Chèvre, Félix, Etienne
Biographie
Né le 1er novembre 1784 à Versailles (Seine-et-Oise), fils de Chèvre, Pierre, Joseph et de Reitre, Magdeleine. Entré au service dans l’artillerie de la marine le 20 novembre 1804, caporal fourrier le 1er janvier 1806, sergent le 10 juillet 1811, sergent-major le 1er février 1813, sous-lieutenant le 7 mars 1814, lieutenant en second surnuméraire le 1er juillet 1814, admis à la retraite le 1er octobre 1816, parce que, selon le service de santé « atteint de fortes palpitations dans la région du cœur, avec oppression, difficulté de respirer, au moindre exercice violent, détérioration du visage, toux fréquente, douleurs constantes à la partie moyenne et gauche du thorax, réunion de symptômes qui semblent annoncer une affection organique du cœur ou des gros troncs qui en partent. En outre, cet officier est affligé d’une maladie grave et ancienne du testicule gauche, occasionnée par un coup de timon de l’avant-train d’une pièce de canon, étant à l’exercice. Ces infirmités, réunies à la débilité générale du système musculaire met M. Chèvre hors d’état de faire aucun service actif ni d’entreprendre à pied un voyage un peu long » ; il était pensionné de deux cent vingt-cinq francs. Il fut peut-être typographe puis fut en tout cas nommé concierge à la Bourse, sur décision de la préfecture de police, le 18 janvier 1826, en remplacement de son père, décédé. Il seconda Fossé, dans la surveillance de la Bourse. Le Figaro, en date du 1er août 1830, relatait sur une scène qui se passa à la Bourse : « Un pompier chargé de la confection des cartouches, y travaillait le 29. A 2 heures de la nuit, cet homme, ayant eu le cerveau dérangé, s’arma de deux pistolets d’arçon et, les tenant sur deux barils de poudre, menaçait de faire feu, croyant dans son délire que le palais de la Bourse était menacé. A ces cris, M. Paylès (sic), colonel, et M. Félix Chèvre, concierge de la Bourse, entrèrent dans l’endroit où était la poudre. M. Chèvre, se précipitant sur l’homme en démence, lui enleva par le plus grand bonheur les deux pistolets qui étaient chargés et armés et s’empara de lui. Grâce au courage de M. Chèvre, cet homme échappa deux fois à la mort : la première dans l’enceinte de la Bourse, qui étaient alors remplie de citoyens en armes, et la seconde sur la place de la Bourse. M. Chèvre a faire remettre ce malheureux à sa famille. » Le National du 13 août 1830 publia une lettre qui donna, sans doute, la version la plus exacte sur comment il avait empêché qu’une grave explosion ne fît un nombre considérable de victimes et d’important dégâts à la Bourse : « A M. le rédacteur du National
»Paris (Ecole militaire), le 10 août
»Monsieur,
»Un seul journal, le Courrier des électeurs, ayant parlé des événements de la Bourse, et beaucoup de personnes se parant de la peau du lion à cet égard, j’ai l’honneur de vous prier d’insérer dans votre estimable journal la relation qui a paru le 5 de ce mois dans ledit journal du Courrier des électeurs, conçue en ces termes : “Plusieurs journaux ont annoncé qu’on avait arrêté à la Bourse, le 31 juillet dernier, un individu qui tentait de mettre le feu aux poudres qui y étaient renfermées, sans parler de la belle et honorable conduite du colonel Pailhès, qui nous secondait. Permettez-nous de profiter de la voie de votre journal pour rétablir les faits.
”L’individu que nous avions chargé de diriger la confection des cartouches et des gargousses pour le service de l’artillerie (nous nous étions emparés de trois pièces), échauffé par la poudre, devint subitement fou, et, s’imaginant que la cause de la liberté était perdue, voulait faire sauter la Bourse. Il tenait un pistolet chargé et armé dans un baril de poudre, et un autre qu’il dirigeait vers la porte.
”C’est alors que le colonel Pailhès disposé à sacrifier sa vie pour la patrie, s’élance sur ce furieux, qu’il parvient à intimider un instant. Pendant ce temps, le sieur Chèvre (Etienne-Félix), concierge du palais de la Bourse, profitant avec la promptitude de la foudre de l’hésitation de cet aliéné, s’élance sur lui et le désarme. Le courageux dévouement du colonel Pailhès, qui n’a rien d’étonnant pour nous, a sauvé trois mille citoyens recommandables et conservé un monument qui fait l’admiration de tous.”
Nous avons l’honneur, etc.
Les commandants civils du poste de la Bourse,
Singés Rovisck et Gadot. »
Se portèrent témoins de l’incident auprès de la Commission des récompenses nationales, les blessés : Guillaume, Henri (voir ce nom), demeurant 67, rue de Richelieu ; Gravey, Thomas, Bernardin (voir ce nom), demeurant 110, rue Traînée à Montmartre ; Compère, Philippe (voir ce nom), demeurant 12, enclos du Temple ; Marin, François, demeurant 96, rue de la Mortellerie ; Gillet, François, Joseph (voir ce nom), demeurant 50, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Julien, Fortuné (voir ce nom), demeurant 195, rue Saint-Antoine ; Brisset, Jean, François (voir ce nom), demeurant 13, rue de Fleurus ; Pillon, Pierre, Victor (voir ce nom), demeurant 33, rue Saint-Georges. Les témoins non blessés : Ferrier, Joseph, aide-major employé à l’ambulance de la Bourse ; Guy, garde de la Bourse, demeurant 5, rue Beaujolais ; Anfray, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ; Durandeau (voir ce nom ?), caporal de la garde nationale ; Fossé, Tricotel (voir ce nom), demeurant 14, rue du Cimetière-Saint-Nicolas ; Rousseau, Jean, Joseph (voir ce nom), maire et directeur de l’ambulance ; Guillon (voir ce nom), chirurgien major de l’ambulance. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Chevre, Etienne, Félix, officier en retraite, demeurant 8, bd Saint-Martin), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1830, il était fourrier aux grenadiers du 4e bataillon de la Ve légion de la garde nationale. Le Figaro, 1er août 1830 ; Le National, 2 et 4 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 3 août 1830 ; Le National, 4 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 272 ; Esquisse de quelques scènes de l’intérieur de la Bourse pendant les journées des 28, 29, 30 et 31 juillet dernier, C.-F. Tricotel, Paris, 1830, p. 12-13 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 292 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831. Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement.