Carton, Louis
Biographie
Né le 2 juin 1780 à Saint-Dié (Drôme), fils de Carton, Antoine, fabricant d’étoffes, et de Chapaix, Marie, son épouse. Entré au service le 20 mars 1798 au 85e régiment de ligne, caporal le 8 octobre 1802, sergent le 21 juin 1808, sous-lieutenant le 19 avril 1812, lieutenant le 2 avril 1813, lieutenant porte-drapeau le 19 avril 1813, lieutenant en second au 1er régiment des grenadiers de la garde le 13 juillet 1813, passé au corps des grenadiers de France le 1er juillet 1814, passé au 1er régiment des grenadiers de la garde le 1er avril 1815, licencié le 10 septembre 1815, remis en activité aux compagnies provisoires de la Drôme le 22 septembre 1815, lieutenant porte-drapeau de la légion de la Drôme le 1er mars 1816 ; il fit les campagnes des ans VI, VII, VIII et IX en Egypte, XI et XII sur les côtes de l’océan, XIII et XIV à la Grande Armée, 1806 et 1807 en Prusse, 1808 en Pologne, 1809, 1810 et 1811 à la Grande Armée, 1812 en Russie, 1813 en Allemagne, 1814 en France, 1815 en Belgique ; il « passa le Danube à la nage pour une découverte le 3 juin 1809 » était-il signalé comme une action d’éclat dans son état de services ; il fut blessé d’un coup de feu en Egypte le 3 thermidor an VI et d’un coup de feu à la bataille de Polotsk le 26 décembre 1806.Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 13 août 1809, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 17 août 1822. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le passage suivant le concernant : « [29 juillet vers 10 heures du matin] La fortune réservait à deux anciens officiers, qui avaient combattu sous les couleurs nationales, l’honneur de fournir aux deux régiments l’occasion de donner un libre cours aux sentiments qui les animaient. Le capitaine Carton, du 5e, vieux grenadier de l’immortelle armée d’Egypte, avait été, dès la veille, placé à l’embranchement des rues de la Paix et Neuve-des-Petits-Champs. Derrière lui, le sous-lieutenant Bésuchet barrait la rue Neuve-des-Capucines ; ils se trouvaient ainsi à peu de distance de la place Vendôme. Le capitaine Hamon (capitaine depuis le 5 mars 1814) avait été placé également dans la rue de la Paix, à la hauteur de la rue Neuve-Saint-Augustin, plus près du boulevard. Vers les 8 heures du matin, une assez vive fusillade s’était engagée entre les patriotes et la garde royale dont un fort détachement était sur le boulevard. A chaque instant, des blessés étaient transportés à l’état-major de la place. Après deux heures de combat, affaiblis par leurs pertes nombreuses, les gardes royaux battent en retraite. La population s’avance en foule par les rues de la Paix, Neuve-Saint-Augustin et Neuve-des-Petits-Champs. Le général Wall, inquiet de ce mouvement, porte en avant le 53e et l’arrête à la hauteur du détachement commandé par le capitaine Carton, sur qui des citoyens venaient de tirer ; mais décidé à se faire tuer plutôt que de répandre le sang des patriotes, au lieu de riposter, il avait fait reployer son peloton, dont la plupart des soldats avaient, la nuit précédente, déchargé leurs fusils. Le capitaine Hamon voit le peuple s’avancer lentement ; il ne fait aucune disposition pour l’arrêter. Près de là, se trouvait un citoyen, dont la voix s’était souvent fait entendre à la tribune nationale en faveur de nos institutions. Il avait tenté inutilement, la veille, de mettre un terme à tant de scènes de carnage. Plus heureux en ce moment, il juge qu’en fournissant à la ligne l’occasion de donner un libre cours aux sentiments de patriotisme dont elle est animée, il hâtera la fin de cette guerre intestine. Une demi-heure auparavant, le peuple l’ayant reconnu au milieu d’un groupe, l’avait accueilli par des acclamations. Ainsi, fort de la popularité dont il jouissait alors et de l’influence qu’exercera son nom, il s’approche de l’officier : “Capitaine, lui dit-il, vous vous conduisez en bon Français ; comment vous appelez-vous ? – Hamon, et vous Monsieur ? – Casimir Perier.” Et aussitôt l’honorable député serre étroitement dans ses bras ce soldat-citoyen. Puis, se tournant vers le peuple, il s’écrie d’une voix forte : “Français ! Français ! je réponds de tout, ne versez plus de sang ! Je réponds de tout au nom des députés de la France !” La multitude, émue d’un spectacle si touchant, présage heureux du prompt triomphe des libertés publiques, fait retentir l’air des cris de Vive la ligne ! Vive le 5e ! Vive Casimir Perier ! Les fenêtres jusqu’alors fermées s’ouvrent comme à un signal donné ; elles se garnissent d’habitants des deux sexes, qui joignent leurs acclamations à celles du peuple. Le brave Hamon qui, le mardi au soir, n’écoutant que la voix de l’humanité, avait osé résister à des ordres sacrilèges, et dont le cœur était oppressé des scènes de carnage qu’il aurait voulu pouvoir arrêter au prix de son sang, le brave Hamon, touché de cet accueil patriotique, abandonne le parti du despotisme ; la joie la plus vive brille dans ses regards ; il commande, d’une voix forte et émue, de remettre la baïonnette, d’élever les armes en signe de paix. Avec quel enthousiasme il est obéi par des soldats qui n’avaient cessé de partager ses sentiments ! Cependant le 53e reçoit l’ordre de faire feu ; après des ordres réitérés, le peloton de grenadiers de ce régiment couche en joue mais reste dans cette attitude ; puis ces braves grenadiers, d’un mouvement spontané, mettent l’arme au pied, en s’écriant : “Le 5e n’a pas fait feu, nous ne le ferons pas non plus !” En vain, trois officiers supérieurs répètent-ils l’ordre successivement ; en vain, le général Wall, se flattant que son autorité sera plus respectée, commande-t-il lui-même le feu ; le moment si impatiemment attendu par les Parisiens était enfin arrivé où l’amour de la patrie et de la liberté devait l’emporter dans les cœurs français sur l’empire de vieilles habitudes de discipline militaire. Les grenadiers restent immobiles ; sourds aux injonctions répétées de leurs chefs, ils se refusent d’être plus longtemps les dociles instruments du despotisme. La plus grande partie du 5e était sur la place Vendôme, derrière le 53e. On voyait bien qu’une vive agitation régnait dans la rue de la Paix mais on en ignorait le motif : quelques soldats de ce régiment quittent leurs rangs pour s’informer de ce qui se passe ; ils reviennent bientôt en courant, et s’écrient : “Le 53e refuse de faire feu, il fraternise avec le peuple. – Tant mieux, répond-on de toutes parts.” Cependant la foule se pressait contre ce régiment. Des soldats livraient eux-mêmes leurs fusils, ou se les laissaient prendre sans opposer la plus légère résistance. Les citoyens, ayant en quelque sorte leur cause gagnée, témoignaient toute leur joie, et les appelaient leurs amis, leurs frères. Le colonel, M. Cosseron de Villenoisy, calculant les conséquences de ce mouvement d’enthousiasme, craignit que son régiment ne fût entièrement désarmé ; il se décida à se replier sur la place Vendôme, afin de tenir sa troupe en masse et les rangs bien serrés. Mais le peuple, plein de confiance et ne redoutant plus rien, le suivait de près. Les soldats entrèrent en pourparlers avec les citoyens et quelques-uns livrèrent encore leurs armes. M. Cosseron de Villenoisy réunit alors les officiers ; ils déclarèrent unanimement qu’il fallait annoncer au peuple que le régiment ne ferait plus feu, quels que fussent les ordres qu’on pût lui envoyer. Alors le colonel, s’avançant de quelques pas, jura sur l’honneur que ses soldats ne tireront plus. Au même instant, ceux-ci forment leurs armes en faisceaux. Il serait impossible de décrire l’enthousiasme de la multitude et avec quelle vivacité elle exprimait les espérances que lui donnait la conduite des officiers et des soldats de la ligne. Dès ce moment, le peuple, les 5e et 53e régiments se confondirent. On s’empressa de toutes parts d’apporter des rafraîchissements aux soldats, exténués de faim et de fatigue. Le général Wall est bientôt entouré ; on l’engage à descendre de cheval, il s’y refuse ; un jeune homme lâche sur lui un coup de pistolet ; il le manque : “Jeune homme, dit le général avec un sang-froid imperturbable, allez au tir apprendre à tirer le pistolet.” La foule, touchée de cette réponse, lui ouvre un passage, et il s’éloigne. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. En 1831, il était capitaine au 5e de ligne. Il mourut le 22 août 1833 à Saint-Dié, alors qu’il était à la retraite ; sa sœur, Carton, Marie, épouse de Bastet, Jan, Noé, voiturier, demeurant à à Saint-Dié, était son unique héritière. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 464-470 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH//438/66.