Carpentier, Jacques, Marie
Biographie
Né vers 1785 à Paris. Ouvrier menuisier. Il fit parvenir, le 6 août 1831, la lettre suivante au ministre de l’Intérieur : « […] A l’honneur de vous exposer avec respect que depuis longtemps il est sans ouvrage, ce qui est cause qu’il a épuisé ses faibles moyens, enfin qu’il se trouve dans le plus complet dénuement. Dans cette déplorable position, il ose prendre la respectueuse liberté de vous supplier, au nom sacré de l’humanité qui vous caractérise si bien, de lui donner une place de surveillant dans un des jardins royaux ou toute autre emploi qu’il vous plairait [de] lui accorder. Cette demande repose sur de puissantes considérations. Premièrement, en 1814 l’exposant était dans le 3e bataillon de mineurs à Soissons et dans un feu considérable qui prit l’hôtel de ville il eut la vive satisfaction de sauver onze malheureux des flammes. L’aide de camp de M. le duc de Trévise lui en donna une attestation des plus honorables, qu’il perdit lorsqu’il fut fait prisonnier à Vitry-le-François. L’exposant se glorifie aussi d’avoir, dans la journée du 29 juillet, fait partie de ces estimables et courageux citoyens qui se portèrent sur divers points de la capitale pour coopérer à reconquérir une liberté que les Français étaient à la veille de perdre par les plus noires et infâmes machinations. Vers les 10 heures du matin, l’exposant se transporta rue Traversière-Saint-Honoré au secours des citoyens qui étaient dans un danger éminent, attendu la fusillade que ne cessait de faire la garde royale sur le peuple justement irrité. L’exposant prit la direction de la rue Saint-Honoré pour démasquer une pièce d’artillerie qu’avait la garde. Les canonniers qui la servaient s’attachaient particulièrement à tirer sur les arrivants. Ils furent obligés de se replier rue de Richelieu pour revenir par la rue du Rempart. L’exposant, de cette rue, aperçut le général qui commandait la garde royale, accompagné d’un de ses aides de camp, qui sortait de dessous les colonnes du Théâtre-Français, fut droit à eux, baïonnette en avant, et leur dit Rendez-vous et criez Vive la charte et la liberté ! ce qu’ils firent et ils furent conduits rue de Rohan, où se trouvait de la garde royale, reléguée dans diverses maisons, et tous, à l’exemple du général, crièrent les mots de Vive la liberté ! et les hostilités à ce point de la capitale cessèrent. Néanmoins l’exposant arracha au général son écharpe blanche, qui se trouve en partie en sa possession. Les choses dans cet état, l’exposant, au milieu d’une vive fusillade, se rendit de nouveau rue du Rempart, dans l’intention de prendre la pièce d’artillerie, dont il est plus haut question. Effectivement, dans un moment qu’il crut opportun pour s’en emparer, il s’élança dessus et à l’aide de renfort elle fut conduite à la Bourse. D’après ces considérations, daignez, monsieur le ministre, couronner la demande du pétitionnaire d’un heureux succès. Il ose s’en flatter, comptant à cet égard sur votre inépuisable sollicitude pour les braves des journées à jamais mémorables de Juillet. Cet acte, autant de justice que de faveur de votre part, monsieur le ministre, ne saurait sans doute accroître à l’exposant le respect qu’il vous doit à tant de titres mais il lui inspirera jusqu’à son dernier soupir le sentiment de la plus profonde reconnaissance. » La lettre était apostillée des signatures de la veuve Danglar, de Millié, de Courtois, de Berthaut, de Laurent, propriétaire. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIIe arrondissement). Il demeurait 4, rue Judas dans le quartier Saint-Jacques en 1831. Archives de la préfecture de police AA 376.