Chauvin, Charles, Edouard (ou Charles, Marie, Edouard)
Biographie
Né le 23 (ou 20 ou 21 ; 20, dans le récépissé de sa remise de croix, qu’il signe) mai 1802 à Paris. Artiste peintre en miniature. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. comme son frère (c’est lequel ?). Son nom est, comme décoré de la Croix de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il y prêta son serment de décoré, reçut sa croix et son brevet le 27 août 1831. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il est mentionné comme « ancien sous-officier d’artillerie, peintre d’histoire, lieutenant de la 4e batterie de la garde nationale » in Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république. Il fut, en effet, traduit en 1831 devant la cour d’assises dans le procès fait aux artilleurs de la garde nationale pour avoir tenté de renverser le gouvernement de Louis-Philippe et instaurer la république. A cette occasion, l’avocat de Chauvin donna sur son compte les précisions biographiques suivantes : « […] Chauvin a fait la dernière guerre d’Espagne (1824, N.D.A.) : trois de ses camarades avaient été successivement assassinés dans une hôtellerie de ce pays. Chauvin n’écouta que son indignation : à la tête de ses amis, il rasa la maison et crut faire bonne justice. […] Mais cette conduite louable et franche de Chauvin était en opposition avec les engagements pris entre les deux gouvernements. C’était, disait-on, une guerre d’alliance qu’on faisait : on s’était engagé à payer toutes les fournitures, à respecter toutes les propriétés. Guerre et ordre public sont deux choses peu capables de sympathie. Chauvin porta la peine de cette alliance bizarre. Traduit devant un conseil de guerre, il fut condamné à mort. L’heure de son exécution était venue, la garde était réunie, quand arriva un sursis qui ne tarda pas à être suivi d’une commutation de peine ; cette peine fut bientôt abrégée par des lettres de grâce. […] Chauvin est père de famille ; il fait exister les siens par son travail. En Juillet, sa femme venait de donner la vie à un enfant quand éclata la révolution ; elle était très souffrante. Assis à son chevet, un instant il balança entre ses devoirs de mari et ses devoirs de citoyen ; mais sa femme elle-même fit cesser son hésitation. Chauvin combattit pour la cause populaire et le fit en homme de cœur. » Il demanda, en 1835, à être compris sur les listes des décorés secourus. La police donna à cette époque les renseignements suivants sur son compte : « L’état de gêne dans lequel il se trouve est attribué au manque d’ordre et d’économie qui existe dans son ménage ; sa conduite n’est pas mauvaise, toutefois on dit qu’il préfère souvent le plaisir au travail. » Vers 1838, il quitta Paris pour s’installer professeur de dessin au collège de Bitche. En 1843, alors qu’il y vivait retiré, il dut venir à Paris, « appelé par des malheurs » ; il sollicita un secours qui le mettrait, écrivit-il « à même de retourner reprendre la modeste place que j’occupais, seule ressource que j’ai pour nourrir ma femme et mes enfants ». Cette même année, la police donnait les détails suivants sur son sommier judiciaire : « Condamné à cinq ans de fer par le conseil de guerre de Cadix, le 6 juin 1825, pour pillage et dégât en troupe et à force ouverte. Conduit à Sainte-Pélagie, le 8 mars 1831, pour complot tendant à détruire ou changer la forme du gouvernement établi ; acquitté, assises du 6 avril 1831. Conduit à Sainte-Pélagie le 20 septembre 1831 pour port d’armes prohibées dans des attroupements politiques, mis en liberté par décision de la chambre des vacations du 21 octobre 1831. » Au cours du procès, Chauvin déclara n’avoir jamais caché qu’il avait été condamné à mort pour avoir vengé trois canonniers qui venaient d’être assassinés par les Espagnols. Il dit qu’au contraire même il s’en était « fait honneur ». A l’issue du procès, il fut acquitté, comme tous les autres accusés. En juillet 1833, il reçut, à titre de décoré de Juillet, une gratification de vingt-cinq francs à l’occasion des fêtes nationales pour l’anniversaire de la révolution de Juillet. Il reçut quarante francs de secours en 1843, vingt-cinq francs de secours en 1844. En 1845, la police, toujours, donnait ces renseignements : « […] Bien connu comme ayant figuré dans plusieurs affaires politiques. Sous ce rapport, sa conduite paraît s’être améliorée. Quant à sa vie privée, elle est toujours la même : c’est un ivrogne ne quittant pas le cabaret. Mais il est tellement malheureux qu’il inspire presque de la pitié. C’et pour aller travailler en province qu’il sollicite un secours. » Le préfet du Puy-de-Dôme, précisant : « […] Réside en effet depuis 1845, à Riom, où il a été attiré par M. Albert, Edouard, ancien condamné politique qui avait établi une filature mécanique dans la commune de Mozat voisine de Riom. Chauvin est actuellement professeur de dessin au collège de Riom et au pensionnat de jeunes demoiselles le plus important. Sa conduite dans ces deux établissements a toujours été convenable. Sa moralité n’a jamais fait naître aucun soupçon défavorable. Il n’a d’autre ressource pour subvenir à ses besoins, à ceux de sa femme et de ses deux enfants que le produit de ses leçons, qui sont minimes. Aussi est-il dans une extrême gêne. Quant à ses principes politiques, on les croit généralement fort avancés mais il faut ajouter qu’il s’abstient avec soin de les manifester. Ses antécédents, sous ce rapport, son loin d’être bons. Il aurait été traduit deux fois en 1831 devant la cour d’assises de la Seine, pour offenses à la personne du chef de l’Etat. On croit, toutefois qu’il a été acquitté. En résumé, ses antécédents avant son arrivée à Riom ne paraissent pas mériter la bienveillance du gouvernement mais si l’on ne prend en considération que sa conduite actuelle et sa détresse, il y aurait lieu de lui accorder un secours […]. » En 1849 et 1850, il était toujours professeur de dessin à Riom (Puy-de-Dôme), père d’une nombreuse famille et payé entre quinze et trente francs par mois. Il sollicita un secours qui « serait la première marque d’intérêt du gouvernement républicain » à son égard. Il reçut soixante-quinze francs de secours en 1849, soixante francs de secours en 1851, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait 85, rue du Bac en 1830-1831 ; 126, rue de Grenelle en 1831 ; 4, rue de la Barouillère en 1833 ; 40, rue de la Pépinière en 1835 ; puis 20, rue de la Madeleine vers 1838 ; 8 bis, bd d’Enfert en 1843 ; 19, rue des Brodeurs en 1843 ; 2, rue Barillère en 1845 ; à Riom de 1845 à 1851. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement, liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, 1833, (ancien) Xe arrondissement municipal, état d’émargement de la somme de vingt-cinq francs accordée à des décorés du (ancien) Xe arrondissement de Paris à l’occasion des fêtes nationales de juillet 1833 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/49 ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Rapport au ministre, en date du 19 mai 1849, sur la proposition d’accorder à quatorze décorés, combattants, veuves de Juillet et sœur d’une victime de Juillet, domiciliés dans les départements des secours s’élevant ensemble à la somme de huit cent dix francs, minute 33-34, idem Proposition d’autoriser, par imputation sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, l’ordonnancement d’une somme de deux cent vingt francs, pour être répartie à titre de secours entre quatre décorés et deux veuves de juillet 1830, minutes 176-177 ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 ; La Gazette des tribunaux 6 avril 1831.