Chevé, Charles
Biographie
Né vers 1813. Il est indiqué comme combattant de Juillet par Maitron et par Gilmore. Le 28 juillet 1833, il fut arrêté chez la veuve Chaveau, demeurant 85, passage du Caire en compagnie de : Chuquet, Jean-Jacques (voir ce nom) ; Noirepoudre, Paul, François, courtier de commerce, demeurant 85, rue de Cléry ; Chaveau Gabriel, né vers 1813 à Paray-de-Manège (Saône-et-Loire), papetier, demeurant 85, passage du Caire ; ; Collet, Noël, Alexis, dit Duclos, né vers 1798 à Versailles (Yvelines), marbrier, demeurant 14, rue Saint-André-Popincourt ; Levasseur, Eugène, né vers 1811 à Paris, coloriste ou vernisseur, demeurant à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Allard, François, né vers 1800 à Anceny (Loire-Atlantique), serrurier, demeurant 17, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Boudin, Lazare (ou Bondin, Lazare), né à Caen (Calvados), scieur de pierres, demeurant 9, rue du Cœur-Volant. Sur Chevé fut saisi un testament dont il ne nous reste aucune trace mais commençant par ces mots Ayant fait d’avance le sacrifice de ma vie à la cause sainte de la liberté et finissant ainsi Puisse mon patriotisme ardent effacer toutes mes fautes. L’arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant : « […] Le commissaire du quartier des Arcis s’est transporté hier à 11 heures du matin au domicile de [Chaveau], qu’il a arrêté, ainsi que les sept autres qui sont survenus successivement. Dans la chambre de la dame veuve Chaveau, mère de l’arrêté, on a saisi sur une table une liste de neuf individus faisant partie d’une section, dont un nommé Piron est indiqué comme président, un nommé Vengrenaire, demeurant rue de la Roquette n° 11, sous-président, et les autres sectionnaires, membres. On a saisi sur les huit individus, savoir : le nommé Chevé un testament contenant un projet de rébellion contre le gouvernement ; Chaveau deux lettres cachetées et adressées l’un au sieur Fournier, rue Saint-Honoré n° 89, l’autre au sieur Quiot, sans indication d’adresse ; cinq pièces écrites dont quatre en caractères hiéroglyphes et la cinquième ayant trait aux statuts d’une société républicaine ; Chuquet deux passeports et un foret à l’usage de marchand de vins ; Collet, deux adresses l’une le sieur Pourtois, rue de la Verrerie n° 48, et Fauge, rue Neuve-du-Luxembourg n° 17 ; Levasseur, un portefeuille contenant des adresses de membres de la Société des Droits de l’Homme et deux écrits ayant trait et se rapportant à une société républicaine ; Noirepoudre était porteur de l’adresse au crayon de Chaveau ; le nommé Allard était sous la charge d’un mandat d’amener. » Nous empruntons à Maitron la notice biographique suivante : « Teneur de livres en 1830, Chevé fit le coup de feu lors des Trois Glorieuses ; il essaya, en 1831, de gagner la Pologne pour combattre aux côtés des patriotes polonais contre les troupes du tsar, mais son équipée se termina par une espèce d’arraisonnement dans la Baltique, par la flotte russe, du bateau sur lequel il se trouvait, et par l’obligation faite à ce bateau de revenir dans un port allemand ; il fut, en 1832, volontaire français au cours de la petite guerre autour d’Anvers contre le roi des Pays-Bas. Il mit toute cette expérience du combat révolutionnaire au service de la Société des Droits de l’Homme ; il y fut chef de série en 1833, compromis dans le procès des Vingt-Sept avec Raspail. Il était alors admirateur de Saint-Just. On l’acquitta. C’est à ce moment qu’il entra en contact avec les buchéziens ; déjà spiritualiste à la façon de Robespierre, il devint vite catholique. Marié et père de famille puis veuf, il subsistait comme teneur de livres, ou comme comptable. Il écrivit dans L’Atelier, dans la Revue nationale, l’organe propre de Buchez. Il songea un instant en 1841, à entrer chez les Dominicains à l’appel de Lacordaire qui lui procura, vers 1844, une place de rédacteur au journal catholique de Dijon, Le Spectateur, et des collaborations épisodiques au Correspondant ou à L’Ami de la Religion. Journaliste catholique connu, catholique social, ou, comme il disait, membre du « parti social », qui devait moins s’occuper de politique que de questions sociales, il passa de Dijon à Nantes. Il créa L’Alliance (fin 1847) qui, comme son nom l’indique, voulait allier la religion catholique et le « socialisme », puis L’Unité (2 novembre 1848-13 janvier 1849). Durant la Seconde République, il écrivit encore dans les journaux de Proudhon, sans cesser pour cela d’être catholique. D’août à octobre 1849, son propre mensuel Le Socialiste. Journal de l’Égal-Échange, dans lequel écrivaient J. Tournoux, ouvrier du bronze, et Joanny Paradis*, se réclamait du catholicisme, en même temps qu’il travaillait avec Proudhon. Sous l’Empire, il revint à la presse catholique établie, mais professa lui-même une espèce de communisme. Rédacteur en chef du Journal des villes et des campagnes, puis du Français, avec François Beslay, fils de Charles Beslay, il y attaqua l’Empire dans la mesure où sa politique extérieure avait abouti au dépeçage des États pontificaux. En 1863, il avait eu un regain d’enthousiasme pour la cause polonaise, associée à la cause du catholicisme. À la fin de l’empire, il alla diriger à Cherbourg Le Phare de la Manche, ce qui n’était sans doute pas une promotion. Toujours catholique social ardent, mais tourné maintenant vers la coopération, il se rallia à la politique conservatrice de Thiers au début de la Troisième République. » Il mourut le 17 avril 1875 à Paris. Chevé demeurait 1, rue des Bourguignons en 1833. La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997.