Charles, Henri, Bernard

Biographie


Né le 15 juin 1793 à Paris, fils d’un vainqueur de la Bastille. Il combattit à Waterloo dans les rangs du 85e de ligne et fut laissé pour mort sur le champ de bataille ; ce fut alors qu’on relevait les morts qu’on s’aperçut qu’il respirait encore et qu’on le conduisit à l’ambulance. Il affirmait avoir été persécuté sous la Restauration (quoique son nom ne semble pas apparaître pas dans les dossiers des condamnés politiques), à cause de ses services dans l’armée impériale, avoir quitté la France « pour éviter la vengeance des cours prévôtales de 1815 » et n’être rentré en France qu’avec l’amnistie de 1816. Il disait aussi avoir été poursuivi et emprisonné vingt-deux fois pour causes politiques et avoir été mis constamment sous surveillance de la police générale pendant la Restauration. Il s’installa professeur de dessin et, quelque temps avant 1830, fonda dans le faubourg Saint-Antoine et dans les (anciens) IVe et VIIe arrondissements plusieurs écoles gratuites de dessin en faveur des ouvriers. Il participa à la révolution de Juillet et ses « rapports avec un grand nombre d’ouvriers fréquentant ses écoles ont pu le mettre à même d’exercer sur ceux-ci une influence utile au parti qu’il servait », devait préciser, plus tard, une note de police A partir de 1835, et suite à un rapport de Boulay de la Meurthe, en date du 16 janvier 1835, la Ville lui fournit une subvention de sept mille cinq cents francs (ou parfois selon d’autres indications contenues dans son dossier, une subvention de huit mille cinq cents francs). Le rapport de Boulay de la Meurthe, qui avait permis l’obtention de cette subvention, donnait les précisions suivantes : « Cette somme allouée à M. Charles n’est que pour couvrir les dépenses de loyer, chauffage, éclairage, modèles, professeurs étrangers, inspecteurs etc. Il pourrait arriver un moment où M. Charles, citoyen sans fortune, réclamerait un salaire pour ses travaux personnels. […] Dans ce cas, la Commission municipale s’empresserait d’accorder un traitement à l’un des meilleurs citoyens dont s’honore Paris ; à un homme qui a combattu dans sa jeunesse comme militaire, pour la gloire de son pays et, dans sa vieillesse, depuis 1830, dans les rangs de la garde nationale, pour l’ordre et la tranquillité publique, à un philanthrope qui s’est dévoué jusqu’ici de cœur et d’argent à l’instruction de la classe ouvrière. » Charles se fit remarquer, au début du règne de Louis-Philippe, dans le zèle qu’il apporta pour maintenir l’ordre public. C’est sans doute pour cette raison qu’il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en date du 7 janvier 1832 par acte signé du maréchal de Trévise, sous le seul nom de Charles, lieutenant dans la VIIIe légion de la garde nationale de Paris (il fut, par erreur, inscrit sur les registres de l’ordre sous les noms de Henri, Bernard, Charles et non pas sous ceux de Charles, Henri, Bernard). Charles s’honorait d’au moins deux circonstances, au cours desquelles il avait réussi à contenir des émeutiers. La première, dans les troubles en faveur de la Pologne, quand les Parisiens protestèrent contre l’abandon dans lequel le gouvernement laissait les insurgés polonais, qui s’étaient soulevés contre le gouvernement tsariste dès qu’ils avaient su que le tsar de Russie envisageait d’entrer en guerre contre la France pour rétablir le gouvernement de Charles X. Casimir Perier et Sebastiani furent pris à partie, alors qu’ils sortaient dans la même voiture du ministère des Affaires étrangères. Assaillis par la foule, qui avait réussi à arrêter leur voiture, ils allaient subir quelque mauvais sort, quand, « par sa présence d’esprit et son courage », selon les propres félicitations que prononça Casimir Perier sur son compte devant l’état-major général de la garde nationale, Charles réussit à repousser les manifestants. Quelques jours plus tard (le 14 février 1831, les légitimistes ayant prévu la célébration d’une messe dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, en la mémoire du duc de Berry, assassiné le 13 février 1820, des Parisiens y virent une provocation et des troubles s’ensuivirent dans Paris ; l’église Saint-Germain-l’Auxerrois fut attaquée et l’archevêché mis à sac, N.D.A.), Charles sauvait la vie au curé de Fontainebleau, l’abbé Liautard, qui, pris à partie par une foule, s’était réfugié dans un poste de ligne, place du Châtelet ; la foule voulait qu’on lui livrât l’abbé et allait bientôt envahir le poste car l’officier qui le commandait avec sa vingtaine d’hommes venait d’être blessé et mis hors de service. Charles arriva à temps, l’épée à la main, prit le commandement du poste, fit charger les armes et résista pendant deux heures à trois mille assaillants, qui ne cessaient d’attaquer à coups de pierres et de bâtons. Les défenseurs du poste et de l’abbé furent enfin délivrés par le colonel d’état-major de la garde nationale Gabriel Delessert (le futur préfet de police). Les états de services de Charles, comme garde national, étaient ainsi détaillés : « Il a occupé pendant quinze ans le grade d’officier dans la VIIIe légion de la garde nationale. Il a été élu, le 18 mai 1831, lieutenant en second (1re compagnie, 4e bataillon) et réélu (3e compagnie, 2e bataillon). Il a été élu capitaine en premier dans cette même compagnie, le 14 juin 1835 et successivement réélu dans le même grade jusqu’aux élections générales de 1846. » Ce fut sans doute pour sa participation au maintien de l’ordre qu’une pension de trois mille francs lui fut accordée sur les fonds secrets du ministère de l’Intérieur, à partir de 1832 et jusqu’en 1848. En octobre 1861, Gisquet, le préfet de police de l’époque, reconnaissait d’ailleurs être intervenu pour lui faire accorder cette pension, autant pour cette participation au maintien de l’ordre public que parce « qu’enfin malgré son état de souffrance et sa position voisine de la misère, il consacrait une grande partie de son temps à l’instruction gratuite des nombreux ouvriers du faubourg Saint-Antoine ». Quand la révolution de Février éclata, Charles s’abstint quelques mois de se présenter à la caisse pour réclamer son argent. Il ne reparut qu’en octobre 1848, mais ce secours avait été supprimé par Ledru-Rollin, pendant son bref passage au ministère de l’Intérieur. Charles, affirma toujours n’avoir jamais rien voulu réclamer sous le gouvernement provisoire, que Ledru-Rollin avait assouvi une de ses premières vengeances en supprimant brutalement la pension d’un homme qui avait servi l’Empereur, qui avait souffert pour lui et qui avait été récompensé par le gouvernement de Juillet. Charles fit, à partir de ce moment, de nombreuses démarches pour tenter de recouvrer la somme qui lui était habituellement allouée. Il était alors marié, père de famille et dirigeait encore trois écoles gratuites de dessin pour la classe ouvrière (deux de ces écoles étaient situées 7, rue Geoffroy-Langevin (pour hommes et pour femmes) et la troisième au 130, rue du Faubourg-Saint-Antoine. En 1848, devant les demandes réitérées de Charles pour obtenir le rétablissement de sa pension, la préfecture de police donnait au ministre de l’Intérieur les précisions suivantes sur son compte : « […] La pension de trois mille francs qu’il touchait sur les fonds du ministère de l’Intérieur lui aurait été allouée à titre soi-disant de services rendus comme fondateur d’écoles de dessin et pour avoir su maintenir les ouvriers pendant les émeutes mais il paraît que cette allocation avait une toute autre cause, qui serait loin d’être honorable mais à la source de laquelle il importe de remonter. Le sieur Charles est propriétaire d’une maison de campagne à Ablon (Seine-et-Marne) et, selon les apparences, sa position est assez aisée. Il est républicain modéré. Quant à sa réputation, on le présente comme un homme insinuant, adroit, astucieux et intrigant. La nature de ces renseignements m’a paru nécessiter de nouvelles investigations. Je viens de les prescrire et dès que le résultat m’en sera parvenu je m’empresserai de vous le communiquer. » Puis en octobre 1848 : […] On n’a pu fournir aucune preuve des faits peu honorables pour lesquels il aurait obtenu, dit-on, cette pension de trois mille francs. Ces nouveaux renseignements sont venus du reste confirmer ce qui avait été dit précédemment sur sa mauvaise réputation. » Les démarches de Charles furent vaines. Alors que Louis-Napoléon Bonaparte n’était encore que candidat à la présidence de la république, il accorda à Charles, le 27 novembre 1848, une audience à l’hôtel du Rhin, place Vendôme et, après avoir écouté le récit de récit de ses souffrances, il aurait, selon Charles, prononcé ces paroles : « Je compatis de tout cœur à vos malheurs. Vous m’intéressez et lorsque le moment sera arrivé, rappelez-moi ce que vous venez de me dire, je me ferai un devoir de vous être utile et vous rendrai justice. Comptez sur ma parole, un Napoléon n’y a jamais manqué. » De 1849 à 1854, Charles ne semble pas avoir fait aucune démarche mais il les relança à partir du mois de mars 1854. Le 30 juin 1854, le préfet de police appréciait ainsi sa situation auprès du ministre de l’Intérieur : « M. Charles a toujours montré un dévouement profond à la cause napoléonienne. Il a été persécuté sous la Restauration à cause de son attachement à l’Empereur Napoléon 1er et l’on ne pourrait sans injustice le priver plus longtemps de la pension de trois mille francs qui a été accordée à ses bons et loyaux services. » Mais les renseignements peu favorables recueillis sur son compte (voir plus haut) l’emportèrent sans doute et ne permirent pas en tout cas de faire aboutir sa demande. Le 1er décembre 1857, Charles disait avoir fait quatorze démarches, sans succès, depuis l’accession au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte. En 1861, dans une nouvelle demande il précisait, devant les insinuations dont il était l’objet : « Je ne réclame rien non plus pour des services secrets car tous les services que j’ai rendus au pays et à mes concitoyens ont été au grand jour, avouables et honorables, l’épée à la main, et à la tête de ma compagnie, dont j’étais capitaine commandant. […] Je pourrais […] fournir toutes les preuves des services que j’ai rendus au grand jour. Ce fut donc pour me récompenser et non pour services secrets que le gouvernement de Juillet m’accorda une pension de trois mille francs, à la recommandation de l’honorable M. Gisquet, alors préfet de police, qui eut connaissance de mes malheurs et des droits que j’avais acquis à la bienveillance du pouvoir. Toujours persécuté et emprisonné pour mes opinions napoléoniennes sous la restauration des Bourbons de la branche aînée, j’ai su conserver mes sentiments patriotiques, mon indépendance et le culte que je porte à la mémoire de notre immortel Empereur mais j’ai subi du malheur et connu la misère. Une blessure incurable et très grave, que j’ai reçue à Waterloo, me cause des douleurs incessantes, qui augmentent avec les années […]. » Il estimait par ailleurs à trente mille le nombre des ouvriers qui avaient suivi des cours dans ses écoles. Il était alors âgé de soixante-neuf ans, ses demandes n’avaient toujours pas abouti et le ministère de l’Intérieur, dans une note de la direction générale de la sûreté publique, se demandait encore ce qu’il convenait de faire à son sujet. Charles était médaillé de Sainte-Hélène et médaillé d’or au grand prix de Moleon (illisible). Il demeurait 60, rue des Tournelles en 1848 et auparavant 17, rue des Tournelles (ou peut-être selon une autre source 47, rue des Tournelles) ; 22, bd Beaumarchais en 1849 ; 6, place Royale en 1855 ; 40, rue de Hauteville en 1857-1858 ; 17, rue de Vendôme en 1861. Archives nationales F/15/3782. C’est sans doute le même que le suivant mais attendre des précisions…

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