Chinouffre, Charles

Biographie


Né le 12 octobre 1802 à Saint-Etienne (Loire). Menuisier. Il fit partie avec Villeret Antoine Médéric, Marzolff, Simon Marie Auguste Simon, Martrou, Pierre, Versigny François Michel, Perès Vincent, Hindenlang Aimé, Hérard-Devillier Denis Aimé Marie, Charles Henri Bernard, Mohler Jean-Louis, Renette Albert Pierre Marie et Manteau Lucien des treize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour les (anciens) Ve et VIIIe arrondissements. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut, après la révolution, un total de quatre cent vingt francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et un total de deux cent cinquante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il fut admis dans la catégorie des blessés de la 1re classe auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il sollicitait un grade de sous-officier, en raison de sa conduite en juillet. Sur la recommandation de la Commission des récompenses nationales, il fut nommé aux Eaux et Forêts comme garde forestier et affecté à la commune de Livet (Isère). Il était l’une des personnes dont le chapelier Moizard (voir ce nom) invoquait le témoignage sur la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de juillet et auprès desquelles la Commission des réclamants, devant laquelle Moizart tentait de faire valoir ses droits, pouvait prendre des renseignements. Il comparut, le 25 mai 1831, avec neuf autres accusés, devant la cour d’assises de la Seine, pour des troubles qui eurent lieu, le 15 février 1831, au moment du pillage de l’archevêché, et au cours desquels un poste de la garde nationale fut enlevé et un poste de la troupe de ligne, attaqué. Les autres accusés étaient : Broissin, René, Emile, né vers 1801, ancien militaire, compromis dans le complot de Bidassoa en 1823 ; Sciard, François, Victor, né vers 1797, avocat ; Dumas, Jean-Louis (voir Dumas, Jean-Louis, Antoine), né vers 1803, conducteur de travaux, décoré de la Croix de Juillet ; Durand, François, né vers 1811, ouvrier corroyeur, tambour dans la IIIe légion de la banlieue ; Lepage, Jean, Bernard (voir ce nom), né vers 1803, ouvrier sur les ports, décoré de la médaille de Juillet ; Lelièvre, Antoine (voir ce nom), né vers 1806, décoré de la Croix de Juillet, coiffeur et tambour de la garde nationale de Vaugirard ; Delachambre, Louis, né vers 1791, ouvrier serrurier ; Maillin, Alphonse, Fidèle, Marie, né vers 1803, contremaître chapelier ; Charny, Pierre, né vers 1807. L’acte d’accusation, après être revenu sur le récit de la dévastation de l’archevêché et sur les troubles du pont de l’Archevêché et de la rue Bellechasse, continuait en ces termes : « Le même jour, 15 février, cent cinquante jeunes gens, paraissant être en partie des étudiants, venant du côté de l’Odéon, traversèrent la place de l’Ecole-de-Médecine, passèrent par la rue Hautefeuille ; à leur tête étaient deux ou trois individus en uniforme d’artilleurs de la garde nationale et d’autres en bourgeois, armés de sabres et de pistolets ; arrivés sur la place Saint-André-des-Arts, ils s’avancèrent vers le corps de garde, placé à l’entrée de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; sur les dix gardes nationaux composant le poste, six étaient allés dîner. M. Cardinal (voir Cardinal, Bernard, Alexandre, François ou son fils, Cardinal, Louis, François, Charles), caporal, se trouvait dans le corps de garde, et M. Devéria [peintre de son état, N.D.A] étaient en faction ; M. Legrand et Delmont se promenaient sur la place. Les jeunes gens ne parurent pas d’abord avoir d’intentions hostiles ; mais quand ils furent près du factionnaire, ils s’écrièrent Vive la liberté ! il nous faut vos armes ! M. Devéria, entouré subitement, se vit arracher son fusil. MM. Delmont et Legrand avaient couru prendre leurs armes ; mais le premier fut saisi par plusieurs individus qui le poussèrent contre le mur, un pistolet sur la poitrine ; il reçut sur la main un coup violent qui lui fit lâcher son fusil, qu’on lui enleva, ainsi que son sabre ; les six fusils des absents furent enlevés malgré la résistance du caporal Cardinal, qui fut maltraité par cinq à six personnes. Quant à M. Legrand, il feignit de suivre volontairement les agresseurs, et d’embrasser leur parti, son arme lui fut laissée ; il marcha quelque temps avec la troupe, qu’il abandonna à la première occasion. Plusieurs individus chargèrent leurs armes sur la place même ; l’un d’eux enleva le drapeau du corps de garde, et ils partirent en criant Allons au Petit-Pont désarmer le poste. Ils se dirigèrent effectivement par la rue Saint-André-des-Arts et suivirent le quai Saint-Michel. Ils étaient alors vingt à vingt-cinq individus armés. Arrivés vers le milieu du quai Saint-Michel, ils rencontrèrent M. Peulvé (voir Peulvé, Stanislas), garde national à cheval, en uniforme ; on l’entoura en criant : A l’eau ! voici un gendarme ! Tu ne vas pas sans doute nous charger comme tu l’as fait dans la rue de Grenelle, dit un des individus qui se trouvaient dans le groupe ; on lui arracha son sabre avec la dragonne en or, et on ne le quitta que lorsque la troupe, arrivée du Petit-Pont se mit en mesure de marcher sur le poste. Ce poste était composé de huit grenadiers du 19e régiment de ligne, commandés par le sergent Balay ; ce sous-officier, pour rendre la lutte qu’il prévoyait, moins inégale, fit retrancher la troupe dans le corps de garde et se prépara à soutenir un siège ; le factionnaire fut entouré et désarmé malgré ses efforts. Un des individus qui figuraient dans le rassemblement s’écria Vive la ligne ! il faut nous livrer vos armes ! et sur le refus du sergent, un cri s’éleva Vos armes ou la mort ! Alors plusieurs individus s’approchèrent de la porte et se mirent en devoir de l’enfoncer à coups de crosse, tandis que plusieurs autres, ayant cassé les carreaux, menaçaient les soldats de leurs pistolets. Cependant M. Mallesaigne, sous-lieutenant de la garde nationale, qui se trouvait avec une partie de sa compagnie dans la rue Neuve-Notre-Dame, ayant appris cette attaque, s’y transporta aussitôt. A l’arrivée de ce renfort, une partie des assaillants s’écarta, le poste sortit et se forma en bataille devant le corps de garde ; le sergent Lefèvre arracha un fusil chargé à l’un des assaillants ; Lelièvre et Lepage furent saisis près du poste, ayant chacun un fusil chargé. Le sous-lieutenant Mallesaigne s’avança avec les gardes nationaux du côté de la rue Saint-Jacques ; arrivé au milieu du Petit-Pont, il vit en face de lui trois individus vêtus en artilleurs, et deux jeunes gens armés de fusils et de pistolets, qui, en s’éloignant, se retournèrent plusieurs fois en les couchant en joue, puis enfin firent une décharge de trois coups de fusil et deux coups de pistolet qui ne portèrent pas ; ces individus prirent aussitôt la fuite. M. Biffi, garde national, arrivant par le quai Saint-Michel, vit au coin du pont un homme qui à trois pas à peu près lui tira un coup de fusil, dont la bourre noircit sa buffleterie, mais qui ne l’atteignit pas ; M. Biffi mit aussitôt le sabre à la main, poursuivit l’agresseur, l’atteignit au coin d’une rue, le frappa d’un coup de sabre sur les reins, et s’empara de lui avec le secours du grenadier Renard ; cet homme est le nommé Delachambre, il avait jeté en fuyant son fusil à terre ; un voltigeur le ramassa, et il n’a pu être retrouvé. M. François, garde national, étant du côté de la rue Saint-Jacques, aperçut un homme en redingote et en chapeau rond, qui allait tirer dans la direction du Petit-Pont ; il lui présenta la pointe de son sabre, et l’homme abandonna le fusil qui était chargé à balle ; depuis il a été reconnu pour un de ceux enlevés au poste de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; il n’était pas chargé au moment où il fut enlevé. » Plus précisément, les charges retenues contre Chinouffre étaient ainsi précisées : « Chinouffre était membre d’un des jurys des récompenses nationales ; de garde rue Thévenot, le 15 février, il a été absent du poste toute la journée. On a saisi à son domicile des armes et des munitions, et on a trouvé chez la portière un fusil chargé, qu’il y avait déposé le 15 février, vers 6 heures du soir ; ce fusil a été reconnu pour un de ceux enlevés au poste Saint-André-des-Arts. » Il comparaissait en conséquence sous l’accusation d’avoir « le 15 février, en réunion armée de plus de vingt personnes, commis au poste de la garde nationale, rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts, une attaque avec violence et voies de fait envers la force publique, agissant pour l’exécution des ordres de l’autorité publique […] d’avoir, le 15 février, en réunion et en bande, à force ouverte, commis le pillage d’armes et propriétés mobilières appartenant à autrui, ou d’avoir recelé des fusils enlevés à l’aide de pillage, sachant qu’ils avaient été obtenus de cette manière ». Il comparut devant le tribunal, porteur de sa décoration de Juillet. La Gazette des tribunaux rapporte sur le déroulé du procès et sur Chinouffre : « Cet accusé soutient que le 15, pendant la journée, il s’est occupé de travaux relatifs à la Commission des récompenses nationales, dont il était membre ; qu’il a été à 4 heures au poste de la rue Thévenot, où il était de garde, et y a déposé son fusil. Sorti ensuite pour dîner, il a rencontré un garde national de la banlieue, dont il ne peut dire ni le nom ni l’adresse ; ce garde national était armé d’un fusil, qu’il a prié Chinouffre de garder jusqu’au lendemain, et effectivement ils ont été ensemble chez la portière de Chinouffre, où ils ont déposé le fusil qui, saisi plus tard, a été reconnu provenant du poste de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts. » Au cours de l’audience la plupart des témoins déposèrent que les accusés soient n’étaient pas sur les lieux soit qu’ils y étaient sans arme ou inoffensifs, et ne reconnurent personne parmi les accusés. L’affaire tourna au fiasco pour l’accusation, et selon la Gazette des tribunaux : « Les réponses du jury ayant été affirmatives sur les faits généraux mais négatives sur chacun des accusés, ils ont tous été acquittés. Quand l’audience a été levée, de vifs applaudissements se sont fait entendre. Pendant la délibération, une quête faite au profit de Delachambre et Lelièvre a produit soixante-dix francs. La cour y a contribué. La plupart des témoins ont abandonné, au profit de ces malheureux, le montant de leur taxe. » Il demeurait 6, rue du Faubourg-Saint-Martin (mais 6, cul-de-sac de l’Egout sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 B, aussi in Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Moizard – il existe un cul-de-sac de l’Egout- Saint-Martin – à Paris en 1831 mais bien 6, rue du Faubourg-Saint-Martin in Archives nationales F/1dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/33). Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Ve arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 73 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 état des candidats recommandés par la Commission des récompenses nationales, qui ont obtenu des emplois dépendant du ministère des Finances et aussi Commission des récompenses nationales, lettre du 12 août 1831 du ministère de l’Intérieur, état n° 5 de vingt-six candidats proposés pour le grade de sous-officier dans l’armée ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ve arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Moizard ; Gazette des tribunaux, 27 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 28 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 29 mai 1831.

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