Chevassieux, Joseph
Biographie
Né vers 1803 à Vienne (Isère). Garçon tailleur d’habits. Il fut tué, sur les marches de l’Oratoire, d’une balle dans la tête, alors qu’il combattait dans la rue Saint-Honoré, le 29 juillet. Le dossier d’examen des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IVe arrondissement. Le 21 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent Wiche, Jacques, Joseph (voir ce nom), marchand tailleur, demeurant 11, rue des Poulies ; Reverd, Etienne, François, Charles, marchand tailleur, demeurant 11, rue des Poulies ; Litaire, Ernest, marchand tailleur, demeurant 11, rue des Poulies. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Chavassieux, Joseph (sic) « et savoir qu’il est sorti de son domicile le 29 juillet dernier et que dans la rue Saint-Honoré sur les marches du temple de l’Oratoire il a été atteint d’une balle à la tête, qui l’a tué sur-le-champ le jour du 29 juillet ». Il laissait une concubine, Domis, Elisabeth, Aglaé, née le 29 messidor an III (le 29 messidor an III dans son acte de naissance ; par erreur le 22 messidor an III in Archives nationales F/1dIII/38 A) à Arcis-sur-Aube, fille de Domis, Antoine, Joseph, serrurier, et de Hariot, Catherine illisible, son épouse, elle-même giletière, et une fois sur une liste de la mairie, mère d’un enfant. Elle reçut, après la révolution, soixante francs le 20 août 1830 et un total de cent quatre-vingt-sept francs de secours (dont vingt-cinq francs sous le nom de Dommisse-Chevassieux demoiselle) auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Elle présenta un certificat, en date du 4 août 1830, attestant qu’elle était « sans la moindre fortune ; elle a perdu son unique moyen d’existence en perdant son mari et elle se trouve maintenant dans la plus profonde misère ». Signé : Pron (voir plus loin ; Dalligny, commissaire adjoint à la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Danteuilly illisible ; Coutin ; Buisson. Le 5 mars 1831, devant le maire du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Chariot, Georges, François, marchand bijoutier, demeurant 14, rue des Bons-Enfants, qui déclara « connaître depuis dix ans la demoiselle Elisabeth, Aglaé Domisse (sic), giletière, demeurant présentement rue Bailleul n° 10 et précédemment rue des Poulies n° 11, et savoir que depuis environ six à sept ans elle vivait maritalement et en bonne intelligence avec le sieur Victor, Joseph Chavassieux (sic), ouvrier tailleur ; qu’ils demeuraient et que ce dernier lui procurait de l’ouvrage et a été tué dans les journées de juillet 1830 en combattant pour la liberté ». Comparut aussi Blanc, Jean-Pierre, hôtelier, demeurant 21, rue de la Bibliothèque, qui déclara « connaître depuis six ans ladite demoiselle Domisse (sic) et l’avoir toujours vu vivre maritalement et demeurer avec ledit sieur Chavassieux, qu’il sait avoir été tué dans les journées de Juillet ». Comparut aussi Tiby, Jean-Baptiste, Constant, rentier, demeurant 10, rue du Sentier, qui déclara « connaître depuis l’année 1827 ladite demoiselle Domisse (sic) et ledit sieur Chavassieux (sic) qu’il croyait mariés, qu’il les a pris comme portiers d’une maison sise rue Chantereine n° 24 dont il était alors propriétaire et qu’il les a toujours vus vivre ensemble en bonne intelligence ». Comparut aussi Pron, François, Isidore, propriétaire d’une maison 11, rue des Poulies, y demeurant, attesta que Chavassieux et Domisse avait demeuré dans sa maison pendant deux ans, et jusqu’au mois d’octobre 1830 pour Domisse, « qu’il les croyait mariés et les a toujours vus travaillant ensemble et vivant en bonne intelligence ». La demande de pension de cette dernière fut rejetée, la cohabitation entre les deux concubins ayant duré moins de trois ans et, surtout, les renseignements recueillis sur elle par la police lui furent particulièrement défavorables : « Ce n’est que depuis le décès de Chevassieux, son amant, que la nommée Domis demeure rue Bailleul, n° 10. A l’époque où il fut tué, elle demeurait depuis plusieurs années rue des Poulies, n° 11. Les renseignements recueillis ne sont pas favorables à la moralité de cette femme, qui, assure-t-on, était inscrite depuis dix ans aux filles publiques lorsque Chevassieux, qui était tailleur, lui proposa de vivre avec lui. Elle accepta bien entendu et durant les trois années qu’ont eu lieu leurs intimités, sauf quelques infidélités passagères, elle paraît s’être tenue tranquille. A la mort de Chevassieux, elle affecta un grand désespoir ; elle prétendait être attaquée dans sa raison et feignait une douleur et des regrets qui, selon elle, devaient durer autant que sa vie. Eh bien ! voilà que de si nobles sentiments se sont éteints et elle a tellement tout oublié qu’aujourd’hui elle a repris sa première profession de fille. On ignore si elle est inscrite de nouveau mais il est constant qu’elle en tient la conduite et en a toute l’immoralité. Elle reçoit des individus chez elle, puis elle a été rencontrée par des voisins, rôdant près de l’Ecole militaire et aux Invalides mêmes. Elle passe ses journées hors de chez elle, tandis que si elle voulait travailler de son état de couturière, elle manquerait rarement d’ouvrage. Mais elle préfère sa vie aventureuse et vagabonde à un travail lucratif ; ce trait-là suffit pour la juger. » Plusieurs témoignages protestèrent pourtant de la bonne moralité de Domis, déclarant qu’elle était « véritablement irréprochable ». Le premier, en date du 5 août 1831, toujours signé de Pron (voir plus loin), qui attestait « qu’elle a demeuré pendant l’espace de deux années rue des Poulies n° 11, vivant avec le nommé Chavassieux (sic), mort dans les trois journées de Juillet ; qu’elle a toujours eu une bonne conduite et qu’ils étaient d’un parfait accord et que depuis qu’elle est seule je n’ai pas cessé de la voir tenir la vie la plus chagrine et la plus morale ». Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie, Catelin, marchand tripier, que la nommée Elisabeth, Aglaé Domis a demeuré chez moi l’espace de quatre années consécutives, en qualité de domestique ; qu’elle s’est toujours bien comporté ; que je n’ai jamais eu aucun sujet de me plaindre d’elle ; que c’est chez moi qu’elle a fait la connaissance du sieur Victor Chavassieux (sic) ; que dans bien des occasions ledit Chavassieux m’a témoigné grande satisfaction de connaître Elisabeth, Aglaé Domis ; que pour la confiance qu’elle m’a inspirée, pour sa bonne conduite même après être sortie de chez moi je lui ai confié la clé de mon comptoir, dont je n’ai jamais eu sujet de me plaindre. Ainsi je n’ai jamais eu que satisfaction de Elisabeth, Aglaé Domis, en foi de quoi je lui délivre le présent pour lui servir au besoin. » Signé, le 4 août 1831 : Catelin, demeurant 81, marché de Trover (marché des Prouvaires ?). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné Delétany, propriétaire de Elisabeth, Aglaé Domis, certifie qu’elle demeure chez moi rue Bailleul n° 10, depuis l’espace d’une année. Je déclare n’avoir jamais eu aucun sujet de me plaindre d’elle, en aucune manière, que sa moralité est véritablement irréprochable, que les faux rapports qui ont pu être fait contre elle ne sont que pure méchanceté, dont je crois parfaitement en connaître l’origine, dont au besoin je m’engage à en donner les éclaircissements s’il est nécessaire. Je prie ces messieurs de la Commission de ne pas ajouter foi à des calomnies mensongères, qui portent préjudice à une infortunée qui se trouve dans le plus grand des besoins, sans prendre renseignement de personnes notables susceptibles de dire la vérité avec la plus grande franchise et désintéressement. » Signé, le 4 août 1831 : Delétany, propriétaire, demeurant 10, rue Bailleul. Elle reçut (sous le nom de Domice demoiselle dite veuve Chevassieux), curieusement à titre de blessée de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Chevassieux était portier du 10, rue du Sentier vers 1827 ; il demeurait depuis six ou sept ans selon deux autres témoignages, 11, rue des Poulies, devenu 123, rue Saint-Honoré ; sa concubine, 10, rue Bailleul en 1830-1831. Le nom de Chevassieux (J. Chevassieux) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IVe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 71 (sous le nom de demoiselle Domice dite veuve Chevassieux) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés (sous le nom de Chavassieux, Victor) ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens du (ancien) IVe arrondissement dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont l’acte de notoriété constate la mort dans les combats ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IVe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées, et morts de Juillet, inscrits au Panthéon sans avoir donné lieu à liquider de pension ; Archives nationales F/1dIII/49 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IVe arrondissement, blessés de 1re classe (sous le nom de demoiselle Domice dite veuve Chevassieux) ; Archives nationales F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.