Catelier, Alphonse, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 20 août 1802 mais le 26 août 1798 dans les lettres qu’il signe et aussi sur les sommiers judiciaires in Archives de la préfecture de police AA 376 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Ancien lieutenant aux chasseurs de la garde sous l’Empire, (il participa peut-être à la conspiration de La Rochelle à confirmer… il faudrait une autre source parce qu’il n’était pas militaire à cette époque), devenu compositeur d’imprimerie. Il participa aux combats de juillet 1830. Après la révolution, il s’inscrivit sur le contrôle de la garde nationale mobile. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Catelier, Adolphe sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il signa le certificat suivant, en faveur de M Massol, Louis, Amédée, Hippolyte que ce dernier présenta au moment de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « Nous certifions que le sieur Massol, Louis, Amédée, Hippolyte, ancien élève de l’Ecole polytechnique, s’est conduit en brave citoyen à la tête des détachements qu’il commandait dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet ; par son zèle et son courage, il a montré le chemin qu’il fallait suivre pour repousser les ennemis de la charte et de la liberté, ayant combattu pendant cinq heures à la place de Grève. » Il prêta, le 23 mai 1831, son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il signa bien de son nom de Catelier, Alphonse, Jean-Baptiste. Il reçut (sous le nom de Catellier), comme décoré de la Croix de Juillet, non blessé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur mais fut finalement affecté à l’infanterie. Catelier devait plus tard donner l’explication suivante à son déplacement dans l’infanterie : « Je fus indignement traqué par les hommes de l’état-major de cette école, qui étaient des serviteurs de la Restauration, que nous venions de renverser. Ces prêteurs de serments à tous maîtres n’étaient pas disposés en faveur des combattants de Juillet. Cette aristocratie d’habits retournés [me placèrent] au milieu de leurs infâmes persécutions […]. » En 1831, il était sous-lieutenant au 5e léger et donnait procuration à Tropenat, marchand de meubles, demeurant 10 ou 14, rue Clément dans le faubourg Saint-Germain, pour retirer sa croix auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut condamné à cinq ans de travaux forcés par les assises de la Seine le 13 juin 1834 pour faux en écritures et à la peine de l’exposition. En décembre 1843, il était commis marchand quand il fut compromis pour association illicite, détention d’armes de cartouches et munitions de guerre, et traduit devant la 8e chambre du tribunal de première instance de la Seine. Il fut condamné à deux ans de prison et mille francs d’amende vu la récidive ; les autres condamnés étant : Dourille, un an de prison et cinquante francs d’amende ; Becker, un an de prison et cinquante francs d’amende ; Auguste Lhôte, Sirop, les frères Détis, à deux mois de prison et cinquante francs d’amende ; Chenu, deux ans de prison et seize francs d’amende ; Parisot, Birlet et Jareski renvoyés de la prévention. Dans Les Conspirateurs, A. Chenu donne le récit suivante de cette affaire : « Affaire de la rue Pastourel. Quelque temps après la revue dont je viens de parler, comme personne ne voulait plus payer les cotisations et que certains membres du comité voyaient ainsi s’évanouir toutes leurs ressources, ils imaginèrent de fonder un journal. Il fallait pour cela des fonds considérables et un homme présentable pour le gérer. On jeta les yeux sur Grandmesnil. C’était un homme d’une grande probité ; il avait de nombreux amis parmi les hommes politiques, et connaissait les conspirateurs des quatre parties du monde. Ce n’était point un homme d’action, mais un homme de conseil seulement. Par malheur, il était d’une intempérance excessive, le vrai type de Gargantua ; ne quittant jamais le gigot ni la bouteille, pilier de marchand de vin et d’estaminet, voyant des républicains dans tous les mécontents, joignant à cela peu d’instruction, quoiqu’il ait été jadis médecin. Il y avait bien eu quelques soupçons sur son compte à propos de l’affaire du général Berton. Un jour, même, qu’à la Chambre des députés on demandait des secours pour ceux qui avaient souffert sous la Restauration, un orateur s’écria : “Quoi ! vous venez aussi demander des secours pour Grandmesnil ? mais c’est lui qui a fait arrêter le général Berton !” Il se disculpa de cette accusation. Ceci prouve encore combien le parti républicain est disposé à soupçonner même ses plus fidèles partisans. C’est ainsi qu’il donne des armes à ses ennemis et se tue moralement chaque jour en mettant à nu les scandaleuses divisions qui sans cesse l’agitent intérieurement. Grandmesnil fut donc nommé gérant du journal la Réforme. Il déploya pendant quelque temps une grande activité. Albert et moi, nous nous mîmes à l’œuvre, et bientôt une liste assez nombreuse d’actionnaires fut fournie. Elle se composait en grande partie des membres des sociétés secrètes. Grandmesnil alors nous convoqua rue de Grenelle-Saint-Honoré, salle de la Redoute, pour nous lire le numéro-prospectus du journal. Ce fut là que je vis pour la première fois Louis Blanc, Baune, Flocon et autres. Huit jours après l’apparition du journal, la police, à laquelle mon activité avait sans doute déplu, m’arrêta. Voici comment se passa la chose : Albert, Dutertre et Louis Guéret vinrent chez moi, où nous partageâmes les ordres du jour. Le lendemain je dus convoquer quelques hommes de mon groupe pour leur en faire la lecture. Je me mis donc en route de grand matin pour les trouver avant leur entrée à l’atelier. Pendant mon absence, Louis Guéret apporta un sac renfermant des armes et des munitions de guerre, que mon beau-frère reçut. A mon retour, je visitai le sac et le mis au bas de mon armoire. Je n’avais aucune méfiance à cette époque. J’allais à mes réunions, mais à la dernière chez Parisot, marchand de vins, rue Pastourel, voilà que tout à coup, vers neuf heures et demie du soir, une nuée d’agents, d’officiers de paix, et trois commissaires de police se précipitèrent brusquement dans l’intérieur de la boutique et en fermèrent toutes les issues. Ne trouvant personne en haut, où nous tenions habituellement nos séances, ils descendirent dans la petite salle où nous étions alors. J’avais lestement jeté l’ordre du jour sous mes pieds, et, comme les autres, je gagnais instinctivement la porte, lorsque nous fûmes tous arrêtés. On nous fouilla ; mais, ne nous trouvant rien, les agents nous firent remonter avec eux à la salle du premier ; puis l’un d’eux remonta triomphant : il tenait à la main l’ordre du jour qu’il avait trouvé à terre. Un autre assura même me l’avoir vu jeter. Pendant ce temps, Catelier ayant reconnu parmi les commissaires de police un de ses amis d’enfance, le sieur Elouin, il s’approcha de lui pour lui demander des explications : “Va-t’en au diable”, lui dit Elouin, et il le fit garder plus étroitement que les autres. Comme je persistais à déclarer que c’était une méprise, et que je refusais de donner mon nom et mon adresse, l’un d’eux me dit : “Nous vous connaissons, voilà quinze jours que nous sommes à vos trousses. Vous demeurez rue du Puits-Vendôme, n° 4, au quatrième étage ; vous allez nous y suivre. Du reste, la place est déjà occupée par des hommes à nous, et rien ne sera enlevé.” Je compris que j’étais pris au piège, et que toute résistance était impossible. Il fallait donc me résigner et accompagner ces messieurs à mon domicile. Ils procédèrent en ma présence à une perquisition qui ne fut pas longue, car ils allèrent droit à l’armoire où était déposé le sac aux munitions. Ils y trouvèrent un pistolet de cavalerie, une poire à poudre, des cartouches et un drapeau ; puis, dans un tiroir à secret de mon secrétaire, le formulaire de l’association, un ordre du jour, et quelques lettres de Catelier adressées au comité. Tout cela, avec un vieux sabre rouillé, compléta la saisie. “– Messieurs, dis-je alors en riant, vous avez été bien renseignés. – Nous ne nous trompons jamais”, dit une espèce d’ours mal léché du nom de Figac. En entrant à la Préfecture, je ne pus me défendre d’un frémissement douloureux en me rappelant les affreux traitements que j’y avais endurés autrefois. Mais alors j’y trouvai un grand contraste ; au lieu des cris et des vociférations, je n’y entendis que le grincement des portes roulant sur leurs gonds, et le pas cadencé des sentinelles. Le lendemain, on me conduisit à la Conciergerie, où je restai cinquante jours au secret. Après trois mois d’instruction, le parquet n’ayant pu trouver contre nous la trace du plus petit complot, on nous envoya en police correctionnelle comme prévenus d’avoir fait partie d’une société secrète, et moi, en plus, comme ayant eu en ma possession des armes et des munitions de guerre. Au jugement, j’appris une foule de choses intéressantes sur le compte de mes coaccusés : Catelier avait été condamné à cinq années de travaux forcés pour faux, et avait subi sa peine au bagne de Toulon ; Becker, l’imprimeur des ordres du jour, avait aussi été condamné à dix années de travaux forcés pour faux. J’espérais pour eux que c’était une calomnie ; mais ils avouèrent, et le rouge me monta au visage. Dourille fut défendu par Emmanuel Arago, et cet avocat, qui se disait pourtant républicain, suivit la vieille méthode de ses confrères ; il voulut sauver le chef en sacrifiant les soldats, et se permit cette étrange sortie : “N’allez pas, messieurs, dit-il en s’adressant aux juges, n’allez pas comparer Dourille avec ces hommes ! Est-ce qu’il les connaît ? Est-ce qu’il les a jamais vus ?” Et il jeta sur nous un magnifique regard de mépris. Je me contentai de dire à Dourille, en présence de son avocat et des nôtres : “Il paraît, monsieur, que vous avez laissé ignorer à votre avocat les relations que nous avons eues ensemble.” Dourille garda le silence. Me Joly me défendit avec un talent remarquable. Il ne se laissa point aller à des récriminations mesquines, comme l’avaient fait les autres avocats. Il plaida la cause au fond, et il eut d’admirables mouvements oratoires, lorsque, pièces en main, il prouva que les ministres d’alors avaient été conspirateurs et membres des sociétés secrètes. Malgré ses généreux efforts, j’eus la grosse part dans l’affaire et je fus condamné à deux ans de prison. […] Après plus d’un an de prison, on vint nous annoncer une amnistie que le Roi nous accordait à l’occasion de son voyage en Angleterre et de la victoire d’lsly. M. Pinel, secrétaire-général de la Préfecture de Police, se rendit lui-même à la prison ; il nous fit une petite morale et m’engagea à ne plus voir mes anciens amis politiques. » Il participa à la Révolution de Février et donna le récit suivant de sa conduite pendant les combats : « Dans ces trois mémorables journées de février 1848, espérant avoir l’occasion de me venger, le 22 à midi, je me rendis à la Madeleine, lieu du rendez-vous [partie du manuscrit brûlée] la nation par les députés de l’opposition [partie du manuscrit brûlée] surprise fut grande [partie du manuscrit brûlée] qui leur avaient été faites par les seconds Polignac et Peyronnet. Oui, citoyens, j’étais là, sous les coups de sabres des féroces municipaux ; de là, au ministère des Affaires étrangères. Le 23, rue Rambuteau, où nous fûmes poursuivis par les cuirassiers, les chasseurs d’Afrique et la ligne. Après une longue résistance, nous lâchâmes prise le soir, ayant cru à la jonglerie d’intrigants qui nous annoncèrent un changement de ministère. Le 24 au matin, je fis barricader le carrefour Bucy ; après, j’armais environ trois cents citoyens et je fis désarmer les postes du Luxembourg. Après ce devoir rempli, je me dirigeais sur le Louvre et les Tuileries […]. » Sans aucun moyen d’existence, il demanda auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, à reprendre du service, avec son rang d’ancienneté dans un corps quelconque. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, combattants de Février, soussignés, certifions et attestons que le nommé Catelier, Alphonse, Jean-Baptiste, ex-officier, demeurant rue Grégoire-de-Tours n° 7, a combattu avec nous le 23 février à la barricade de la rue Rambuteau, au coin de la rue Sainte-Avoye, que sa conduite et son courage l’ont rendu digne de notre considération. » Signé, le 4 juin 1848 : Buisson, combattant, blessé de Février, et illisible en chef à l’Hôtel de ville ; Brochot, combattant et blessé de Février, délégué en chef des blessés ; Nallet, combattant et blessé de Février, sous-économe à l’Hôtel de ville, ayant distribué des cartouches à la barricade. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Philippe Jacquet, reconnaît avoir vu le citoyen Catelier, comme commandant de la barricade du carrefour de Bucy, qu’il s’y est conduit en homme de courage pour la cause sainte de la liberté. » Signé : Jacquet, Philippe, demeurant 2 bis, rue Grégoire-de-Tours. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jules Choux, reconnaît avoir vu le citoyen Catelier, à la barricade rue de Bucy. J’ai été, ainsi que plusieurs autres citoyens, armé par lui à l’Ecole égyptienne. De là, il s’est rendu avec nous au poste du Luxembourg [illisible] au Carrousel et au Palais-National, où il a distribué des cartouches à qui en demandait pour s’en servir pour la défense de la bonne cause. » Signé, le 24 février 1848 : Choux, Jules, demeurant 38, rue Dauphine. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je soussigné, Courtois (ou cloutier ?), reconnaît que le citoyen Catelier s’est occupé activement à maintenir le bon ordre pendant la journée du 24 février dernier et qu’il a fait acte de courage pour la cause de la liberté. » Signé, le 27 février 1848 : Courtois, demeurant rue Grégoire-de-Tours ; Fallas illisible, demeurant 8, rue de Bucy. Le cinquième certificat, ainsi rédigé, à en-tête de l’Ecole égyptienne : « Je, soussigné et certifie que le 24 février, M. Catelier s’est présenté à mon école, avec un grand nombre de citoyens. Il a demandé les armes de mes élèves. Je me suis empressé de satisfaire à sa demande. M. Catelier, dans cette haute et glorieuse mission, a usé des convenances d’ordre patriotique ; il a organisé son détachement de trois cents hommes. C’est pourquoi je me fais un devoir de lui témoigner une gratitude si bien méritée. Avec les armes de cette école, il a employé son zèle et son dévouement à désarmer les postes du Luxembourg. » Signé, le 24 février 1848 : le lieutenant-colonel Rocquancourt. Le sixième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné et certifie que le 24 février, M. Catelier s’est présenté à ma maison avec un grand nombre de citoyens. Il a demandé les armes qui s’y pouvaient trouver et s’étant assuré qu’il n’y en avait pas il s’est retiré. M. Catelier, dans cette haute et glorieuse mission, a usé des convenances d’ordre patriotique. C’est pourquoi je me fais un devoir de lui témoigner une gratitude si bien méritée. » Signé, le 25 février 1848 : Rouge, A., demeurant rue de Vaugirard. Le septième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Catelier s’est présenté à mon domicile, le 24 février, pour avoir des armes pour armer les citoyens qu’il commandait. Il s’est comporté en maintenant l’ordre à mon domicile, il a tenu une conduite méritoire. » Signé le 26 février 1848 : Mill, demeurant 72, rue Mazarine (le numéro n’est pas sûr). Le huitième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Catelier s’est présenté chez moi ou à mon domicile, le 24 février, avec un grand nombre de citoyens. Il m’a demandé des munitions, que je lui ai accordées. Je déclare que je n’ai qu’à me louer du bon ordre qu’il maintenait et des bons égards qu’il a eus dans cette circonstance. M. Catelier, qui commandait les barricades carrefour Bucy et Dauphine a distribué les munitions aux hommes de ces barricades. » Signé, le 28 février 1848 : Dézautière, quincaillier, demeurant 59, rue Dauphine. Le neuvième certificat, ainsi rédigé : « Les habitants du quartier de la rue de Bucy soussignent et attestent que le 24 février dans la matinée le citoyen Catelier a fait construire les barricades du carrefour Bucy et Dauphine. Après cet ouvrage terminé, il s’employa à faire donner les fusils des gardes nationaux qui ne voulaient ou ne pouvaient sortir, pour armer les citoyens de ces barricades. C’est pourquoi nous lui avons délivré le présent pour rendre justice à son patriotisme. Signé, février 1848 (pas de date) : les noms des signataires sont illisibles. En juillet 1848, le préfet de police donnait sur son compte les renseignements suivants, tirés des sommiers judiciaires, renseignements qui firent classer définitivement toute demande de sa part : « Catelier, Alphonse, Jean-Baptiste, officier au 5e léger puis commis de commerce, né à Rennes. A été condamné à cinq ans de travaux forcés par les assises de la Seine le 13 juin 1834 pour faux, exposition. A deux ans de prison par le tribunal de Paris le 19 décembre 1843 pour association illicite, gracié le 4 octobre 1844. » Il reçut un secours sans doute de soixante francs en 1849, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il reçut un secours en 1850, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Chenu, auteur des Malfaiteurs, extraits de Mémoires inédits, laisse sur lui les indications biographiques suivantes : « […] Mon autre compagnon de captivité m’était beaucoup moins antipathique. Son caractère franc et ouvert contrastait singulièrement avec les allures mystérieuses de Becker Par contre, sa conversation stupide et son exaltation étaient parfois insupportables ; je regrette de le dire, mais l’ex-lieutenant Catelier, s’il était sans peur, n’était pas sans reproche. Pourtant, lorsque je songe à ses infortunes, je ne puis m’empêcher de croire à la fatalité. Parti en 1814 avec les fédérés de la Bretagne, cet homme d’un courage héroïque avait combattu à Waterloo. Il aurait dû mourir en combattant l’étranger, mais sa mauvaise étoile le ramena à Paris. Pendant quinze ans il travailla dans une imprimerie, dissimulant le vieux levain d’opposition qui germait en lui, et ne pouvant pardonner aux Bourbons leur retour en France. Il est vrai que la Restauration l’avait déclassé ; aussi fut-il un des premiers à prendre les armes lorsque éclata la révolution de Juillet. S’étant signalé tour à tour à la prise de l’Hôtel de ville, au Louvre, aux Tuileries, et plus encore dans les conciliabules où les carbonari tramaient la chute du roi Charles X, il obtint de rentrer dans l’armée ; mais son éducation militaire laissant beaucoup à désirer, on l’envoya comme sous-officier à l’école de cavalerie de Saumur. Il ne pouvait espérer davantage, et pourtant il se montrait mécontent. A l’entendre, ses services méritaient mieux. D’ailleurs, sa conduite accusait trop ostensiblement ses griefs. Fort mal vu des fils de famille, à cause de sa décoration de Juillet, il se prenait souvent de querelle avec eux, et plusieurs duels où il triompha finirent par le rendre redoutable. Au lieu de s’en tenir à sa modeste position et d’être fidèle au roi, Catelier, toujours incorrigible, se reprit à conspirer. Le ministre de la Guerre, instruit de ses menées avec le comité des Droits de l’homme et de ses duels avec les élèves de Saumur, lui envoya un brevet de sous-lieutenant d’infanterie. Catelier eut beau protester contre une permutation qu’il n’avait pas demandée, et qu’il déclarait illégale, on passa outre, et bien qu’il eût par avance commandé un uniforme complet d’officier de chasseurs à cheval, il lui fallut entrer, mal noté, dans un régiment de ligne. Adieu donc la haute paye et la coquette tenue qu’il avait rêvée. Arrivé au corps, il fit hautement de la propagande contre Louis-Philippe. Négligeant son service pour aller prendre à Paris les ordres de Raspail, Sambuc et Bonias, il affectait de figurer dans toutes les manifestations démocratiques. On le voyait pérorer aux banquets, aux convois politiques, dans les émeutes, non pas en bourgeois, mais en uniforme. Il en résulta que son sommier grossit à la préfecture de police, car les agents secrets, naturellement, ne l’épargnaient pas dans leurs rapports. Peut-être songeait-on à l’envoyer batailler en Algérie pour s’en débarrasser, quand une circonstance assez étrange vint causer sa perte. Un beau jour, dans une de ses excursions à Paris, Catelier fut arrêté, non pour fait politique, mais comme faussaire. Il paraîtrait que, s’étant présenté chez un banquier porteur d’un effet de 18 à 20.000 francs, le payement en avait été refusé. Aussitôt Catelier se rendit chez le commissaire de police, et fit dresser procès-verbal. Le magistrat fit appeler le banquier qui déclara que la traite était fausse et soutint qu’on avait contrefait sa signature. A quoi Catelier répliqua qu’il avait bel et bien déposé la somme qu’il réclamait dans les mains du banquier, et qu’on lui en avait donné reçu. De part et d’autre on protesta ; le commissaire ne sachant que décider entre les affirmations énergiques de l’officier et les dénégations du banquier, fit un rapport à la préfecture de police. L’archiviste de l’administration, sur l’ordre du préfet, exhiba le dossier de Catelier ; les notes qui le concernaient faisaient de lui un homme dangereux ; on profita de l’occasion : le parquet fut saisi de l’affaire, et sur le dire d’un expert, on envoya le conspirateur à la Force, sous prévention de faux. A partir de ce moment, de cruelles tribulations lui étaient réservées. Il comparut en cour d’assises, où sa culpabilité ne fut rien moins que prouvée. Du reste, son système de défense était déplorable. “Nous avons pris des informations, lui dit le président, et il en résulte que, du côté de votre famille, vous n’avez jamais hérité de la somme que vous prétendez avoir déposée chez le banquier. Vous ne pouviez l’amasser par votre travail, puisque vous viviez au jour le jour. Comment justifieriez-vous de la possession de cet argent ?” Ainsi pressé, Catelier se décida enfin à avouer la vérité ; mais le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Devant la cour et le jury, comme aux yeux du public, sa réponse ne parut pas admissible. “– C’était en Juillet, s’écria Catelier, au moment où le peuple pénétrait dans le château des Tuileries, qu’en me baissant pour recueillir les cartouches des soldats qui tombaient, j’ouvris le sac d’un sergent-major de la garde royale. Au lieu de cartouches, j’y trouvai 20.000 francs en or, la masse de la compagnie sans doute. Je m’en emparai, et n’en parlai à personne. Voilà l’exacte vérité.” Les jurés ne crurent pas à ce récit ; à la majorité, Catelier fut déclaré coupable de faux, et la cour le condamna à cinq ans de travaux forcés. Cet arrêt entraînait la dégradation et l’exposition. Catelier après avoir essuyé toutes les flétrissures, fut conduit à Bicêtre, et partit pour Toulon, rivé à la chaîne des forçats. Un malheureux nommé Louison se trouvait également condamné à cinq ans de fers pour avoir pris part à l’insurrection des 5 et 6 juin. On les accoupla, et pendant toute la durée de leur peine, ils traînèrent le boulet ensemble. On comprend maintenant les rancunes de Catelier. Il avait ses raisons à lui pour détester le gouvernement de Juillet, ce qui ne veut pas dire qu’elles fussent légitimes, loin de là. Toutefois, son temps expiré, comme il était plus malheureux que coupable, il obtint, sous la caution d’un de ses amis d’enfance, alors sous-chef de la police municipale, de résider à Paris. Dans les papiers saisis chez quelques-uns de nous se trouvait une lettre adressée par Catelier au comité dont Becker était l’imprimeur. Il proposait tout simplement de mettre dans une même nuit le feu aux quatre coins de Paris et de profiter des horreurs de l’incendie pour tenter une insurrection. C’était son idée fixe ; en prison il y revenait à tout propos ; son exaspération tenait du délire. Si pendant le jour il exerçait ma patience, Catelier, la nuit, la mettait à de plus cruelles épreuves. Ainsi, à 2 heures du matin, il s’éveillait en sursaut et s’écriait : “Entendez-vous ? On se bat ! On sonne le tocsin ! Vite, levons-nous !” Ce n’était pas sans peine que je parvenais à le calmer. Je finissais par le considérer comme atteint d’une monomanie haineuse, lorsqu’un beau matin une ancienne connaissance de la chiourme l’aborda avec des démonstrations qui me firent ouvrir les yeux. Forcé de m’expliquer l’origine de ses accointances, Catelier me fit le récit que je viens de reproduire. “Dire que j’ai porté ça !” s’écriait-il un jour en voyant passer un forçat en casaque rouge, amené de Brest en témoignage. La douleur contenue dans ce cri avait quelque chose de navrant ; mais en vérité, jusque-là, j’étais loin de m’imaginer qu’on m’eût donné deux galériens pour compagnons. » Il était marié et père de deux enfants, l’un de six ans et l’autre de deux ans, en 1848. Il demeurait 5, rue du Four-Saint-Germain en 1830 ; à Strasbourg en 1831 ; 8, petite rue de Taranne ou 7, rue Grégoire-de-Tours en 1848 ; 109, rue Saint-Jacques en 1849 ; 2, rue Serpente en 1850. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, absents de Paris ou non trouvés au domicile indiqué, auxquels n’ont pu parvenir les lettres d’avis qui leur ont été adressées pour les inviter à retirer leurs décorations, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, idem cahier vert des prestations de serment ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, le 30 juillet 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, état nominatif des sous-lieutenants présentés par la Commission des récompenses nationales, promus à ce grade le 19 décembre 1830, actuellement à l’Ecole de Saumur, réclamant la première mise qui leur a été accordée par l’arrêté du 2 janvier 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 ; Archives de la préfecture de police AA 376 ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Massol, Louis, Amédée, Hippolyte ; Les Conspirateurs, A. Chenu, Paris, Garnier frères, 1850 p. 33 et suivantes ; Les Malfaiteurs, extraits de Mémoires inédits, Chenu, A., chez Dentu, libraire-éditeur, Paris, 1867, p. 94 et suivantes ; L’Ami de la religion et du roi, 21 décembre 1843, n° 3844, p. 557 ; On trouve son nom surtout dans le procès des Communistes avec Chenu etc. Journal des débats politiques et littéraires vers 1844.

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