lafayette, attesta l’avoir vu monter des pierres sur la porte Saint-Denis. Dans l’exposé de sa propre conduite pendant les combats, Rousselle, Nicolas, Louis laissait des indications sur la participation de Carpentier à ces mêmes combats : « […] Il [Rousselle, N.D.A.] est allé à Saint-Cloud avec le sieur Carpentier, sellier, habitant comme lui la cour du Retiro. C’est M. Gabillot, adjoint à la mairie du (ancien) Ier arrondissement, qui leur a donné des cartouches. Ils ont tiré sur l’ennemi et ont gardé la tête du pont de Sèvres. Lui et le sieur Carpentier et quelques autres arrêtaient les ennemis et si l’aide de camp du général Gerard n’eût pas compromis leur élan en leur disant de ne pas attaquer, Saint-Cloud eût été pris plus tôt. » Le même Rousselle lui signa, le 10 novembre 1830, le certificat suivant : « Je, soussigné, atteste que le sieur Carpentier a été à Saint-Cloud et à Rambouillet, que je l’ai vu tirer sur les lanciers qui tiraient à leur tour sur nous de la chaussée du parc de Saint-Cloud. M. Gabillot, adjoint au maire du (ancien) Ier arrondissement nous avait donné des cartouches. Je déclare aussi avoir vu le quartier de bœuf qu’il a distribué dans notre cour et qu’il avait pris à la garde. » Boivin, Théodore, demeurant cour des Coches, lui délivra, le 6 novembre 1830, le certificat suivant : « Nous, soussignés, déclarons avoir vu le sieur Carpentier abattre des arbres sur le boulevard de la Madeleine, pendant la révolution, et qu’il a porté dans la cour une grande quantité de viande qu’il venait d’enlever à la garde royale qui fuyait des Tuileries et sur la place de la Révolution. » Un certificat, signé de Jouard, S. illisible, était ainsi rédigé, le 7 novembre 1830 : « Je, soussigné, certifie que j’ai vu le sieur Carpentier, sellier, avec des armes pendant la révolution et qu’il a distribué dans la cour des Coches où j’habite une grande quantité de viande qu’il avait prise à la garde royale lorsqu’elle fut mise en fuite au château des Tuileries. Je déclare l’avoir vu aussi abattre des arbres sur les boulevards. » Le certificat suivant était signé, le 7 novembre 1830, par Martin, régisseur de l’hôtel du Retiro, 30, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et Vinot, concierge : « Nous, soussignés, certifions à qui il appartiendra que nous avons vu le sieur Carpentier, sellier, sous les armes pendant la semaine de la révolution et qu’il a apporté dans la cour une certaine quantité de viande qu’il avait enlevée sur la place de la Révolution à la garde royale que le peuple avait mise en fuite et poursuivait de ses armes victorieuses. Nous attestons en outre que le sieur Carpentier se livre au travail, est considéré dans la cour comme un honnête homme. » Le 5 octobre 1830, il sollicita sa part sur les secours distribués aux combattants. Il expliquait être resté dix jours sous les armes, avoir monté les premières gardes sur la place Beauvau, avoir « épuisé ses ressources et ses chaussures, enfin il s’est trouvé dans un dénuement dont il n’a pu encore sortir. Il s’est par-là trouvé dans l’impossibilité de continuer de travailler sur le même pied et a été forcé de vendre ses autres effets et en a partagé le produit ». Il reçut soixante-dix francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il fut admis, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, dans la 1re catégorie de la 2e classe des blessés avec une indemnité de trois cents francs versés sur une année. Carpentier signa, comme contenant des faits véritables, la demande de secours présentée par Rousselle. Il demeurait cour des Coches au 30, rue du Faubourg-Saint-Honoré en 1830. Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 7, liste des secours aux combattants (sous le nom de Carpentier, Jean) ; Archives de Paris VK3 28, Commission des récompenses nationales de 1830, listes de noms de combattants bénéficiaires de secours pécuniaires, Ier arrondissement (ancien) (sous le nom de Carpentier, Jacques) ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Rousselle, Nicolas, Louis ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, liste des blessés indemnitaires de la 1re classe, compte établi du 1er août 1830 au 31 août 1831 (sous le seul nom de Carpentier) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le seul nom de Carpentier). Pourquoi n’est-il pas dans Archives nationales F/1dIII/38 la liste des indemnités d’une année ?

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