Chavelier, Charles, Auguste

Biographie


Né le 2 septembre 1810 à Ecuillé (Maine-et-Loire), fils de Chavelier, Jean, sabotier, et de Hardy, Anne, Jacquine (sic). Coiffeur. Il fut blessé d’un coup de feu à la cuisse droite. Admis dans la 2e catégorie de la 2e classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, il reçut une indemnité de six cents francs versés sur deux ans. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressait, le 23 mars 1848, la lettre suivante à Guinard, président de la Commission : « La présente est un appel à vos souvenirs. En 1830, je fus atteint de neuf blessures. C’est-à-dire que le 28 juillet, un poste de gardes royaux établi dans les bureaux de la Gazette de France, qui était alors dans la rue Froidmanteau, gênait à la formation d’un rassemblement de citoyens près du Louvre. Moi et plusieurs hommes allâmes le faire évacuer et une balle me coupa le menton. Le 29, sur la place du Palais-Royal, au moment où je donnais un des pistolets dont j’étais porteur à un élève de l’Ecole polytechnique, je reçus, d’une fusillade que nous envoyèrent les gardes royaux par les fenêtres qui sont au-dessus du café de la Régence, une balle qui me traversa le genou droit puis un morceau de plomb au-dessous du même genou et qui y est encore, puis divers projectiles dans différentes parties du corps, telles que sur le nez, à la cuisse gauche, sur le pied droit, puis une autre balle qui vint m’érafler le devant de la jambe droite. Je fus transporté dans les bains de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, où je restais deux jours, après lesquels je rentrais chez moi. On vint, à cette époque, plusieurs fois me demander si j’avais besoin de secours, si je voulais faire des réclamations à la Commission des récompenses nationales. Mon patron ayant soin de moi et ne manifestant point l’intention de me faire remplacer, je n’avais besoin de rien et ne voulant pas mettre un prix à ce que j’avais fait de cœur, je refusais. Cependant, en 1831, c’était l’époque de ma conscription. J’avais un pressentiment que j’aurai un bas numéro et ce pressentiment me faisait peur, non pas que je craignisse la mort mais bien le désœuvrement dans lequel s’écoule lentement dans une caserne les sept ou huit années d’un jeune homme qui y perd pour ainsi dire les habitudes du travail, la routine de son métier. Je fis part de mes craintes à M. Beauvais Poque (voir Poque, Beauvais), chez qui j’allais presque tous les jours. Il me donna les conseils de m’adresser à la Commission des récompenses nationales et de demander le grade de sous-lieutenant dans un régiment. A cet effet, il donna une lettre de recommandation pour vous, monsieur, qui étiez alors membre de cette Commission et son ami. Je fus vous le porter chez vous, rue du Cherche-Midi. Après avoir lu cette lettre, vous me dites que vous me préviendriez lorsqu’il faudrait me présenter devant le jury médical, ce que vous fîtes. Quelques jours après, je passais à la visite mais comme il y avait déjà dix mois que les événements étaient passés, mes blessures étaient cicatrisées, il me restait seulement la balle ou morceau de plomb que j’ai toujours dans le genou. Je fus classé dans la 2e catégorie des blessés. Je demandais une sous-lieutenance, on inscrivit ma demande, vous vîntes obligeamment à moi sur l’escalier et me demandâtes quel était le résultat ; je vous en fis part et vous rappelai quel était le but de ma demande, c’est-à-dire point d’argent mais le droit de vivre en défendant la patrie et vous priai d’être mon interprète près de ces messieurs, ce à quoi vous me répondîtes Acceptez toujours ce que la Commission jugera à propos de vous allouer. Bref, j’eus l’arriéré de dix mois, à raison de trois cents francs par an, que je continuais à recevoir, par douzième, pendant deux ans. Je reçus encore six cents francs provenant des souscriptions faites pour nous mais la sous-lieutenance avec laquelle on me berna pendant six mois ne vint jamais. J’eus un bon numéro et ne fus point soldat. Plus tard, l’argent que j’avais reçu me servit à me créer un petit établissement, qui prospéra pendant plusieurs années. Mais depuis deux ans, le commerce allait de telle sorte que j’ai été obligé de prendre des engagements et dans l’embarras où je me trouvais pour les remplir, je crus de mon droit de m’adresser à ceux qui, par leur incapacité ou mauvais vouloir, étaient cause que j’étais à la veille de perdre le morceau de pain qu’avant eux la France m’avait mis à même d’espérer. J’écrivis au ministre Duchatel, qui, six mois après, m’envoya une aumône de quarante francs. J’ai été obligé de vendre mon établissement pour payer ce que je devais et depuis le mois de juin dernier je n’ai pour toutes ressources qu’un petit emploi pour le soir, qui me rapporte quarante francs par mois. Comme en 1830, le gouvernement de 1848 vient de créer une Commission pour récompenser ceux qui, depuis 1830, ont combattu pour la république. Etant, contre mon gré dans la nécessité d’y avoir recours, voici sur quoi je fonde ma demande. Je suis désolé, monsieur, d’avoir à vous occuper de si petits détails mais comme les preuves sont éminemment difficiles à donner, pour ne pas dire impossibles, j’ai cru devoir agir ainsi, afin que votre conviction et celle de la Commission se fondent sur la vraisemblance des faits. En juin 1832, j’étais du nombre d’une cinquantaine de jeunes gens portant sur les boulevards un drapeau rouge, mêlés à quelques artilleurs de la garde nationale ayant à leur tête un lieutenant. Ce lieutenant, c’était vous, monsieur. Je passai une partie de la nuit du 5 au 6 sous les galeries du marché des Innocents, à tirer quelques coups de fusil et rentrai chez moi lorsque je fus convaincu que rester là n’était plus qu’une imprudence inutile. En avril 1834, faisant partie d’une des sections des Droits de l’homme, je fus chargé de distribuer des cartouches à nos amis, une partie de la journée du 13 dans le marché Saint-Martin puis je passai la nuit, rue Beaubourg, faisant un service actif soit en faction soit en inspection des postes et barricades du quartier jusqu’à l’heure où le découragement nous fit faire place aux égorgeurs de la rue Transnonain. Enfin, monsieur, voici la part que j’ai prise dans les dernières journées qui nous ont, j’espère du moins, débarrassés pour jamais des escamoteurs de nos libertés. Je ne vous parlerai pas de la part que j’ai prise à la manifestation en faveur des soutiens du droit de réunion, dans la journée du 22. Trop ont fait comme moi pour m’en faire un mérite. Le 23, lorsque la population, apprenant le changement de ministère, illuminait les rues en signe de joie, un bruit sourd circula, le bruit se répandit qu’on venait de mitrailler nos frères au ministère des Affaires étrangères. Le cri Aux barricades ! se fit entendre à la porte Saint-Martin. J’y travaillais depuis 10 heures du soir jusqu’à 1 heure du matin. De là, j’allai par le boulevard parcourir la rue Poissonnière, les rues Montorgueil, Mandar, Jean-Jacques-Rousseau, donnant un coup de main et encourageant autant qu’il m’était possible ceux qui travaillaient aux barricades. Je revins rue Montmartre, où nous eûmes un fusil chez un bijoutier et avec lequel un homme qui était avec moi se mit en faction à la barricade faisant face à la rue Saint-Marc-Feydeau. De là, je revins par les boulevards à la porte Saint-Martin, où je suis resté jusqu’au jour, c’est-à-dire 6 ou 7 heures du maint. Je retournai à la rue Montmartre, travaillant aux barricades et montant des pavés dans les maisons au coin de la rue du Petit-Carreau, rue Montmartre en face de la rue des Fossés, et celle du Mail où je plaçai deux drapeaux que j’eus du magasin de nouveautés, au coin de la rue de Cléry. Je rentrai partie du manuscrit brûlée prendre quelques nourritures car j’étais exténué de fatigue et de besoins, mes bottes toutes déchirées. Il était 11 heures environ lorsque je rencontrai un bataillon de la Ve légion à la porte Saint-Martin, qui allait aux Tuileries. Je me joignis à ceux qui l’accompagnaient, n’ayant pour arme qu’un sabre. Nous arrivâmes place du Palais-Royal. Nous trouvâmes un peloton de grenadiers engageant le poste du château d’eau à se rendre. Pendant ce temps et peut-être trente autres [avec moi] nous entrâmes dans la cour du palais, faisant sauter la serrure de la grille, que le gardien qui était dans sa loge refusait de nous ouvrir. Le poste qui est dans la cour se rendit et nous donna ses armes. C’est alors que commença la fusillade. Un capitaine d’état-major de la place vint nous dire de cesser le feu, que le roi avait abdiqué, ce que nous fîmes et allâmes, lui à notre tête, droit au poste, les engageant à cesser le feu. Ils nous laissèrent approcher près le perron et nous firent une décharge, presque à bout portant, et balayèrent la place d’une effroyable manière. Je me retrouvai dans la cour, ne sachant pas ce qu’était devenu l’officier. Une demi-heure après, arriva le général Lamoricière, accompagné d’un capitaine d’état-major de la garde nationale et d’un lieutenant d’artillerie, agitant en l’air un mouchoir blanc, en signe de paix. Pour la seconde fois, nous cessâmes le feu, en l’engageant à faire cesser celui du poste. Il y alla, nous l’y suivîmes et fûmes reçus comme avec l’officier de place, c’est-à-dire à coups de fusils. Je ne sais ce que devinrent ces messieurs mais, ne sachant plus quel moyen employer pour vaincre l’opiniâtreté des défenseurs du poste, nous résolûmes de les brûler. Alors, amassant tout ce que nous pûmes avoir de paillasses, nous les réunîmes dans l’escalier et y mîmes le feu. Sur ces entrefaites, arriva de nouveau le général Lamoricière, toujours suivi du même capitaine, par la rue Froidmanteau, où je me trouvais alors. Sa présence excita la rage de quelques esprits échauffés par la lutte. On crut un instant à la trahison. On les fit descendre de cheval ou plutôt on les jeta à bas pour les tuer. Avec beaucoup de peine, nous pûmes obtenir qu’on les laissât marcher en avant de nous sur le poste. C’était le seul moyen de salut qu’il leur resta. Mais comme le feu du poste ne discontinuait point de tirer, il fut impossible d’y entrer. Nous eûmes, comme vous devez savoir, beaucoup de monde tué. Je ne sais ce que devint le général mais la fureur était si grande que moi et quatre ou cinq autres ne sauvâmes de la mort le capitaine qu’en le faisant entrer chez un charbonnier dont on voulait briser la porte pour le tuer. Enfin les paillasses brûlant, plusieurs soldats sortirent par la porte de la cave, suffoqués qu’ils étaient par la fumée. Je conduisis un tambour chez un concierge de la rue, qui nous fit boire une goutte d’eau-de-vie dont nous avions bien besoin l’un et l’autre. Le feu du poste cessa, c’est qu’ils étaient tous morts, tués ou asphyxiés. Alors commença le sac des appartements du Palais-Royal, où je courus. Tout fut brisé dans un instant, comme vous savez. Je fis de vains efforts pour empêcher qu’on ne détruisît les pendules et les toiles peintes. Je reçus un coup de crosse de fusil dans le bas-ventre, en voulant empêcher qu’on ne déchirât la toile représentant Camille Desmoulins au Palais-Royal. Pendant ce temps, un autre le mettait en lambeaux à coups de baïonnette. En descendant, le concierge du côté de la rue de Valois me pria de faire mon possible de préserver son mobilier du carnage. Je lui dis que tout ce que je pouvais faire c’était de trouver quelques hommes qui m’aideraient à protéger son déménagement, s’il voulait avoir la prudence de le faire. Il s’y refusa et moi je m’en allai. Voilà, M. Guinard, ce que j’ai fait et je vous expose ces faits, pour vous prier, si vous jugez mes titres de nature à être pris en considération, d’user un peu de celle dont vous jouissez et de les porter appuyés de votre recommandation à la connaissance de la Commission des récompenses nationales, afin qu’elle obtienne pour moi du gouvernement un emploi, soit dans les bureaux du mont-de-piété, de la poste, dans l’une des bibliothèques de Paris, soit enfin dans les domaines nationaux, n’importe où pourvu qu’il soit suffisant à me procurer de quoi vivre utilement moi et deux petites filles. Monsieur, encore une demande. Comme je n’ai fait de réclamations près la Commission des récompenses nationales de 1830 qu’après la distribution des brevets de décoré de Juillet, je n’ai point été compris dans le nombre de ceux qui ont droit à cet insigne. Je n’ai, depuis, jamais fait de réclamation à ce sujet. Ce n’est pas que ma conscience me reprocha d’en être moins digne que ceux qui en sont les plus dignes mais bien parce qu’alors c’était une faveur accordée à condition d’un serment de fidélité au gouvernement qui vient de fuir, écrit, signé et déposé entre les mains du maire de l’arrondissement dont on ressortait, conditions que je ne pouvais accepter, ne me sentant point disposé à la remplir. Aujourd’hui qu’il en est autrement, je vous prierai donc de réclamer pour moi près du gouvernement de la république un droit auquel, plus que beaucoup d’autres qui l’ont, je puis prétendre. Veuillez, M. Guinard, m’accuser réception de la présente et me dire le cas que vous en faites. Ce faisant, etc. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Chevalier, Charles, Auguste (sic) a combattu en février, qu’il est venu à la maison le 24 vers la brume, exténué de fatigue et de besoin. Il avait un sabre sans fourreau et un fusil, qu’il m’a dit avoir pris à un des soldats au poste du Palais-Royal. » Signé : Auchard, demeurant 20, rue Grénétat. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie me rappeler parfaitement que M. Chevalier, le 13 avril 1834, a passé l’après-midi dans le marché Saint-Martin à distribuer des cartouches à ses amis faisant comme lui partie d’une des sections des Droits de l’homme, que de là il est allé rue Transnonain et Beaubourg, que je tiens ces derniers détails d’un de mes ouvriers qui était avec lui et ne l’a perdu de vue que le lendemain matin à 5 heures, heure à laquelle il m’a dit depuis être rentré chez lui. » Signé, le 3 août 1848 : Hénocq, demeurant 27, rue des Fontaines. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que j’ai vu le sieur Charles Chevalier, le 23 et 24 février, le premier jour armé d’un sabre seulement et le second revenant du Palais-Royal, armé d’un fusil qu’il m’a dit avoir pris à un soldat au Palais-Royal. » Signé, le 30 juillet 1848 : David, demeurant 374, rue Saint-Denis. Le 21 février 1849, « sans emploi, sans travail aucun depuis vingt mois, ayant deux petits enfants aux besoins desquels il faut pourvoir […], dans la plus affreuse misère », n’ayant pas osé solliciter de secours à la mairie de son arrondissement, il sollicitait un secours auprès du ministère de l’Intérieur, secours qui le mette à même d’attendre que la providence lui vînt en aide et aussi le mette à même de se procurer « quelques vêtements sans lesquels je ne puis plus me présenter nulle part pour demander de l’occupation ». Il rappelait la part qu’il avait prise à la Révolution de Février, « dans laquelle sans moi, cinq ou sixième, un de nos plus braves généraux, M. le général Lamoricière, eût probablement trouvé le sort du malheureux général Bréa ». Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il savait lire et écrire. Il reçut un secours de quarante francs en 1850, à titre de blessé de Juillet. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 13, rue Sainte-Anne en 1831 ; 256, rue Saint-Martin et 20, rue Grénétat chez M. Achard en 1848 ; 33, rue du Faubourg-du-Temple ou 30, rue Chapon en 1849-1850. Liste n° 8, des blessés de Juillet ayant reçu une indemnité temporaire, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont été admis à des secours temporaires (300 fr. pendant deux ans), le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (243) citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis en raison de leurs blessures à des secours temporaires basés d’après le jury médical ; Archives nationales F/1dIII/49 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 79, idem Proposition d’accorder à cent quarante décorés, blessés et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant à la somme de 6.980 francs, minutes 94 à 99 (sous le nom de Chevalier, Charles, Auguste) ; Archives de la préfecture de police AA 378 (sous le nom de Chevalier, Auguste, Charles). Il signe toujours Chevalier et les certificats sont au nom de Chevalier

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