Chalopin, Jean, Hippolyte

Biographie


Né vers 1803 à Caen (Calvados). Ancien agréé devant le tribunal de commerce de Caen. Il s’illustra à la porte Saint-Denis et à la caserne de Suisses de la rue de Babylone. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la décoration de Juillet. Le 10 octobre 1831, il adressa la lettre suivante à la Commission : « Vous trouverez, inclus, trois certificats, dûment légalisés et en forme, qui attestent que dans les jours de juillet 1830, j’étais au nombre des combattants et que je me suis comporté en patriote et véritable citoyen qui hait la tyrannie et l’oppression, quelle que soit la couleur arborée. Le motif de mon si long retard est expliqué par l’opinion dans laquelle j’étais que la Commission des récompenses nationales aurait pris des renseignements dans tous les quartiers et qu’alors, sur les indication, de chaque voisin, les récompenses auraient été décernées. Dans ce cas, je n’eusse pas été oublié car j’habitais à cette époque le numéro 64 de la rue d’Argenteuil et nul doute que mon concierge et mes autres voisins n’eussent attesté que, dès le mercredi matin, je suis sorti armé, portant sur le midi le drapeau tricolore, et qu’enfin je me suis consacré tout entier au succès de la révolution d’alors. Beaucoup de mes amis, qui ont même reçu plusieurs blessures mais qui se sont soignés chez eux, se sont trouvés dans mon cas ; ils ont regardé que l’on devait les décorer sans exiger d’eux ni pétition, ni demande, ni certificat. Je pourrais citer Deburey, commissionnaire de vins, alors rue de Gramont n° 3, qui est venu avec moi rue d’Enghien chercher des fusils dans un roulage et que j’ai retrouvé, distribuant de la poudre et des munitions, place de la Bourse, le jeudi 29 dans la matinée ; Abarcucci (nom à retrouver), étudiant en médecine, place de la Madeleine n° 4 sur le boulevard, blessé à deux endroits et avec lequel je me suis trouvé dans des lieux différents pendant ces jours ; Alencastre, étudiant en médecine, place Saint-André-des-Arts, qui, le jeudi, a été avec moi une partie de la matinée ; Armand (voir ce nom), acteur du théâtre du Vaudeville, médaillé de Juillet, avec lequel je me suis également trouvé dans ces jours ; tous ces messieurs et d’autres que je connais encore mais absents de Paris ou que je n’ai pas rencontré depuis longtemps ont attendu sans demander les récompenses, et à l’exception d’Armand, qui n’a eu que la médaille, les autres ont été comme moi oubliés. J’ai pris, dans ma conduite, les faits les plus saillants et les ai fait constater par les quelques gens honorables combattants et assistant aux affaires de Juillet encore en ce moment à Paris. Je laisse à vos consciences le choix de la récompense que j’ai méritée […]. » Le premier certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, François Joachim Jeannin, contrôleur du timbre à Paris, rue de la Paix, certifie que le mercredi 28 juillet, ayant rencontré, boulevard Montmartre, M. Jean, Hippolyte Chalopin, entre midi et 1 heure, je le trouvai armé de pistolets et d’une cravache à épée entière. En faisant le trajet de cet endroit par les boulevards jusqu’à la porte Saint-Denis, il me raconta que, dans la matinée, lui quatrième avait eu le bonheur de sauver la vie à un artilleur à cheval qui allait porter des dépêches à Vincennes. Arrivés au bout de la rue de la Lune, les troupes royales, que l’on apercevait à la porte Saint-Martin, ayant tiré sur les citoyens groupés à la porte Saint-Denis, M. Chalopin dégaina à l’instant son épée et arma ses pistolets. Il se précipita alors dans le groupe des citoyens, d’où je vis tirer plusieurs coups de feu. Ce fut dans ce temps qu’en rétrogradant je reçus deux coups de pistolet qui furent tirés sur moi et sur le groupe dans lequel j’étais, au coin de la rue Saint-Fiacre, par un lancier rejoignant un détachement de la garde royale à pied, qui marchait pour attaquer par-derrière les citoyens réunis à la porte Saint-Denis. J’ignore ce que devint M. Chalopin dans la mêlée mais je puis assurer qu’il était du petit nombre des combattants réunis sur ce point. » Signé, le 8 octobre 1831 : Jeannin. Le deuxième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jean-Pierre Desplan (voir ce nom), décoré de Juillet, demeurant à Paris, rue de Bussy n° 40, certifie que dans la matinée du mercredi 28 juillet 1830, M. Jean, Hippolyte Chalopin, étant au bout de la rue de Cléry, près la rue de la Lune, sur la butte près la porte Saint-Denis, aperçut un artilleur à cheval, venant du boulevard Poissonnière, tira son épée et dit qu’il fallait arrêter ce militaire, afin de lui prendre les dépêches qu’il avait sur le dos. L’artilleur s’étant avancé, M. Chalopin, accompagné d’un groupe de citoyens armés de bâtons et autres armes, arrêtèrent l’artilleur, le firent descendre de cheval et ses dépêches furent vérifiées. Après examen, ayant reconnu que les dépêches dont il était porteur n’étaient que des comptes et bordereaux de dépenses faites dans le courant du mois précédent et que l’artilleur portait à Vincennes, cet artilleur fut désarmé et comme un citoyen était déjà monté sur le cheval de ce militaire et un autre détachait le porte-manteau et ne voulait pas rendre le cheval de cet artilleur, M. Chalopin, aidé de trois citoyens, dont un portait moustaches blondes, entourèrent l’artilleur et son cheval, en firent descendre le citoyen qui l’avait pris, défendirent qu’aucun mal ne fût fait à l’artilleur, l’aidèrent à remonter à cheval et protégèrent sa fuite, en le faisant rétrograder. On ne peut que donner les plus grands éloges à M. Chalopin, pour l’humanité et l’énergie qu’il déploya dans cette circonstance. » Signé, : partie du manuscrit brûlée 1831. Le troisième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, François Castinel, inspecteur des équipages d’artillerie militaire, demeurant à Paris, rue Richelieu n° 30, certifie que, dans la journée du 29 juillet, M. Jean, Hippolyte Chalopin a débouché avec moi et une colonne de volontaires citoyens par le boulevard des Invalides et la rue Plumet dans la rue de Babylone, pour appuyer et participer à l’attaque de la caserne de cette rue, occupée par les Suisses. M. Chalopin était armé et s’est battu avec intrépidité à mes côtés. Accompagnés de M. Deshayes (voir ce nom), étudiant, que j’ai su depuis habiter la rue de la Harpe n° 60, et de plusieurs autres, ils sont entrés dans un hôtel près la caserne, afin de tourner les Suisses et les surprendre par les jardins. Dans cet hôtel, dont je ne puis me rappeler le numéro, il s’y est trouvé des armes, qui ont été distribuées à ceux d’entre nous non encore armés. M. Chalopin, toujours avec M. Deshayes, a sauté par-dessus les murs et traversé les jardins qui nous séparaient des Suisses. Enfin, au moment où notre colonne entrait par le côté dans la caserne, les Suisses venaient de l’évacuer mais non sans mal et sans danger pour tous ceux qui comme M. Chalopin se trouvaient de ce côté. » Signé, le 7 octobre 1831 : Castinel. Chalopin demeurait 64, rue d’Argenteuil en juillet 1830 ; 32, rue du Petit-Carreau en 1831. Archives de la préfecture de police AA 377.

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