Choiseul duc de

Biographie


Son nom fut bien contre son gré associé à la révolution de Juillet, et souvent cité dans la chronique de l’époque. Nous empruntons aux Mémoires d’Alexandre Dumas, un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, son témoignage concernant le duc de Choiseul : « [Le 28 juillet] Nous allâmes au National. Taschereau (voir Taschereau, Jules, Antoine) était en train d’y faire un faux sublime ; il créait, avec Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine) et Béranger (voir Béranger, Pierre, Jean), un gouvernement provisoire composé de La Fayette, de Gérard et du duc de Choiseul. Il faisait plus : il rédigeait une proclamation qu’il signait de leurs trois noms. Il avait d’abord choisi, comme troisième membre du gouvernement, Labbey de Pompières ; mais Béranger avait fait effacer ce dernier nom pour y substituer celui du duc de Choiseul. Ainsi, Béranger, après avoir préparé la révolution par ses chansons, y prenait une part active de sa personne. On verra bientôt que c’était surtout par lui qu’elle allait arriver à son dénouement. Le lendemain, la liste du gouvernement provisoire devait être affichée sur tous les murs de Paris, et la première proclamation de ce gouvernement devait paraître dans Le Constitutionnel. Il va sans dire que le brave Constitutionnel était de bonne foi, et qu’il tenait pour de réelles et valables signatures les trois essais calligraphiques de Taschereau. [Le 29 juillet vers 17 heures, quand le Louvre est pris depuis déjà cinq heures] Au moment où le général Gérard sortait de l’hôtel Laffitte, le duc de Choiseul y entrait ; de jaune qu’il était ordinairement, le pauvre duc était devenu vert. Il y avait bien de quoi. Depuis le matin, il faisait partie du gouvernement provisoire ; depuis le matin, il signait des proclamations ; depuis le matin, il rendait des décrets ! Tant qu’on s’était battu dans les rues, le duc de Choiseul n’avait point osé sortir ; il avait bien peur d’être compromis, mais il avait encore plus peur d’être tué. La fusillade éteinte, M. de Choiseul avait entrouvert ses contrevents, il avait vu tout le monde dans les rues, la ville en joie : il avait descendu marche à marche ses escaliers couverts de tapis, il avait hasardé un pied hors de son hôtel ; puis, enfin, il s’était risqué à pousser jusque chez M. Laffitte. Qu’y venait-il faire ? Pardieu ! ce n’est pas difficile à deviner : il venait protester contre l’abominable faussaire qui avait abusé de son nom, et qui surtout avait assez peu respecté ce nom pour l’accoler à celui de M. Mottier de La Fayette ! C’est vrai, M. de Choiseul, quoique d’une bonne maison d’Auvergne, M. Mottier de La Fayette ne descendait pas de Raymond III, comte de Langres, et d’Alix de Dreux, petite-fille de Louis le Gros ; mais je ne sache pas non plus qu’il ait eu des ancêtres accusés d’avoir, à l’instigation de l’Autriche, empoisonné un dauphin de France. Cela, il me semble, aurait dû faire compensation, et vous inspirer, monsieur le duc, quelque considération pour ce pauvre gentilhomme et pour sa famille. » On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le passage suivant le concernant : « A messieurs les habitants de la ville de Paris. Une proclamation signée des généraux Lafayette, Gérard et du duc de Choiseul, sous le titre de membres du gouvernement provisoire et ayant accepté cette fonction fut affichée le 29 juillet et jours suivants sur tous les murs de Paris. Le résultat était alors incertain, la lutte commençait, un danger imminent existait pour les signataires, dans le cas où l’armée royale eût triomphé : notre supplice eut suivi la victoire. Mon nom avait sans doute paru utile, mon aveu ne fut pas même demandé. Je n’étais rien, je ne commandais rien, le seul péril était pour moi, je gardais le silence ; j’aurais cru être un lâche de dire la vérité, puisqu’il ne s’agissait que de ma tête, et je me félicitai de ce que la bienveillance dont la garde citoyenne et mes concitoyens m’honorent avait pu paraître de quelque utilité. Maintenant que la victoire n’est plus incertaine, il est de ma conscience de déclarer que jamais je n’ai fait partie du gouvernement provisoire, que jamais la proposition ne m’en fut faite. J’ai accepté en silence tous les dangers à l’heure du combat, je dois hommage à la vérité à l’heure de la victoire. Le duc de Choiseul, pair de France, ancien colonel de la Ire légion et ex-major de la garde nationale parisienne. Paris le 1er août 1830. » Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 272 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 421 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, sixième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1868, p. 178.

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