Chatelet, Charles, Casimir
Biographie
Né vers 1809 à Paris. Coiffeur. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 12 février 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 26, à la prise du poste de la Bourse et à l’incendie du corps de garde, avait cassé des réverbères. A transporté le cadavre et juré de le venger ; parti armé avec la chemise ensanglantée pour servir de drapeau, à la rue Feydeau ; éprouvèrent un feu de mousqueterie qui les dispersa. N’ayant pu se procurer d’arme, a travaillé aux barricades. Le 29, en garde national, fut à Babylone ; s’est avancé sous le feu pour enlever un blessé ; a aidé à la distribution des fusils pris dans la caserne. Rambouillet. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 28 décembre 1830, à quatre voix pour la croix, trois voix pour la médaille et aucune voix pour une mention puis, par révision en date du 12 février 1831, il se prononça à deux voix pour la croix, trois voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il adressa à la Commission des Réclamants, par l’intermédiaire de Pelvilain commissaire à cette Commission (voir Pelvilain, Achille, Stanislas), le détail des faits qui lui valurent la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et d’être nommé, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et par décision ministérielle, en date du 24 mai 1831, sergent au 16e de ligne, afin d’obtenir le remplacement de sa décoration par la croix et un avancement dans l’armée : « Le mardi 27 à 4 heures à peu près, je traversai la rue Saint-Honoré sortant de celle du Coq et me mêlai aux nombreux rassemblements de citoyens qui, quoique sans armes, opposaient déjà une vigoureuse résistance aux charges de gendarmerie qui avaient lieu dans la rue. Heureux d’avoir pu éviter les coups de sabre qui pleuvaient sur nous et m’étant retranché dans la rue Croix-des-Petits-Champs, je me servis de projectiles tels que pierres et grès […]. Au bout de deux heures de résistance, je me vis forcé de céder à la force et de me retirer. Rentré chez moi pour mes occupations, je ne puis en sortir que vers neuf heures en ayant trouvé des citoyens déterminés dans la rue Neuve-des-Petits-Champs. Je me joignis à eux près du poste de la Banque. Et alors, dans peu de temps, les réverbères ayant été cassés dans toutes les rues adjacentes par nos soins, l’obscurité la plus complète nous donna le moyen de tromper la vigilance des ennemis. Nous nous portâmes ensuite au corps de garde de la Bourse où, après l’avoir forcé, nous y mîmes le feu, ayant à regretter la perte d’un brave ouvrier qui fut percé d’une balle dans le côté droit. Lorsque les gendarmes se retirèrent, nous nous dirigions ensuite du côté du ministère des Affaires étrangères, lorsque, au détour de la rue Feydeau près celle des Colonnes, une fusillade assez forte nous empêcha d’avancer, l’obscurité nous empêchant de distinguer le nombre de l’ennemi auquel nous avions affaire. Etant resté presque seul, je jugeai prudent de me retirer et je rentrai chez moi. J’en viens maintenant au lendemain, mercredi vers 8 heures ; je rencontrai rue Vivienne une troupe de quinze à vingt jeunes gens, armés seulement de sabres. Je me mêlai donc à eux dans l’espoir de m’armer à la première occasion. Mais après avoir parcouru inutilement plusieurs boutiques d’armurier, je leur proposai, de la rue Coquillière où nous étions alors, de nous diriger vers le poste de gendarmes du marché des Innocents. Ma proposition fut accueillie, mais une fois devant le poste, au lieu de les trouver disposés à forcer le poste, une hésitation s’empara d’eux et je ne pus obtenir de ces gens timides autre chose que d’engager les gendarmes à ne pas faire feu quoi qu’il arrive. Indigné de mes camarades, je les quittai et remontai la rue Saint-Honoré jusqu’à la rue du Roule où je restai deux heures au moins à arracher des pavés pour former des barricades. Enfin, impatient de m’armer, je me dirigeai vers le quai de la Ferraille, espérant de réussir lorsque au coin du Pont-Neuf une personne qui me parut être un étudiant s’approcha de moi et me dit que si je voulais me transporter à 2 heures sur la place du Panthéon l’on distribuerait des armes et des minutions. Je m’y rendis donc mais je ne trouvai autre chose sur la place qu’un fort détachement de ligne, qui ne me paraissait pas disposé à donner les leurs. Voyant que l’on m’avait joué, je voulus regagner le côté opposé de la Seine mais les ponts étant tous gardés, je remontai la rue Saint-Jacques et m’en fus chez mon père, qui demeurait rue du Grès-Sorbonne, n° 7. Je passai le reste de la journée à faire des cartouches, avec de la poudre que je me procurai au poste de la place Saint-Michel, occupé par les bourgeois. Ce ne fut que le lendemain jeudi, qu’ayant appris qu’un quartier général s’était formé à l’Odéon, que je partis armé et équipé avec l’uniforme de garde nationale de mon père qu’à force d’instance il me laissa emporter, et je me portai successivement au désarmement des casernes du quartier et en dernier lieu à la caserne de Babylone, où je me distinguai comme je devais le faire et, de plus, j’eus le bonheur de sauver la vie à trois Suisses faits prisonniers par le détachement que je commandais comme caporal. De retour à la place de l’Odéon j’obtins la permission de m’éloigner pour aller tranquilliser ma mère sur mon compte. Ensuite, l’on me mit en réquisition pour veiller à la sûreté du quartier dans un poste que les voisins avaient formé rue Saint-Jacques dans la maison d’un boucher nommé Galzard. Je ne dirai rien de la nuit, vous savez quelle vigilance il fallut déployer, et, le vendredi à midi, je retournai à mes occupations après m’être fait inscrire à la mairie comme étant prêt à marcher si les circonstances l’exigeaient. Fidèle à ma promesse, le premier coup de tambour me trouva prêt à marcher sur Rambouillet et le lendemain je déposai entièrement les armes, heureux du peu que j’avais fait pour ma patrie. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 16, rue des Postes (et parfois 7, rue des Grands-Degrés) en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la seconde sous le numéro 648) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33, Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 28 décembre 1830 et le 12 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 12 février 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/49.