Cavalier, Antoine, François

Biographie


Né en 1788. Négociant. Il sollicita dans ces termes, auprès du colonel Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, le 20 février 1831, la décoration de Juillet : « […] Né en 1788, élevé dans les principes libéraux de l’époque, je n’en jamais dévié, et les persécutions que j’ai eues à essuyer soit lors de la révolution du Piémont soit après les Cent-Jours où l’on ne voulait rien moins que me faire fusiller pour avoir été joindre Napoléon à Paris avant le 20 mars, m’ont acquis une réputation de libéralisme que je n’ai jamais démentie, malgré les diverses exigences des temps et m’ont valu au moins un peu de célébrité dans nos contrées. Je me trouvais à Beaucaire lors des ordonnances de Juillet et je restais ensuite quelques jours à Nîmes, afin d’être à même de suivre les événements qui paraissaient se préparer et y prendre au besoin une part active. Dès que la dépêche télégraphique qui annonçait la déchéance de Charles X fut communiquée par le préfet, je fus me faire délivrer un exemplaire de l’affiche et je partis de suite. J’arrivais le même soir à Quissac, puis à Sauve, dans la nuit à Saint-Hippolyte, à Lasalle. Partout où je proclamais la nouvelle importante aux cris de Vive d’Orléans ! Vive la liberté ! partout je relevais le courage comprimé, partout j’excitais l’enthousiasme. A ma voix les citoyens s’arrachaient du sommeil et ma fermeté ne laissait aux autorités locales aucune chance pour pouvoir prolonger les moyens de compression qu’on leur avait enjoint d’employer. A 2 heures du matin, M. Ernest Petit de Lasalle, aujourd’hui préfet de l’Ardèche, était dans mes bras à ne pouvoir assez exprimer ces transports de surprise et de joie. Enfin arrivé dans la matinée à Saint-Jean-du-Gard, après avoir ainsi parcouru dans la nuit avec succès une bonne partie du département, mon premier soin fut de faire rassembler le peuple. Le maire était un homme de 1815, il fut aussitôt remplacé par acclamation et les couleurs nationales immédiatement arborées. L’ivresse du peuple était au comble et il ne se commit aucun excès ; aucune vengeance particulière ne vint souiller ce beau triomphe et cependant les motifs n’auraient pas manqué ; mais qu’on interroge mes concitoyens, ils diront quelle fut l’autorité morale qui sut ainsi protéger tout le monde en l’absence de toute autorité légale. Cependant que faisaient alors nos carlistes et nos fanatiques ? Ils apprêtaient à paralyser autant que possible l’action du gouvernement nouveau dont la puissance n’était pas encore bien caractérisée. Un régiment suisse avait reçu l’ordre de venir se cantonner dans nos montagnes. Ces munitions de guerre nous étaient déjà parvenues, et tout a semblé démontrer que ma subite levée de boucliers, ayant entraîné le soulèvement d’une grande partie de la population du Gard, avait dérangé bien des calculs ; car je dois vous faire observer que l’événement du brusque changement des autorités de Saint-Jean-du-Gard avait retenti dans tout le département et dut faire naître de salutaires réflexions aux agents du pouvoir déchu. Ce ne fut que quelque temps après que, revenus de leur première surprise, ils commencèrent à remuer. Eh bien qu’est-ce que j’acquis de tout cela ? l’approbation de ma conscience, qui m’a toujours entraîné à tout sacrifier à ma patrie et la liberté ; mais aussi j’ai dû souffrir dans mon commerce, car vous avez sans doute appris par expérience en vous sacrifiant pour la cause des gens que l’homme qu’un sentiment irrésistible entraîne aux idées philanthropiques n’est guère apte à faire profiter ses affaires. Je me suis exposé à la vindicte du parti qui est encore tout puissant dans le Midi et si une réaction devenait jamais possible (ce que nous saurons pourtant éviter) nos modérés ne manqueraient pas de me présenter aux ultras comme le bouc émissaire. C’est alors qu’ils faisaient ressortir tous les effets de mon influence et de mon énergie ; aujourd’hui il leur suffit de pouvoir s’approprier tous les petits avantages qu’a pu produire notre révolution. Oui je dois vous le dire, j’ai vu depuis lors distribuer bien des places et des décorations, et petit nombre de sujets exceptés, tout cela a été livré à la faveur. Dans cet état de choses, je n’ai pas cru jusqu’ici devoir hasarder pour mon compte la moindre demande, une simple place de suppléant de juge de paix de notre canton m’aurait contenté. J’aurais vu dans cette intention du gouvernement une marque d’appréciation de ma conduite : c’est un ultra qui a été nommé. Voilà comment on cherche à affectionner les hommes dévoués à la cause nationale. Cependant aujourd’hui, encouragé par la décision de la commission dont vous faites partie et plus encore par la confiance que j’ai particulièrement à votre caractère je vous adresse ma demande afin d’obtenir la décoration spéciale. J’ai dédaigné jusqu’ici de réclamer des certificats des communes que j’avais parcourues ; je préférerais qu’on s’adressât à elles pour prendre des renseignements ; cependant, à la rigueur, je me mettrai à même de me les faire délivrer ; proche parent du maréchal de camp Cavalier, qui vient d’inspecter la gendarmerie d’une partie de l’Ouest et du Midi, je ne doute pas qu’il n’eût joint sa recommandation à ma demande car il doit être actuellement à Paris mais je n’ai pas encore eu son adresse. J’espère, colonel, que vous voudrez bien avoir l’obligeance de m’honorer d’un mot de réponse, que ma demande doivent être où accueillie ou rejetée il n’y a rien d’aussi pénible que l’incertitude. J’ai bien l’honneur etc. » La commission rejeta sa demande de récompense nationale, ses droits n’ayant pas paru suffisamment établis. Archives nationales F/1dIII/79, dossier Gard.

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