Chatelain, René, Théophile, Nicolas

Biographie


Né le 19 janvier 1790 à Saint-Quentin (Aisne), fils de Châtelain, Robert, Théophile, marchand blanchisseur, et de Dupont, Thérèse, Julie, Gabrielle, son épouse. Entré au service par enrôlement volontaire le 15 mai 1808, fourrier au 1er régiment de dragons en octobre 1810, maréchal des logis en décembre 1811, adjudant sous-officier le 1er juin 1812, sous-lieutenant le 22 avril 1813, lieutenant aide de camp le 3 janvier 1814, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 2 novembre 1814 ; il fit les campagnes des années 1808 à 1811 en Espagne, 1812 en Russie, 1813 en Saxe et Silésie, 1814 en France ; il fut blessé d’un coup de biscayen au bras droit le 2 novembre 1812 au combat de Wiezna (illisible). Gérant du Courrier français. Il était connu pour son opposition à la Restauration. Il fut condamné à quinze jours de prison et cinq cents francs d’amende, par le tribunal correctionnel de la Seine, le 10 février 1830, pour outrages envers un fonctionnaire public. Alexandre Dumas, qui fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Chatelain, et ainsi rédigé : « [sur la protestation rédigée par les journalistes] Dans les bureaux du Courrier, on rédigeait une protestation au nom de la Charte. Cette protestation devait être signée par tous les journalistes. Quant aux moyens de résistance, on ne parlait encore que du refus de l’impôt. Tout à coup, Châtelain entra triomphant : M. de Belleyme venait de rendre une ordonnance qui prescrivait aux imprimeurs d’imprimer les journaux suspendus. Tout le monde politique a connu Châtelain ; c’était un des hommes les plus honorables de la presse, un des rares républicains de 1830. Il déclara formellement que Le Courrier français paraîtrait le lendemain, dût-il paraître sous sa seule responsabilité. » Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du IVe arrondissement. Il mourut le 10 mars 1839. Nous empruntons à la Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours ces détails de la notice biographique qui lui est consacrée : « Chatelain, atteint d’une maladie organique qui pendant plusieurs années lui fit éprouver de cruelles souffrances, avait toujours refusé de s’allier aux hommes violents qui voulaient renverser la monarchie. Il avait horreur du sang et du régime de 1793 ; aussi, malgré la vivacité et la persévérance de son opposition, il eut d’illustres amis, qui ont voué un culte à sa mémoire. Son ouvrage le plus remarquable est le livre des Lettres de Sidi Mahmoud, écrites pendant le séjour en France de ce personnage. » Il demeurait 55, rue de Grenelle-Saint-Honoré en 1830. Des patriotes, des libéraux et des doctrinaires, pour servir à l’histoire de la révolution de Juillet, J. N. Poubelle, Paris, chez les libraires du Palais-Royal, 1832, p. 6 ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 105-108 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 (feuille volante) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Maitrejean (où Maitrejean affirmait qu’on pouvait demander à Delaborde tout renseignement le concernant sur sa participation aux combats de Juillet) ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/503/44 ; Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, publiée par MM. Firmin-Didot frères, sous la direction de M. le Dr Hoefer, Paris, 1854, tome neuvième, p. 111.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.