Chaillard, Pierre, Alexis
Biographie
Né en 1789 à Noisy-le-Sec. Ancien militaire, ayant servi huit années en qualité de tambour au 58e régiment de ligne, passé au 2e régiment, 2e bataillon, 4e compagnie de la vieille garde impériale. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « L’un des professeurs d’escrime les plus distingués de la capitale, et grenadier de la VIe légion, a été un des premiers à saisir ses armes pour la défense de la cause commune. Ce brave, père de cinq enfants, s’est trouvé au feu dans plusieurs engagements sur les boulevards, rue Montmartre et place de Grève, où il a combattu aux côtés des élèves de l’Ecole polytechnique. On a entendu plusieurs fois M. Boulet encourager le tambour Chaillard à battre la charge dans les instants où le feu était le plus vif. » Il signa, le 3 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Mennecier, Georges, et qui nous donne sans doute un aperçu de sa propre participation aux combats : « Détails de la journée du 28 juillet 1830 pour s’emparer du poste du Château-d’eau. A 10 heures et demie, le nommé Chaillard, Pierre, Alexis, ayant servi huit années en qualité de tambour au 58e régiment de ligne, passé au 2e régiment, 2e bataillon, 4e compagnie de la vieille garde impériale et depuis 1816 n’a cessé d’exercer les fonctions de tambour dans la 3e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion de la garde nationale jusqu’à son licenciement par l’ex-roi Charles X. Lors des troubles du 28 juillet, qui s’effectuaient rue Saint-Martin, ledit Chaillard, de son plein gré et dévouement à la patrie, sans aucun commandement, se présenta à la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Aussitôt, il se saisit d’une caisse, que le hasard lui fait trouver et qu’il s’attache au col avec une corde. Il bat le rappel. Les dignes gardes nationaux dudit quartier, entendant le son du tambour, se sont empressés, tant en uniforme qu’en bourgeois, en armes de se réunir et se trouvèrent au nombre de dix. Peu à peu la compagnie se grossit. L’état-major arrive et donne l’ordre à ces braves de se rendre cour Batave et de se mettre sous les armes ; là, une centaine d’hommes, en uniforme, était appuyée de deux cent cinquante environ, armés de sabres, de pistolets, et là l’on attendait des ordres supérieurs ; quand tout à coup il s’est présenté plusieurs inconnus, qui ont délivré des cartouches, dont on fit le partage. A l’instant arrive un officier supérieur, qui donne l’ordre de se rendre rue Saint-Martin pour se saisir du poste du (ancien) VIe arrondissement, où montaient les pompiers, ainsi que celui du Château d’eau, poste très important. De suite, ces braves se rendirent à la mairie pour s’emparer dudit poste, qui fut rendu sur-le-champ par les pompiers qui y faisaient le service et accueillirent parfaitement ces gardes nationaux, en leur serrant la main, en criant Vive la garde nationale ! Après y avoir laissé les hommes nécessaires pour le garder, le tambour Chaillard conduisit le reste de sa compagnie, tambour battant, sur le boulevard en face le théâtre de la porte Saint-Martin et l’on se mit en ordre de bataille. Le capitaine dit à ses soldats qu’il y avait une centaine d’hommes du 53e régiment de ligne appuyée par un fort piquet du 1er régiment de cuirassiers et qu’il fallait aviser du moyen d’épargner le sang des braves, tant pour la garde nationale que pour ces militaires. Aussitôt il demande un homme de bonne volonté pour marcher à eux en parlementaire. Bientôt une voix sort des rangs et dit que c’est au caporal Mennecier à y aller comme le plus ancien de la compagnie. Ledit caporal se présente à l’instant même à son chef, qui lui enjoint de remettre son fusil à son camarade et lui demande s’il n’a pas un mouchoir blanc. Le brave caporal répond que oui. Eh bien ! dit le capitaine, allez trouver le commandant du poste et dites-lui que nous avons l’ordre supérieur de nous en emparer pour le repos et la tranquillité publique et que comme nous désirons autant que possible épargner le sang français, qu’il veuille bien acquiescer à notre demande. Après avoir reçu ces instructions, le caporal Mennecier partit en faisant flotter son mouchoir, en signe parlementaire, et parvint à la gauche du peloton de ligne. Le capitaine lui demanda ce qu’il désirait ? Il répondit qu’il avait ordre de parler au colonel. Ce premier le fit passer à droite et il parvint jusqu’à lui. Il lui dit qu’il était envoyé par ses chefs pour le prier de céder le poste qu’ils occupaient, pour le bien et la sûreté publiques. Le colonel répondit au parlementaire Si nous avions la faiblesse de nous rendre, quand vous serez maîtres du poste qui me répondra que vous ne ferez pas comme vous avez fait aux gendarmes ? Vous les avez désarmés et vous leur avez foutu des coups ! (propres expressions du colonel du 1er régiment de cuirassiers). Le parlementaire dit et jura sur l’honneur de la garde nationale que l’on ne les désarmerait pas et que ce noble garant devait lui suffire. Lorsque le colonel répliqua qu’il ne connaissait plus la garde nationale, qu’elle était licenciée, le brave caporal [répondit] Oui, Colonel, elle a été licenciée injustement mais jamais elle n’a été déshonorée... A ces mots énergiques, le colonel parla à ses officiers et se tournant vers le parlementaire, lui dit J’y consens, allez chercher deux de vos officiers supérieurs et de suite nous vous rendons le poste (il devait être 1 heure et demie). Aussitôt le parlementaire se retira en faisant flotter son mouchoir et longeant vers la gauche du boulevard pour retourner vers les siens. A peine avait-il fait cinquante ou soixante pas qu’ils firent un feu de peloton sur lui et sur sa compagnie, dont ils eurent quatre hommes tués au premier rang et six de blessés, y compris le caporal Simon (voir ce nom), ancien militaire, qui reçut un coup de feu au bras gauche. Sitôt et sans attendre la réponse de son parlementaire, le capitaine fit battre en retraite toute sa compagnie jusqu’à la porte Saint-Denis. Là, on se mit en bataille et l’on chargea en avant sur ledit post du Château d’eau. Les cuirassiers s’apercevant d’une marche aussi précipitée firent une charge sur eux, le pistolet au poing. Voyant qu’ils pourraient enfoncer les rangs, les gardes nationaux se débandèrent et s’emparèrent chacun d’un arbre, pour se battre en tirailleurs, ce qu’ils exécutèrent avec beaucoup de succès car les cuirassiers, voyant qu’il n’y avait plus moyen de leur résister, firent volte-face et se sauvèrent par la rue du Temple, en laissant une dizaine des leurs hors de combat. Dès lors, l’on se réunit de nouveau pour marcher en avant sur le peloton du 53e, qui était encore maître du poste. Mais, se voyant abandonner par les cuirassiers, ils firent signe de cesser la fusillade et qu’ils allaient se rendre à discrétion. Ce que nous avons fait sur-le-champ. Ces militaires nous ont remis leurs armes et nous sommes restés maîtres du poste et du champ de bataille. Nous pouvons évaluer notre perte à une vingtaine de tués et autant de blessés. » On trouve la mention suivante après sa signature : « Par reconnaissance pour le brave Chaillard, sa compagnie lui a décerné la plaque et les baguettes d’honneur, dont la légende est ainsi qu’il suit : “Au tambour Chaillard, pour sa belle et courageuse conduite de 1815 à 1827, juillet 27, 28 et 29 juillet. La 3e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion.” Chaillard fit partie avec Collet Fortuné, Drapier César Auguste, de Forestier Henri Joseph, Bastide Jules, Thomas Pierre Charles, Lecomte Eugène Louis Jean, Mélier François, Leroux, Oudard, Moisson Michel Richard, Lavelaine César, des douze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) VIe. Le dossier d’examen de ses propres droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs en 1831. Il reçut, en tant que décoré non blessé et nécessiteux, un secours de vingt-cinq francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs le 28 juillet 1833 (l’apostille rendu est inscrite en face de son nom) (contre la remise de son brevet, mesure curieuse mais ordonnée par le préfet de police), de dix (lire sans doute cinq francs) francs en 1834, de douze francs en 1835, de cinq francs et trente centimes en 1837, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. En 1831-1835, il était tambour à la VIe légion de la garde nationale. Il demeurait 11, rue Sainte-Apolline en 1831-1840. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 101-102 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 84 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD 6 356 n° 6, Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont pris part aux gratifications accordées à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet en 1831, 1833, 1834, 1835, 1836, Etat (1833) des décorés de Juillet du VIe arrondissement qui ont reçu sur leur demande la somme de 25 francs, que M. le préfet de police, par sa lettre du 26 juillet 1833, a autorisé M. le maire à leur compter, Etat nominatif des décorés de Juillet du VIe arrondissement dont les brevets déposés par eux à la mairie en recevant le 28 juillet 1833 la somme de 25 F ont été envoyés à la préfecture de police au désir de la lettre de M. le préfet en date du 27, Noms des décorés de Juillet non pensionnés entre lesquels ont été répartis les trois cent soixante-quatorze francs et quatre-vingt-dix centimes attribués au VIe arrondissement par la lettre de M. le préfet de la Seine du 30 juillet 1834, Liste des décorés de Juillet non pensionnés qui se sont présentés pour participer à la répartition des quatre cents francs attribués au (ancien) VIe arrondissement suivant mandat de pareille somme reçu le 28 juillet 1835, Liste nominative de MM. les décorés de Juillet non pensionnés entre lesquels ont été répartis les quatre cents francs attribués au sixième arrondissement par un mandat de M. le préfet de la Seine du 27 juillet 1835, Année 1837, Etat des décorés de Juillet du (ancien) VIe arrondissement qui sont venus se faire inscrire pour participer s’il y a lieu à la gratification qui pourrait être accordée à l’occasion des fêtes de Juillet, Etat émargé (1837) par les décorés de Juillet du (ancien) VIe arrondissement qui ont participé à la gratification accordée par M. le ministre de l’Intérieur à l’occasion des fêtes anniversaires de 1830 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, I correspondance du préfet, enquêtes, liste nominative de MM. les décorés de Juillet non pensionnés entre lesquels ont été répartis les trois cent soixante-quatorze francs et quatre-vingt-dix centimes attribués au (ancien) VIe arrondissement par la lettre de M. le préfet de la Seine du 30 juillet 1834, idem même référence liste nominative de MM. les décorés de Juillet non pensionnés entre lesquels ont été répartis les quatre cents francs attribués au (ancien) VIe arrondissement par mandat de M. le préfet de la Seine du 27 juillet 1835, idem même référence V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Etat des sommes payées par la Commission des récompenses nationales aux sous-lieutenants et aux décorés non blessés pour l’anniversaire de juillet 1830 du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, idem Souscription nationale, secours accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet aux décorés de la croix ou de la médaille, non blessés et nécessiteux, lettre de M. le préfet du 25 juillet 1831 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/66 in dossier Mennecier, Georges ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys.