Carty, Thomas, dit Rondelle

Biographie


Né vers 1790 dans le comté de Kildare en Irlande (mais à Dublin in Archives nationales F/1dIII/33). Tabletier. Il sortit « de son domicile, le 28 juillet dernier sur les 9 heures du matin, […] il s’est joint à plusieurs de ses concitoyens qui s’avançaient armés contre l’ex-garde royale et, […] arrivé sur le marché des Innocents, il a reçu un coup de feu dans la poitrine, dont il est mort sur-le-champ ». Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Le 10 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIIe arrondissement, sur la demande de Cochegrue, Marie, Catherine (voir plus loin), comparurent : Foucaut, Antoine, tourneur, demeurant 17, rue Chapon ; Bardet, Edme, marchand de vin, demeurant 45, rue des Gravilliers. Ils attestèrent « pour vérité et notoriété publique que ledit sieur Thomas Carty, qu’ils connaissaient parfaitement, est sorti de son domicile le 28 juillet dernier sur les 9 heures du matin, qu’il s’est joint à plusieurs de ses concitoyens qui s’avançaient armés contre l’ex-garde royale et qu’arrivé sur le marché des Innocents il a reçu un coup de feu dans la poitrine, dont il est mort sur-le-champ ». Le certificat suivant permit aussi d’établir les conditions dans lesquelles il avait trouvé la mort : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Thomas Carty, demeurant rue du Grenier-Saint-Lazare n° 17, a pris les armes le 28 juillet dernier pour défendre sa patrie et que dans la même journée il est à notre connaissance qu’il a perdu la vie en combattant sur la place des Innocents. » Signé, le 12 août 1830 : Batard, Sophie ; Avisse ; Demenge, fabricant de boutons, demeurant 17, rue Saint-Lazare. Il avait épousé, le 4 février 1822 à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris, Cochegrue, Marie, Catherine (par erreur Cochegru in Archives nationales F/1dIII/82), née le 5 avril 1790 à Villemert (elle-même fille de Cochegrue, Jean, Henry, Marie, jardinier, et de Devilliers, Marie, Anne son épouse), polisseuse (les témoins du mariage avaient été : Collet, Alexandre, demeurant rue de la Boule-Rouge en 1830 ; Signac, demeurant 8, butte du Montparnasse en 1830). La veuve fut pensionné de cinq cents francs. Il lui fut aussi accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. L’attribution de cette pension fut l’occasion de révéler la situation conjugale particulière de Carty. Colletta, fabricant de peignes au 58, rue des Gravilliers qui employait Carty, témoigna, en date du 19 novembre 1830, que « Carty, ouvrier tabletier, est entré chez nous en cette qualité le 7 avril dernier, et qu’il occupait la nommée Delatre, Marie, Joséphine, femme Rocourt, à raison de un franc par jour comme ouvrière et qu’il la payait lui-même pendant les trois mois que son épouse a été malade à la campagne. » Les deux femmes, l’épouse et la concubine réclamèrent chacune une pension de veuve ; elles furent toutes deux l’objet des plus mauvais renseignements recueillis par la police. Témoin de ces mauvais renseignements, cette lettre de dénonciation ainsi rédigée : « Cette femme a déclaré que son mari était sorti de chez elle le 28 juillet dernier. Cette déclaration est fausse puisque cet homme était séparé d’elle depuis environ vingt mois, attendu qu’elle a depuis plusieurs années une conduite désordonnée et qu’elle vit encore en ce moment en concubinage avec un nommé Foucaud, demeurant rue des Gravilliers n° 44. Cet homme fournit à tous les besoins de cette femme Carty, qui avait attaqué son mari en séparation. Elle s’était adressée au parquet du procureur du roi au Palais de justice ; cette demande est du mois d’avril ou mai 1829. Cette femme n’a pas d’enfant et gagne par son travail dix-huit francs par semaine. Cette femme a payé le portier de la rue des Menetriers n° 3, où elle a demeuré et celui de la rue Grenier-Saint-Lazare où elle demeure en ce moment afin qu’ils donnent de faux renseignements à l’autorité et, à l’aide de cette fraude, elle espère obtenir une pension dont sa conduite la rend indigne, […] se félicitant d’être débarrassée d’un mari qui n’avait d’autre tort que de ne pouvoir souffrir la vie désordonnée qu’elle a toujours menée dans la maison qu’elle a habitée et dont on peut prendre des renseignements chez les personnes honorables qui sont et ont été ses voisins. » La concubine, Delatre, Marie, Joséphine, reçut deux cent soixante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, se présenta aussi à la Commission, comme la veuve Carty, joignit à sa demande les actes de naissance de ses enfants, un acte de notoriété déclarant qu’elle cohabitait depuis huit ans avec Carty, et une lettre de Carty au commissaire de police de son quartier, d’où elle prétendit faire résulter la preuve que Carty vivait depuis très longtemps séparé de sa femme. La police recueillit sur Delatre, les informations suivantes : « Les renseignements recueillis […] sont on ne peut plus défavorables à sa conduite, sa moralité et sa probité. Il n’est point vrai qu’elle ait vécu pendant dix ans avec Carty dit Rondelle, anglais d’origine. Ses liaisons avec lui ne dataient que de huit ou neuf mois. Elles ont commencé en février 1830 rue Guérin-Boisseau, n° 5, ou antérieurement elle avait vécu maritalement avec un ouvrier charpentier. Rien, assurent les voisins, ne peut être comparé au scandale auquel donnaient lieu l’inconduite de tous deux et leurs rixes journalières. On peut consulter à cet égard la maîtresse de garni, rue Guérin-Boisseau, n° 16, puis surtout la dame Lomann, tenant maison garnie dite rue n° 18, qui déclare que la femme Delatre lui ayant volé un drap de lit, elle la fit arrêter et elle a, pour ce fait, été renfermée dans la maison de Saint-Lazare où elle fit ses couches, fruit de son libertinage car il est de toute fausseté qu’elle ait eu ni un ni plusieurs enfants de Carty. Elle a près d’elle une petite fille âgée de sept ans à huit ans, l’enfant dont elle est accouchée à Saint-Lazare est, dit-on, à la Pitié. Ainsi s’écroule l’échafaudage de faits, controuvés devant l’attestation unanime des nombreux voisins qui, anciens ou nouveaux, ne se rappellent d’elle que pour la flétrir des épithètes avilissantes que malheureusement sa conduite lui a values. Adonnée au libertinage et à l’ivrognerie, elle révoltait le voisinage par l’obscénité de son langage et la lubricité de ses attitudes et actions. C’est surtout lorsqu’elle était prise de vin qu’oubliant toute retenue elle outrageait ainsi à la morale publique. De semblables antécédents n’ont pas besoin de commentaires. Elle vient, il y a huit jours environ, de les couronner dignement en commettant un vol de deux verres à boire et vingt francs à un marchand de vin demeurant rue Guérin-Boisseau n° 41, où elle logeait dernièrement. Ce nouvel exploit de sa part lui a valu d’être arrêtée. Elle est écrouée en ce moment encore. Elle a donné un successeur à Carty. C’est maintenant un nommé Faure, ouvrier vernisseur qui a remplacé le défunt et déjà ils ont épouvanté le voisinage par le tapage de leurs rixes journalières. Les sieur et dame Testar tenant l’hôtel de Brie, rue des Gravilliers, n° 62, déposent dans un sens semblable en ce qui touche la femme Delatre, qui disent-ils, est indigne d’intérêt et de toute considération. Elle ne mérite que le plus profond mépris. » Une veuve Carty, enceinte et mère de deux enfants, est inscrite (sous le nom de veuve Karty), comme ayant touché un secours de cent trente francs et un secours supplémentaire de cent vingt francs sur les listes du Constitutionnel. En juin 1832, une lettre du préfet de police, Gisquet indiquait : « J’ai fait placer à l’hospice des orphelins une petite fille âgée de huit ans environ, comme se trouvant sans appui et sans moyen d’existence par suite de l’envoi à l’hospice de La Salpêtrière pour y être traitée d’aliénation mentale de la nommée Marie, Joséphine Delatre, sa mère. Cette petite fille qu’on dit se nommer Félicité, Joséphine, serait d’après les renseignements recueillis fille naturelle du nommé Carty, tué, dans les journées de Juillet. » La réponse qui lui fut donnée précisait : « La dame Delatre […] s’est effectivement présentée à la Commission des récompenses nationales comme ayant cohabité avec le sieur Carty et réclamant la pension de veuve ; mais l’existence de la femme de ce citoyen ayant été constatée, la demande formée par la dame Delatre a été rejetée. Il paraît d’ailleurs que de mauvais renseignements ont été fournis sur cette concubine et que même à cette époque la demoiselle Félicité, Joséphine n’avait pas été présentée comme fille du sieur Carty […]. » La réponse concluait qu’il n’y avait donc pas lieu de faire quoi que ce soit pour venir en aide à l’enfant. Carty demeurait 17, rue du Grenier-Saint-Lazare, maison du confiseur, en 1830 ; sa veuve, à la même adresse (mais 7, rue du Grenier-Saint-Lazare in Archives nationales F/1dIII/82) en 1831 ; Delatre, 21, rue de la Grande-Friperie puis 7, rue de la Grande-Friperie en 1831. Le nom de Carty (T. Carty) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves auxquelles il a été accordé des inscriptions de rentes du VIIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 103 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 31 ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens du (ancien) IVe arrondissement dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont la cause de la mort est douteuse quant à sa nature pour mériter l’inscription au Panthéon ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 (sous le nom de Quarty, Thomas), Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés (toujours sous le nom de Quarty, Thomas) ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien VIIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) ; Archives nationales F/1dIII/48 in dossier Cochegrue ; Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Delatre ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Hell, Frédéric, classé avec Porlier ; Archives nationales F/1dIII/72 in dossier Porlier ; Archives nationales F/1dIII/82, un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement aussi état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIIe arrondissement, veuves ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.

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