Cellier, Pierre, Louis

Biographie


Né le 10 mars 1787 à Paris. Bijoutier, patenté n° 64. Il subit une condamnation de trois mois de prison, en 1822, pour avoir fabriqué un bijou relatif à la mort de Napoléon. En 1825, il hébergea et employa Gaillard, Jean-Baptiste, condamné par la Cour des pairs, le 16 juillet 1821, à cinq années d’emprisonnement pour sa participation à l’affaire du 19 août 1820 et amnistié le 28 mai 1825 ; Gaillard, soumis à la surveillance de la police, était employé par Cellier à tenir ses écritures, apprenait l’état de bijoutier et l’aidait dans les travaux de sa fabrique, selon le certificat que Cellier dut délivrer au commissariat de police du quartier des Lombards ; Cellier devait se porter garant de la conduite de Gaillard tout le temps qu’il serait à son service. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Cellier fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il apostilla, comme décoré de la Croix de Juillet, demeurant dans le quartier de la Cité (c’est donc bien lui ?), ainsi un certificat délivré en faveur de Lambert, Joseph : « Je certifie avoir vu le nommé Joseph Lambert armé d’un fusil de munition dans les journées de Juillet et qu’il a combattu sur différents points. » Il se conduisit, selon l’autorité, « avec distinction » dans la répression des émeutes de 1832 et de 1834. En 1835, quand, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, la Ville de Paris voulut doter et marier seize jeunes filles, choisies parmi les familles les plus méritantes (douze pour la Ville de Paris et quatre pour les arrondissements ruraux), la fille de Cellier, Victorine, Alexandrine, née vers 1817 à Paris, ouvrière en dentelles, présenta sa candidature. Elle devait épouser Moulin, Louis, Joseph, Aimé, né vers 1804 à Saint-Omer (Pas-de-Calais), ouvrier machiniste au Théâtre-Français depuis treize ans, dont ses chefs rendaient « bon témoignage de sa conduite et de son intelligence », veuf sans enfant, demeurant 11, rue du Rempart-Saint-Honoré. Les premiers éléments du dossier de candidature étaient ainsi rédigés : « M. Cellier, bijoutier, rue Aubry-le-Boucher, n° 27, jouit d’une bonne réputation. Il y a quelques années, il a perdu une somme de huit mille francs, qu’il avait prêtée à un de ses amis, qui, depuis, a fait faillite, ce qui l’a beaucoup gêné. Sous Charles X, à l’époque des charges de la rue Saint-Denis [1827, N.D.A.], en rentrant chez lui à 11 heures du soir, il a été grièvement blessé à la tête. Depuis sa vue s’est considérablement affaiblie et il n’a pu continuer son état ou il faisait très peu de choses. En juillet 1830, il est un des premiers du quartier qui se soit rendu à la mairie comme garde national et n’a cessé d’être sous les armes pendant ces trois jours ; aussi a-t-il obtenu la Croix de Juillet comme récompense de son dévouement. Il avait sollicité et obtenu comme récompense une place au bureau de garantie pour la marque des petits bijoux et l’a exercée pendant un mois ; mais comme cette place exige de la part de celui qui l’exerce une vue parfaite, il a été obligé de l’abandonner parce que l’employé est responsable des objets qu’on soumet à la marque et que sa vue ne lui permettait pas de bien distinguer les poinçons. N’étant plus occupé, il doit nécessairement s’ennuyer et il est possible qu’on le trouve souvent dans les promenades ou autres lieux, ce qui pourrait lui faire tort dans l’esprit de quelques personnes mais aussi il faut considérer l’état de faiblesse de sa vue, qui ne lui permet pas de s’appliquer et même de continuer son état ; ce qui ne serait pas un motif de reproche. Mademoiselle Cellier, sa fille, a une conduite parfaite et jouit de l’estime de tous ceux qui la connaissent, ne sortant jamais qu’avec ses parents, elle a appris l’état de raccommodeuse de dentelles et le continue. » La candidature de la jeune fille ne fut pourtant pas retenue, sans doute à cause des renseignements suivants recueillis par la mairie : « Les époux Cellier ont cessé depuis deux mois d’habiter la maison n° 27, rue Aubry-le-Boucher. On est à peu près certain qu’ils logent dans l’établissement de la pompe à feu (barrière des Bonhommes), comme aspirant à l’emploi de concierge dudit établissement. Depuis la même époque leur fille Victorine, Alexandrine, a cessé également de coucher dans la maison n° 27, rue Aubry-le-Boucher et aurait été confiée alors aux soins et à la surveillance d’une maîtresse ouvrière en dentelles rue des Marais-Saint-Germain. On ne sait ni le nom de cette ouvrière ni le numéro de la maison qu’elle habite, on sait seulement que son mari est imprimeur lithographe ouvrier. On assure que les mœurs de cette même maîtresse ouvrière sont fort relâchés et on assure de même que la femme Cellier, son amie, ne le lui cède pas sous ce point de vue car, quoique femme déjà d’un âge mûr et mère de trois enfants, elle a pris peu de soin de déguiser ses faiblesses. Le sieur Cellier est un homme qui se prend de boisson ; il est presque continuellement dans un état d’abrutissement ; sa femme le domine et tous deux se montrent peu sévères pour la conduite de leurs trois enfants. La fille Cellier, seule, a été jusqu’ici l’objet des rigueurs de sa mère qui, pour les motifs les plus frivoles, la maltraite. Les mariés Cellier aurait eu l’intention de se faire admettre au Théâtre-Français comme employés pour le matériel de ce théâtre ; la femme, principalement, a sollicité l’emploi d’ouvreuse de loges mais elle y a renoncé depuis qu’elle a su qu’il fallait payer cet emploi. Le gendre futur, ouvrier mécanicien attaché audit théâtre est un homme veuf que l’on dit très simple ; on compterait sur sa coopération pour traiter du poste d’ouvreuse des loges si la dot de Juillet tombait en ses mains ; ceci n’est qu’une présomption de la part d’un intime de la famille Cellier. La demoiselle Victorine aurait été recherchée en mariage il y a un an environ par un bijoutier mais celui-ci, dit la famille Cellier, aurait été éconduit parce qu’il n’était qu’un mauvais sujet et la voix publique dit au contraire que c’est parce que la famille Cellier n’avait pas de dot à donner On a point remarqué de signe extérieur qui semblerait jeter du louche sur la moralité de la jeune Cellier. P.S. : On assure que le sieur Cellier père, nommé il y a quelques années syndic de la faillite d’un vinaigrier rue des Cinq-Diamants, aurait mal géré et par suite de cette mauvaise gestion, les créanciers du failli auraient exercé contre lui des poursuites qui ont eu pour effet de conseiller au sieur Cellier de mettre son mobilier sous le nom de l’un des deux fils. C’est ce qui a eu lieu dans la maison n° 27 rue Aubry-le-Boucher, où aujourd’hui encore l’un des fils Cellier est locataire en nom du très petit logement que toute la famille Cellier occupait il y a deux mois. » En 1837, à l’occasion du mariage du duc d’Orléans avec la princesse Hélène, la veuve Cellier, reposa auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement la candidature de sa fille : « Je vous prie de vouloir bien comprendre ma fille, Victoire Cellier, au nombre des jeunes personnes que la Ville de Paris dote et marie aux anniversaires de Juillet. Mon mari ayant fait partie de la garde nationale depuis sa formation, eut le malheur en 1827, quoique passant paisiblement pour rentrer chez lui, d’être frappé par un gendarme qui le blessa de trois coups de sabre, dont un la tête, qui lui affaiblit tellement la vue qu’il ne put exercer son état de fabricant bijoutier. Lorsque la révolution éclata, il fut un des premiers à revêtir son uniforme, qu’il avait conservé. Ce fut à ses côtés que le sergent Rey tomba atteint d’une balle. Il le transporta hors des rangs, revint à la charge et fut assez heureux pour contribuer, par ses efforts, à la réussite de la bonne cause, ce qui lui valut l’honneur d’être décoré de la Croix de Juillet. Mais ces fatigues inaccoutumées altérèrent sa santé, que des pertes successives et le manque de commerce achevèrent de ruiner, et nous réduisirent à vendre notre établissement pour faire honneur à nos engagements. Enfin, après de longues souffrances, je viens d’avoir le malheur de le perdre. Restée seule avec ma fille, il se présente un établissement qui comblerait mes vœux en me rassurant sur son avenir, mais la positon où je me trouve me met dans la dure nécessité de refuser si je ne puis obtenir la faveur que je réclame. » Cellier demeurait 18, rue des Cinq-Diamants en 18251831 ; 27, rue Aubry-le-Boucher en 1835 ; la veuve, 28, rue de Bussy en 1837. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 352 n° 1, 1835, candidats qui se présentent pour être dotés à l’occasion des fêtes de Juillet ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1837 ; Archives nationales F 7 6774 in dossier Gaillard, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lambert, Joseph.

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